Transgression des codes télévisuels, mélange des genres et des temporalités… Telles furent les recettes du succès de "Kaamelott" ! Pendant quatre ans, Alexandre Astier a revisité le mythe arthurien et l'a détourné dans un registre comique, sans merci mais avec brio ! Une série qui devrait… un jour… arriver au cinéma !

Kaamelott : Arthur (Alexandre Astier) entouré de Guenièvre (Anne Girouard), Yvain (Simon Astier), Léodagan (Lionnel Astier) et Dame Séli (Joëlle Sevilla).
Kaamelott : Arthur (Alexandre Astier) entouré de Guenièvre (Anne Girouard), Yvain (Simon Astier), Léodagan (Lionnel Astier) et Dame Séli (Joëlle Sevilla). © Calt Productions

Une série qui s'affranchit des codes formels

Diffusée sur M6 de 2005 à 2009, au fil de six saisons (et 458 épisodes !) Kaamelott est peu à peu allée à l'encontre du format qui l'avait installée. Elle est passée de la logique shortcom (ou comédie à gags) de trois minutes, que l'on pouvait voir occasionnellement ; à des épisodes plus longs (entre 40 et 50 minutes par épisodes dans les saisons 5 et 6), avec une vraie unité narrative. Dès la saison 5, la série change également radicalement de ton (beaucoup plus dramatique) puis dans la saison 6, elle change radicalement d'époque (retour à la jeunesse du roi Arthur) et de lieu (Rome).

Mais Kaamelott est aussi une série avec l'équivalent d'un budget de téléfilm par épisode ! Il fallait compter environ deux millions d’euros pour une saison et 20 000 euros pour chaque épisode. En cause : un grand nombre de scènes tournées en extérieur, avec toute la panoplie de costumes utilisés pour représenter au mieux la période médiévale.

Le génie Alexandre Astier

Mais si la série a autant marqué les esprits c'est aussi parce qu'elle est immanquablement liée à la figure polymorphe d’Alexandre Astier et à sa personnalité. Véritable bourreau de travail et désireux de tout contrôler, il s'est retrouvé derrière pratiquement chaque corps de métier : scénariste, metteur en scène, réalisateur, compositeur… Les deux « a » de Kaamelott, sont d'ailleurs là pour marquer sa paternité (quant aux deux « t » il s'agissait d’assurer la bonne prononciation du titre).

Alexandre Astier a également la particularité de ne faire aucun casting, il imaginait directement ses personnages pour les acteurs qui lui avaient déjà dit oui, de retravailler constamment ses textes, jusqu’à donner les lignes de dialogues à ses acteurs pratiquement au dernier moment, et de s’être entouré d’une partie de sa famille pour le tournage (Léodagan, Dame Séli, Yvain et Ygerne).

La plus grande force de “Kaamelott” : sa dichotomie

L'un des plus grands ressorts comiques de la série est basé sur la cohabitation d'éléments contradictoires entre eux.

  • Le ton

Alexandre Astier s'empare d'un pan du patrimoine judéo-chrétien, avec le sujet sacré (et qui se prend très sérieux) de la quête du Graal… et le traite de manière complètement parodique et triviale. En ce sens, il se poste dans l'héritage direct des Monty Python, qui l'avaient déjà fait avant lui, mais d'une autre manière, et dont il ne renie pas du tout leur influence sur son travail. Alexandre Astier se met donc à contre-courant de la légende arthurienne, lui enlève toute sa beauté et toute sa magie, et affuble Arthur d'une cour stupide et de chevaliers couards qui l'empêchent de mener à bien sa mission. Il transforme la figure du roi Arthur, gouverneur glorieux et triomphant, en roi déprimé qui questionne en permanence le sens de sa mission.

  • La politique et les mœurs

Le Roi Arthur est un roi tolérant et progressiste, il a des mœurs contemporaines, et cherche à instaurer les bases d'un pouvoir moderne, abolir l'esclavage, interdire la torture et la peine de mort… Il est radicalement en avance sur son temps, mais ses sujets querelleurs et ses chevaliers sanguinaires le ramènent toujours à la réalité de la vie médiévale et à ses archaïsmes. Exception à la règle en revanche, le roi n'est pas le moins du monde progressiste en ce qui concerne les droits des femmes : il se permet d'avoir des maîtresses mais n'accepterait pas une telle chose de la reine par exemple, et souhaite que Guenièvre porte une ceinture de chasteté lorsqu'il part en guerre...

  • Le langage 

Nous sommes dans une époque médiévale, et pourtant les dialogues sonnent terriblement contemporains. Alexandre Astier mêle astucieusement des expressions et du vocabulaire moyenâgeux avec un franc-parler populaire, des insultes crues et l'argot très imaginatif d'aujourd'hui.

Qui aurait imaginé un chevalier, un prêtre ou une dame de la cour dire :

  • « Vous vous faîtes pas chier quand même, hein »
  • « »J'suis dans l'armée, j'tiens pas un stand de crêpes !« »
  • « J'vais vous mettre un pain dans la gueule... »
  • « Mais vous m'emmerdez à la fin ! »
  • « Vous me prenez vraiment pour une conne ! »
  • ...
  • La pop culture 

Alexandre Astier insère également beaucoup de références à la pop culture, dans son univers médiéval historique. Par exemple avec Star Wars, quand Perceval ramène un sabre laser de Tatooine, ou encore avec Stargate, lorsque la Dame du Lac envoie à Arthur "la Porte du chaos", qui ressemble trait pour trait à la "Porte des étoiles". Sans compter les apparitions en guest stars de personnalités connues : Christian Clavier, Elie Semoun, Alain Chabat, Virginie Efira, Géraldine Nakache, Claire Nadeau...

Quand aura-t-on enfin droit au film ?

Kaamelott, le film : fausse bonne nouvelle ? Dès la fin de sa série sur M6, Alexandre Astier nous a annoncé une suite au cinéma ! C’était il y a dix ans maintenant… à tel point que le film voire même, pour les plus croyants, la trilogie Kaamelott, au cinéma est devenu une vaste blague parmi les fans. Alors la suite de Kaamelott au grand écran va-t-elle finir par voir le jour ?

A sa décharge, Alexandre Astier a mené une longue bataille juridique pour récupérer les droits de… sa propre série ! La société de production CALT, qui avait produit la série pour M6, mais aussi Caméra Café, s'opposait à toute adaptation. Un comble, mais pas forcément si rare que cela dans l’industrie audiovisuelle. 

Par ailleurs, ce véritable forcené a passé beaucoup de temps à écrire, à réécrire, à parfaire son texte, à recommencer, à peaufiner… avant d’être enfin satisfait. Puis sont venus, évidemment, les problèmes de concordances de planning : avec les acteurs, avec les lieux de tournage, etc.

Mais c’est officiel, la machine est lancée ! Terminées les spéculations, on en est sûrs et certains. Comment ? Pourquoi ? 

Alors rendez-vous en 2020 !

En en bonus 

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