Trois ans après avoir fait disparaître la pyramide du Louvre, le street-artiste JR récidive. À l'occasion des 30 ans de la Pyramide, il met en place une grande installation au sol : un collage mystérieux qui va faire "apparaître" différemment le monument. Nous l'avons rencontré pendant le montage de cette installation.

JR devant la pyramide du Louvre, pendant l'installation de son collage géant au sol
JR devant la pyramide du Louvre, pendant l'installation de son collage géant au sol © Radio France / Corinne Pelissier

C'est un nouveau projet au concept intriguant : le street-artiste JR, connu pour ses collages photographiques, va faire apparaître les fondations de la pyramide du Louvre. À l'occasion de l'ouverture des festivités consacrées aux 30 ans de ce monument, l'artiste a été invité à proposer une nouvelle intervention, trois ans après avoir fait "disparaître" la pyramide grâce à un procédé de trompe-l’œil. 

Ce nouveau collage va s'étendre sur toute la surface de la cour Napoléon, bassins et petites pyramides incluses, et ne laissera visible que la pyramide. Il s'agit du plus grand collage du monde, selon l'artiste. Mi-performance, mi-installation, cette oeuvre se déploie pendant six jours (du 26 au 31 mars) : tout le temps de son installation, qui a commencé mardi, 400 bénévoles vont coller les bandes de papier qui la constituent.

France Inter : Ce n'est pas la première fois que vous travaillez sur la pyramide... Qu'est ce qui vous attire ?

JR : Je suis de cette génération qui a toujours connu la pyramide. Je ne l'ai jamais questionnée. C'est déjà une chose. Il y a trois ans, quand j'ai fait ma première intervention sur la pyramide, j'étais intéressé d'écouter des gens qui, eux, ont connu le lieu avant et après, et donc avaient un avis, une idée dessus. C'est très différent pour moi : je viens l’observer, jouer avec et l'interroger, mais plutôt sur la question du sens qu'on lui donne. Les gens viennent du monde entier pour aller au Louvre, se retrouvent devant la pyramide et prennent un selfie en lui tournant le dos. C'est pour ça que je l'avais fait disparaître.

Cette fois-ci, j'ai envie, à travers ce collage gigantesque, que les gens qui coupent et qui collent fassent le spectacle, que ceux qui passent suivent le spectacle, et qu'en direct on suive le montage d'une oeuvre qui donne à voir une pyramide complètement différente. Sauf que cette fois-ci je ne touche pas à la pyramide : je la fais apparaître différemment sans la toucher.

Quelle est la nature du projet ? On nous dit qu'on va révéler le secret de la pyramide...

Comme il y a trois ans je l'avais fait disparaître, je me suis dit que j'allais la faire apparaître. Mais comment faire apparaître un monument qui est déjà là ? C'est là tout le secret... Il faut venir le voir sur la place du Louvre ! Je crois qu'on commence à voir quelques indices sur le grand écran. C'est une anamorphose, qui ne se voit que d'un point situé dans une salle des réserves, pile en face de la pyramide. C'est pour ça qu'on le retransmet sur deux écrans géants, ce qui permet aux gens de passer, de regarder et de voir en direct. 

En revanche, tout le collage est accessible aux gens qui veulent venir s'approcher, regarder, filmer, et même dès ce week-end, marcher dessus. 

400 bénévoles se relaient pour installer l'ensemble de cette fresque au sol
400 bénévoles se relaient pour installer l'ensemble de cette fresque au sol © Radio France / Corinne Pélissier

Beaucoup de bénévoles travaillent sur l'installation de ce collage : comment avez-vous organisé cela ? 

Tous les bénévoles en combinaison noire, ici, ce sont des colleurs qui ont fait le tour du monde avec moi depuis plus de 15 ans. Ils connaissent ma façon de travailler. Ce sont eux qui ont d'abord briefé les volontaires qui se sont inscrits par Internet, sans même savoir ce qu'ils allaient coller. Hier, des gens ont passé la journée entière à couper, découper, dans le vent, dans le soleil. À la fin, ils sont repartis sans voir l'image.

Pour le moment, ils venaient pour partager quelque chose avec d'autres personnes. L'image, ils la découvriront à la fin de la semaine. Aujourd'hui, on commence légèrement à apercevoir, sur le grand écran qui retransmet l'image en direct, ce à quoi ça va ressembler. Les gens qui collent voient quelle partie ils sont en train de compléter, et peuvent même voir leurs erreurs en direct.

Qu'est-ce qui vous plait, dans ce côté collaboratif ?

Je monte tous mes projets en fonction de cela. Si on avait voulu réaliser la même image en une journée, en installant des bâches au sol, on aurait pris une entreprise agréée et on l'aurait fait. L'idée, c'est tout l'inverse : On crée un puzzle de 2000 pièces de dix mètres de long chacune, avec des gens qui ne se sont jamais rencontrés, qui viennent des quatre coins du monde et ne savent pas ce qu'ils vont faire, réunis pour créer quelque chose ensemble.

Certains des bénévoles sont venus du bout du monde pour participer à l'installation
Certains des bénévoles sont venus du bout du monde pour participer à l'installation © Radio France / Corinne Pélissier

C'est ça, le projet : c'est ce qu'on voit rarement dans mes projets, que je peux montrer au grand jour ici. Tous mes projets sont faits par des dizaines, des centaines de personnes, qui se rejoignent pour créer une image.

Et vous, quel est votre rôle dans tout ça ?

Je passe d'équipe en équipe pour aider à découper, puis à coller. Il y a plein d'erreurs, de problèmes, de déchirures, de coups de vent ou d'affiches qui se déchirent. Mais je n'ai pas un rôle plus ou moins important que n'importe qui ici. 

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