Deux bandes dessinées rendent hommage à ce qu’on a longtemps appelé "l’Art des fous". Les créations de ces personnes différentes qui, sans aucune formation artistique, expriment leurs émotions en dessins, en peinture, ou en installations.

Détail des couvertures de "Petit Pierre, la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave et "Enferme-moi si tu peux" d'Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg
Détail des couvertures de "Petit Pierre, la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave et "Enferme-moi si tu peux" d'Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg © Casterman

Qu'est-ce que l'art brut ?

Les créations de personnes dépourvues de toute formation et culture artistique, selon le peintre et sculpteur Jean Dubuffet, grand amateur d'œuvres réalisées par des fous et des marginaux de toutes sortes - prisonniers, mystiques, anarchistes, révoltés, etc. Sa collection constitue le fonds d'un important musée à Lausanne, en Suisse. Deux BD, Petit Pierre et Enferme-moi si tu peux, mettent chacune en valeur des figures importantes de cette branche encore méconnue de l'art.

Détail d'une planche de "Petit Pierre : la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave
Détail d'une planche de "Petit Pierre : la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave / Casterman

"Petit Pierre, la mécanique des rêves" : un ouvrier agricole très ingénieux

Né bossu, Pierre Avezard, ouvrier agricole du Loiret du début du XXe siècle, était handicapé mental et quasiment muet. Mais il a beaucoup inventé : manèges, automates, ou installations poétiques à partir d’objets, de bouts de bois ou de métal récupérés. L’ingénieux "Petit Pierre", atteint du syndrome de Treacher Collins (maladie handicapante avec malformation du visage, fente du palais…) n’avait pas le profil-type de l’artiste : même s’il comprenait tout, assure sa grande sœur, "le chemin (était) long jusqu’à son cerveau".

Ses débuts dans l’existence n’ont pas été simples. Surnommé "le Beugniot" par ses camarades, il est beaucoup moqué. Mais cet ouvrier agricole très attachant est pris en affection par ses patrons, qui vont le laisser s’épanouir. Tout en gardant des vaches, il va réaliser une Tour Eiffel, puis un manège très original… Ses installations surprenantes, qui fonctionnent toujours aujourd'hui, attirent les curieux.

La première BD écrite par Florence Lebonvallet rend un bel hommage à Petit Pierre : elle retrace sa vie, et propose de jolies pistes à partir de ses rêveries pour tenter de comprendre ce qu’il se passait dans la tête d’un artiste "différent" à la sensibilité et au regard sur le monde particulièrement doux.

Le dessin ligne claire, simple, faussement naïf, de Daniel Casanave, que l’on sent particulièrement touché par la découverte du manège, sert l’œuvre étonnante de celui qui a eu l’honneur d’être exposé en 1978. Ce qu’a fait Petit Pierre lui a rappelé un grand père qui faisait des automates. Marqué par l’opiniâtreté du personnage, le dessinateur signe une biographie sympathique qui a l’immense mérite de braquer un coup de projecteur poétique sur un artiste rural méconnu.

Comment dessiner Petit Pierre, la leçon de dessin de Daniel Casanave :

► Le site de La Fabuloserie  

Détail d'une planche de "Petit Pierre : la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave
Détail d'une planche de "Petit Pierre : la mécanique des rêves" de Florence Lebonvallet et Daniel Casanave / Casterman

"Enferme-moi si tu peux" : galerie de portraits d’artistes hors normes

Vous connaissez peut-être le Facteur cheval, et son fabuleux palais inachevé dans la Drôme. Mais sans doute pas Augustin Lesage (un mineur de fond devenu peintre), Madge Gill (l'enfant d’une fille mère à la fin du XIXe en Angleterre, qui tout à coup s’est mise à dessiner une toile immense), Aloïse (une Suissesse qui s’est mis à peindre…), Marjan Gruzewski (qui, malgré une main paralysée s’est mis à peindre dans son sommeil), ou Judith Scott (trisomique créatrice de sculpture en laine) ? 

Tous sont des créateurs d’art brut.

Handicapés ou marginaux, qu’ils entendent des voix leur dictant d’être créateurs, ou simplement qu’ils suivent leurs pulsions, ils ont en commun d’avoir ressenti ce vertige artistique et échappé à un destin professionnel ou social tout tracé. 

Anne-Caroline Pandolfo (auteure de Serena, La Lionne, Perceval) a été frappée par sa visite au Musée d'art brut de Lausanne pendant ces études. Elle n’a cessé de s’y intéresser depuis. Ses biographies d’artistes racontent des vies souvent miséreuses, ou chaotiques, bouleversées et sublimées par l’arrivée fracassantes de l’art. Ses personnages se racontent à la première personne et se rencontrent. Le dessin évanescent et poétique qui s’échappe des cases de Terkel Risbjerg chronique à merveille ces œuvres tellement originales.

Feuilleter quelques planches d'Enferme-moi, si tu peux : 

Aller plus loin

📖 LIRE | Petit Pierre, la mécanique des rêves de Florence Le bonvallet et Daniel Casanave chez Casterman et Enferme-moi si tu peux d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg chez Casterman. Les planches de cette dernière BD seront visibles à la Galerie Barbier Mathon à partir du 24 mai.

🎧 ECOUTER | Les origines de l'art brut dans La Marche de l'histoire de Jean Lebrun

💡 Le site de La Halle Saint-Pierre à Paris, lieu dédié à l'art brut qui propose jusqu'au 2 août une exposition : HEY!#4, Chicago foyer d'art brut.

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