« Dehors, un journaliste doit être dehors ! », lançait le patron de France Soir, Pierre Lazareff, aux stagiaires qu'il trouvait assis devant leur bureau. L’anecdote m’est confiée par Yvonne Baby, longtemps chef du service « arts, lettres et spectacles » du Monde, désormais écrivain. Hervé Guibert, Colette Godard, Claire Devarrieux et combien d’autres ont travaillé dans ce service, dans les années 70 et 80. En 1977, Yvonne Baby repère le talent de Guibert et lui confie la rubrique "Photographie" au Monde. Il va s'investir énormément, révéler des talents, Bernard Faucon, Sophie Calle, accompagner des photographes reconnus, Cartier-Bresson, notamment. Et s'il écrit très tôt comme un écrivain (lisez le recueil de ses critiques chez Gallimard, "La photo, inéluctablement"), il écoute certainement les conseils de sa chef de service.On les trouve fort heureusement dans des correspondances, conservées à l'IMEC (institut de mémoire des éditions contemporaines). Elles valent pour toutes celles et ceux qui commencent une carrière de journaliste ou qui écrivent, tout simplement :Le 24 septembre 1979, Yvonne à Hervé : "Vous devez travaillez davantage, encore, encore et encore et ne pas penser que votre vision est en soi assez intéressante pour la livrer, presque telle qu'elle, sans en bouleverser l'ordre (ou le désorde) sacré. Plus vous serez strict, plus vous serez fort, mais tout ça, je crois que vous le savez..."Le 17 janvier 1980, Yvonne à Hervé :"Même si vous êtes un peu triste, soyez-le une fois pour toutes, puis secouez-vous. Ne m'envoyez pas de chocolats avant longtemps, le temps que j'oublie, souriez plutôt, travaillez, élargissez-vous, vivez richement, c'est l'unique loi des gens pauvres".Enfin, dans un roman que Guibert n'a pas voulu publier, "Adultes!", Guibert se prénomme Gaspar et transforme le journal "le Monde" en "La République". Le service culturel du quotidien est qualifié d'"assemblée de déglingués"!Yvonne baby est baptisée Eugénie Sweetie. (Eugénie, en hommage à son ami l'écrivain Eugène Savistkaya, auteur chez Minuit).Extrait, donc :"Eugénie dit souvent à Gaspar, à propos de ses articles, qu'il doit "tuer ses chéris", ne pas toujours écrire comme on en a le chic ou l'aisance, s'astreindre à écrire comme c'est le plus difficile, presque contrairement à soi"."Tuer ses chéris", précise aujourd'hui Yvonne Baby, "c'est une expression employée par Faulkner. A propos des facilités de celui qui écrit ou du contentement de soi qu'il peut éprouver, Faulkner conseille : "You have to kill your darlings, tu dois tuer tes chéris".

Yvonne Baby, jurée au festival de Cannes, 1983. La deuxième femme, assise, en partant de la gauche.
Yvonne Baby, jurée au festival de Cannes, 1983. La deuxième femme, assise, en partant de la gauche. © Radio France
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