Mehdi Meklat, ex "Kid" du "Bondy Blog", avait un double virtuel sur Twitter, Marcelin Deschamps. Un double qui tenait des propos homophobes, antisémites, injurieux.

Mehdi Meklat. Photo prise lors d'un reportage du Washington Post en mars de l'année dernière… Aujourd'hui, Mehdi Meklat est sous les feux des médias pour ses tweets injurieux envoyé avec un pseudonyme sur Twitter
Mehdi Meklat. Photo prise lors d'un reportage du Washington Post en mars de l'année dernière… Aujourd'hui, Mehdi Meklat est sous les feux des médias pour ses tweets injurieux envoyé avec un pseudonyme sur Twitter © Getty / The Washington Post

L’affaire Mehdi Meklat, c’est une affaire de média. Parce que tous les médias s’en sont emparée. Parce que ce jeune a incarné plusieurs médias. Parce que la polémique se nourrit d’un débat très actuel sur les médias. Parlons-en. Ce sera un peu plus long que d’habitude. Pas étonnant.

Mehdi et Badrou

Mehdi Meklat, c’est le Mehdi de Mehdi et Badrou qui ne sont plus à l’antenne de France Inter, mais que vous écoutiez ici, pile à l’heure où je vous parle. Mehdi et Badrou, anciens du Bondy Blog, auteurs au Seuil, bossant pour Arte, la Fondation Cartier et figurant en couverture des Inrocks. Seulement voilà, a été exhumée une avalanche de tweets ignobles, racistes, homophobes… Mehdi Meklat en est l’auteur, sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. La LICRA s’en saisit et transmet au procureur de la République.

Un double twitter "Marcelin Deschamps"

Mehdi Meklat publie un texte pour se justifier. Il a créé Marcelin Deschamps, un double de fiction, un personnage virtuel qu’il détestait, mais qui lui servait à traduire les pulsions du Web. Le problème, c’est que Marcelin Deschamps fit aussi la promo sur Twitter des activités de Mehdi Meklat. Et que, si Mehdi a fini par tuer Marcelin, il a continué à se servir de son compte pour… régler ses comptes, maniant allègrement l’insulte. Des voix d’Inter en ont fait les frais autant que d’autres.

Cette affaire mérite-t-elle autant de battage médiatique ?

Non. Les médias sont pris au piège des imposteurs du Net dont ils passent un temps dingue à contrer les propos. Tant d ’infos tellement plus cruciales mériteraient d’émerger.

En même temps, Mehdi n’est pas un petit énervé isolé. Le Bondy Blog, Inter, Arte, Le Seuil. Il a dégainé tour à tour de prestigieuses cartes de visite au sein desquelles la virulence de ses délires sème l’effroi et sur lesquelles elle jette le doute. Et ce, dans une période où l’on s’empresse de discréditer systématiquement la presse. De faire le procès de médias qualifiés pêle-mêle de « bobo, gaucho, bien-pensants, élitistes » au nom d’une prétendue méfiance populaire que d’aucuns détournent et récupèrent.

Ici, la démonstration est éclatante. Livres, documentaires ou chroniques radio. C’est à ça que ça sert un média, à construire une parole, une pensée. Pas à ouvrir les vannes du n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Il y a un monde entre ce que publiait Mehdi Meklat sur les ondes et ce qu’il crachait sur la Toile. Mais les médias qui l’ont employé auraient dû se montrer bien plus vigilants. Parce que Marcelin Deschamps – blague ou pas blague, il a bon dos l’avatar - ce n’est pas Inter, pas Arte, pas le Seuil, pas le Bondy Blog.

Au fait, Mehdi, c’est qui ?

Une « icône de banlieue » titrait Le Point, hier. Et c’est tout le problème de fabriquer des voix labélisées « banlieue », de jouer avec des symboles médiatiques dans lesquels, en réalité, peu de gens se reconnaissent au-delà du périph. D’ailleurs, ça fait bien longtemps que le garçon est surtout une icône du chic parisien. Et c’est tant mieux.

Ce n’est pas parce qu’on est né quelque part qu’on est obligé de l’incarner toute sa vie. On a le choix. Au nom de qui, au nom de quoi on parle. Avec son double virtuel Marcelin Deschamps, Meklat a fait le mauvais choix. Des voix extrêmes – et pas seulement - n’attendaient que ça pour cracher à la fois sur la banlieue et sur les médias

Le billet de Sonia Devillers en vidéo

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