L'Amérique défaite (Editions Piranha)__ de George Packer sonne comme un coup de massue. Au chevet d’un pays en crise, George Packer, journaliste au New Yorker , sonde le malaise de ces américains, anonymes ou célèbres, confrontés aux bouleversements économiques et sociaux de ces trente dernières années. L'Amérique d'Oprah Winfrey ou Jay-Z cache un pays sans espoir.

L'Amérique défaite
L'Amérique défaite © Piranha

Les Etats-Unis, puissance hégémonique du XXe siècle, déclinent . Le rêve américain est en train de virer au cauchemar laissant apparaître une société déboussolée, dépourvue de justice sociale et aveuglée par l’enrichissement personnel. Ce déclin - certains parlent même d’effondrement – est vécu à travers plusieurs portraits d’américains , victimes collatérales des changements de modèles économiques et des crises survenues au cours des années 2000. Parmi elles, trois personnes, fils rouges de cette fresque monumentale, nous guident dans une Amérique aux valeurs morales ébranlées.

Il y a Jeff Connaughton , grand supporter de Joe Biden, qui explore les couloirs du pouvoir et découvre les arcanes du monde politique. Dean Price , l’entrepreneur idéaliste, défenseur d’une économie verte et locale.

Tammy Thomas , noire, élevée par sa grand-mère au milieu des gangs et du trafic de drogue, qui s’accroche à ses ambitions d’ascension sociale mais échoue sur une chaîne de montage pour finalement subir la désindustrialisation et les licenciements.

Trois destins auxquels s’imbriquent d’autres personnalités anonymes ou célèbres . Car le mythe du rêve américain se façonne surtout à travers des exemples de réussites dont Oprah Winfrey, Jay-Z ou Colin Powell sont aujourd’hui les figures emblématiques. Pour d’autres, moins connus, en dépit de leurs efforts, la vie se résume à un combat permanent où le moindre relâchement est aussitôt sanctionné. Ici, il n’est plus question de rêver, mais de subvenir aux besoins élémentaires que sont manger et se loger.

Le pouvoir impuissant regarde le délitement de son pays

Les américains ne peuvent plus seulement compter sur leurs seules bonnes volontés pour réussir. Ils doivent composer avec les mutations de leur époque et aborder les nouveaux défis imposés par la société : le développement durable, la nouvelle économie ou la société de l’information. Mais la bulle immobilière a accompagné ces changements pour déboucher sur la crise des subprimes. L’appareil financier gangréné par la cupidité fera des centaines de milliers de victimes dévoilant ainsi une économie en trompe l’œil, sans réelle assise, et marquée par une répartition des richesses totalement inégale. Sous le regard impuissant d’un pouvoir politique complice et sans réelle autorité.

Cette radiographie de l’Amérique contemporaine fascine à bien des égards . Ce récit passionnant fait notamment la connexion entre les décisions prises au plus haut sommet des institutions et leurs conséquences sur la vie des administrés. De ces individus formant l’âme de la nation, l’auteur reconstitue le puzzle d’une Amérique décomposée, à l’avenir incertain. Du grand art, justement récompensé par un National Book Award en 2013.

L’Amérique défaite : Portraits intimes d’une nation en crise – George Packer (Piranha)

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Dobenesque

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