Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie

Henri Bergson , L’Energie spirituelle

Exposition phare de la prochaine saison de Lille 3000, Renaissance, Joie de vivre abordera toutes les époques et tous les modes d’expression.

A l’automne 2015, le Palais des Beaux-Arts de Lilletout entier sera investi par la joie de vivre. Œuvres et installations contemporaines accompagneront le visiteur tandis que le grand atrium sera consacré aux feel good movies , ces films qui rendent joyeux. Dans un temps de difficultés sociales et économiques, cette exposition rappellera que nous conservons, malgré tout, des raisons d’être heureux.

L’art joue depuis toujours un rôle important dans la représentation du bonheur. L’hédonisme, la gaieté, la sensualité traversent l’histoire des arts et de la pensée. Au cœur des Flandres et de la région Nord, terre de fête et d’hospitalité, Joie de vivre est la première grande exposition thématique sur ce sujet qui couvre une vaste période allant de l’Antiquité à l’art contemporain. La joie se traduit chez de nombreux artistes par le dynamisme, la couleur et une intense jubilation.

C’est le cas chez Brueghel, Hals, Chardin, Boucher, Fragonard, Carpeaux, Renoir, Picasso, Dufy, Rodin, Niki de Saint-Phalle et Murakami, qui font tous partie de la sélection, grâce aux prêts des plus grandes institutions françaises, européennes et américaines. Rassemblant une centaine d’œuvres à travers 6 sections, l’exposition accorde une place à tous les modes d’expression artistique, y compris le cinéma.

Sous le soleil

Le soleil, condition première du bonheur ? A la fin du XIXe siècle, l’Arcadie, société idéale célébrée depuis l’Antiquité, renaît au bord de la Méditerranée. Les impressionnistes, les pointillistes puis les fauves prolongent avec la Côte d’Azur le mythe d’un âge d’or de l’humanité, posant les bases de la modernité picturale tout en préfigurant le mouvement de démocratisation et de sécularisation du bonheur. Au XXe siècle, avec l’allongement croissant de la durée de vie, on se détourne peu à peu de la perspective d’un au-delà paradisiaque pour profiter des joies et des bienfaits de la plage, sous le soleil exactement.

Bonheurs

La joie de vivre s’exprime aussi à travers d’innombrables « petits » bonheurs transitoires, dérisoires, et pourtant désirés pour leur simplicité même. Le jeu, pratiqué à tous les âges et surtout pendant l’enfance où il est le plus formateur et le plus libre, la partie de campagne, qui apparaît dans la peinture au début du XVIIIe siècle, lorsque le bonheur devient un art de vivre. A partir du XIXe siècle, le patinage, le déjeuner sur l’herbe, puis le pique-nique, deviennent les délassements préférés des urbains.

Liens

Les liens représentent toutes les façons pour un être d’éprouver la présence de l’autre, de le reconnaître, de l’admirer ou de le désirer, et d’en éprouver un sentiment de plénitude. L’amitié, l’amour, le couple et la famille, sont les endroits où chacun construit et conforte sa capacité à aimer, apprend à donner sans condition, à s’attacher physiquement et moralement à l’autre, à éprouver, satisfaire ou dompter son désir. De l’échange et de la réciprocité naît une certaine égalité, le plus souvent heureuse.

Liesses

Quelles que soient les époques et les cultures, la fête est une parenthèse nécessaire dans la vie des hommes et des sociétés. Bals, carnavals et autres célébrations païennes ou chrétiennes rythment le calendrier et effacent provisoirement toutes les règles. Classes sociales, sexes, âges se mêlent jusqu’à l’étourdissement dans des fêtes rituelles ou spontanées qui soulèvent l’enthousiasme populaire. Les festins -repas de fête- offrent parmi les plus intenses occasions d’éprouver du plaisir alors que le jeu, la musique et la danse envahissent l’espace public, le temps d’un instant, d’une journée tout au plus, avant le retour à la réalité du quotidien.

Corps joyeux

Cette partie évoque les plaisirs naturels, qui peuvent être éprouvés par les corps en mouvement, notamment lorsqu’ils fusionnent dans l’élan, la danse et l’amour : danser, aimer et rire pour s’assurer qu’on est vivant. À l’érotisme joyeux et au culte du corps cultivé par l’Antiquité grecque, succède un érotisme fasciné mais déjà puritain qui se diffuse avec la morale chrétienne. Loin de se confier aux frontières de l’érotisme, cette section de l’exposition célèbre le corps nu comme l’expression d’une vérité individuelle et collective. Les artistes, de Bernin à Rodin, ont magnifié le corps et la chair, conjuguant ainsi l’expression du plaisir physique et la libération de l’esprit.

Rires

Si le rire trouve naturellement sa place dans l’Antiquité, les auteurs chrétiens l’ont souvent considéré comme un signe d’excès. Il faut attendre l’époque moderne pour que les artistes osent à nouveau le figurer. Rabelais , après Aristote , considère le rire comme le propre de l’homme : lui seul possède la faculté de rire et les muscles nécessaires à l’exercice.

La rieuse Jules Lefebvre
La rieuse Jules Lefebvre © RMN Grand Palais Agence Bulloz

Jules LEFEBVRELa rieuse 1861 Huile sur toile, 66 x 51 cm Amiens, Musée de Picardie-Musée des Beaux-Arts © Rmn-Grand palais / Agence Bulloz

Edvard Munch Baigneurs
Edvard Munch Baigneurs © Finnish National Gallery / Jaakko Holm

Edvard MUNCHBaigneurs 1907-1908 Huile sur toile, 206 x 227,5 cm Helsinki, Antell collections, Ateneum Art Museum © Finnish National Gallery / Jaakko Holm

Henri Edmond Cross L'air du soir
Henri Edmond Cross L'air du soir © Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Henri-Edmond CROSSL’Air du soir 1893 huile sur toile Musée d’Orsay, Paris © Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé LewandowskiCommissaire général : Bruno Girveau , directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille et du Musée de l’Hospice ComtesseCommissariat : Laetitia Barragué-Zouita , conservateur du département du Moyen Âge et de la Renaissance;Régis Cotentin , chargé de la programmation contemporaineFlorence Raymond , attachée de conservation, chargée du département XVIIIe siècle, des Plans-Reliefs et des nouveaux médias, assistés de Sophie Watine. Avec la collaboration exceptionnelle du philosophe André Comte-Sponville scénographe : Constance Guisset

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