"L’Année du Singe", nouveau livre de Patti Smith, se présente comme le carnet de voyages, carnet de rêves, carnet de notes prises pendant cette année particulière. Il est émaillé, comme souvent avec la chanteuse, de photos prises par l’auteure.

Patti Smith sur la scène de l'Olympia, Paris, le 26 aout 2019.
Patti Smith sur la scène de l'Olympia, Paris, le 26 aout 2019. © Getty / David Wolff - Patrick

L’année du Singe, en astrologie chinoise, correspond à l’année 2016. Celle où Patti Smith a eu 70 ans, celle de l’élection de Donald Trump, qu'elle raconte dans le livre qui paraît ce jeudi 1er octobre.

Ce n’est pas son âge qui empêchera Patti Smith de voyager, certainement pas ! Six tee-shirts, six culottes, six paires de chaussettes, deux carnets, un appareil photo et en route ! Sauf que cette année-là, son ami Sandy Pearlman ne l’accompagne pas dans le voyage qu’ils avaient prévu début janvier à Santa Cruz après une série de concerts. Il a sombré dans un coma dont il ne reviendra pas. Et l’écrivain Sam Shepard, son ancien amoureux, est amoindri par la maladie.

"Quelque chose de merveilleux est sur le point de se produire"

Alors Patti Smith lit Marc-Aurèle : "N'agis pas comme si tu avais dix-mille ans à vivre".

"Soixante-dix ans. Un simple nombre, mais qui indique le passage d’un pourcentage significatif du temps alloué dans le sablier, sachant qu’on est soi-même l’œuf dont on mesure le temps de cuisson. (…) Les morts me manquent plus que d’habitude" 

Plus loin, elle dresse le bilan de ses pertes : "Sam est mort. Mon frère est mort. Ma mère est morte. Mon père est mort. Mon mari est mort. Mon chat est mort. Et mon chien, mort en 1957, est toujours mort. Et pourtant je persiste à penser que quelque chose de merveilleux est sur le point de se produire".

À Lisbonne, elle visite la maison de Pessoa. A Seattle, elle fait une conférence sur la bibliothèque qu’elle fréquentait enfant. Dans un café, elle écoute un trio d’inconnus disserter sur l’écrivain chilien culte Roberto Bolano. Où qu’elle aille, la frontière entre rêve et réalité se brouille. Elle dialogue avec les personnages d’Alice au Pays des merveilles.

"L'escroc aux cheveux jaunes"

Mais elle a cette façon bien à elle de rendre vivants et sensuels les détails du quotidien : quand elle part à la recherche d’un bon café ou qu’elle commande une soupe aux palourdes accompagnée de pain brioché. Quand elle est en voyage, elle se déconnecte, nous apprend-elle, des informations, préférant les séries policières.

Elle n’échappe pas, cependant, au "terrible soap opera baptisé élection américaine". Elle dénonce avec vigueur, presque avec rage, cette bataille, inepte à ses yeux, qui se joue à coups de millions de dollars. "Une candidate balance désespérément l’argent dans une fosse, et l’autre bâtit des édifices vides à son nom" : on aura reconnu Hillary Clinton et Donald Trump.

En dépit de ses doutes, elle vote. En vain. Abattue et impuissante, elle assiste à la victoire de celui qu’elle nomme "l’escroc aux cheveux jaunes". Cette Année du Singe n’a pas la force de Just Kids, le chef d’œuvre de Patti Smith. Mais elle a le charme douloureux "des voix chères qui se sont tues".

➤L’Année du Singe, de Patti Smith, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, est publié chez Gallimard.

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