Le street-artiste français, qui pose ses photos de visages en très grand format dans un hangar de marchandises du port de Marseille, nous parle d'un destin en forme d'espoir, de son amour du voyage aussi.

JR , le street-artiste français qui a couvert les murs du monde entier de ses photos de visages en très grand format, propose sa nouvelle création sur le port de Marseille.
JR , le street-artiste français qui a couvert les murs du monde entier de ses photos de visages en très grand format, propose sa nouvelle création sur le port de Marseille. © Radio France / Isabel Pasquier

France Inter : Pourquoi avoir choisi Amor Fati, cette expression latine introduite par Nietzsche qui signifie l’amour – ou l’acceptation – de son destin, pour titrer votre installation sur le port de Marseille ? 

JR : Malgré toutes les traversées de chacun – parfois parce que certaines personnes n’ont pas le choix, d’autres parce qu’elles vont vers un autre avenir – il y a quand même, et c’est ce qui nous tient en vie, cet amour du destin, de se dire qu’il y a quand même au bout, une lumière.

C’est la raison pour laquelle le titre [de mon installation, ndlr] est très large. Il peut-être pris à l’échelle mondiale comme à l’échelle d’une personne qui n’a pas eu à traverser mais qui s’imagine un jour traverser, partir. Comment on accepte son destin, c’est la question.

Le voyage est au cœur de votre œuvre. Pourquoi ?

Ce regard, c'est la signature du street-artiste JR. Plié, il devient un bateau, qui vogue dans l'installation du quai de la Joliette.
Ce regard, c'est la signature du street-artiste JR. Plié, il devient un bateau, qui vogue dans l'installation du quai de la Joliette. © Radio France / Isabel Pasquier

Etant de la seconde génération d’émigrants, le voyage, le départ, est ancré en moi. Je me suis toujours senti bien, partout où j’allais, parce que justement, je me sens comme un citoyen du monde et que, finalement, où que j’aille, où que je pose mon regard, c’est au travers du regard des gens, au travers des rencontres, que je nourris ma créativité.

Vous avez notamment travaillé sur les migrations…

Ça fait maintenant des années que je travaille sur le thème du voyage, du départ. J’ai par exemple collé ce regard [la signature de l'artiste] sur un porte-conteneurs de 370 mètres de long au Havre. Lors de son voyage vers la Malaisie, il est passé devant la Libye, où il a sauvé 250 migrants qui étaient en détresse – c’était le bateau le plus proche.

Avec UNFRAMED Ellis Island, JR a signé en 2014 un projet qui visait à faire revivre la mémoire de l'île new-yorkaise où étaient débarqués les migrants au début du XXe siècle.
Avec UNFRAMED Ellis Island, JR a signé en 2014 un projet qui visait à faire revivre la mémoire de l'île new-yorkaise où étaient débarqués les migrants au début du XXe siècle. / Capture d'écran

Il y a des photos où l’on voit les gens monter dans le bateau sous ce regard, en plein milieu de la mer, alors que, au même moment, j’étais en train de coller [des photos] sur Ellis Island [l’île située à l'embouchure de l'Hudson à New York qui, dans la première partie du XXe siècle, a été le point d'entrée principal des immigrants] et que je me demandais ce qu’était l’Ellis Island d’aujourd’hui.

L'installation Amor Fati est à découvrir sur le quai de la Joliette, à Marseille, jusqu'au 13 mai 2018.
L'installation Amor Fati est à découvrir sur le quai de la Joliette, à Marseille, jusqu'au 13 mai 2018. © Radio France / Isabelle Pasquier
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