L'auteur du best-seller "Le vieux qui lisait des romans d'amour" était hospitalisé depuis fin février en Espagne.

Luis Sepulveda avait 70 ans.
Luis Sepulveda avait 70 ans. © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Il était connu pour son engagement et sa plume acérée. L'écrivain chilien Luis Sepulveda, contraint à l'exil sous la dictature de Pinochet, est mort en Espagne des suites du coronavirus à l'âge de 70 ans, annonce ce jeudi sa maison d'édition. 

L'auteur était hospitalisé depuis fin février à Oviedo dans la communauté autonome des Asturies, où il résidait. Il avait développé des symptômes du Covid-19 au retour d'un festival de littérature au Portugal.

Des geôles de la junte militaire à l'exil en Europe

Luis Sepulveda née en 1949 à Ovalle, au nord de Santiago la capitale du Chili. Tout jeune, il s'engage dans les jeunesses communistes puis dans une branche du Parti socialiste. Un engagement qui lui vaut d'être arrêté en 1973 par le régime du général et dictateur Augusto Pinochet. Il est emprisonné durant deux ans et demi, détenu dans les ignobles prisons de la junte militaire, avant de voir sa peine commuée en exil. 

En 1977, il quitte le Chili, où il ne reviendra jamais s'installer. Il passe par les rangs des révolutionnaires au Nicaragua, et en Equateur où en 1978 il vit un an chez les Indiens shuars pour l’Unesco.

Entre 1982 et 1984, Sepulveda navigue sur un bateau de Greenpeace. Et après l’Allemagne, il s’installe en Asturie, en Espagne, qu’il choisit pour sa tradition de lutte politique et son esprit de solidarité. À travers ses romans, ses essais et ses fables comme "Histoire d’une mouette et du chat qui lui a appris à voler" ou "Histoire d’une baleine blanche" en 2019, Luis Sepulveda n’a cessé d’être un homme et un écrivain de conviction, de partage.

Sepulveda a écrit une vingtaine d'ouvrages, dont le plus connu, "Le vieux qui lisait des romans d'amour". Un roman sous forme de conte, qui narre la vie d'un homme bouleversé par deux découvertes : celle de l'Amazonie dans sa jeunesse, et celle de la lecture dans sa vieillesse.

"C'était un formidable raconteur d'histoires"

Première réaction, celle de son éditeur en France, Anne-Marie Métailié, éditrice de Sepulveda depuis son premier roman : "C’était quelqu’un qui avait une conception de l’écriture extrêmement intéressante", décrit-elle : "Il avait une écriture très ascétique, ne faisait pas dans l’hyperbole, il était très économique. Le charme et la force de ses récits, c’est vraiment extraordinaire : c’était un formidable raconter d’histoires."

Anne-Marie Métailié se souvient des débuts de leur amitié, il y a 28 ans : "Au début, je trouvais qu’il ne parlait que de gens extraordinaires. Il racontait et on avait l’impression que toute sa vie était épique", se rappelle-t-elle. "Puis un jour je l’ai entendu raconter une histoire et je me suis vue comme une héroïne : j’ai compris que c’était ça, la littérature."

L'éditrice revient aussi sur l'engagement de Sepulveda : "Il était extrêmement engagé. Il avait une vraie relation avec la nature, les animaux, tout ce qui constitue notre écologie. Il savait, sans mièvrerie, le rendre dans ses textes. Même s’il était extrêmement pessimiste sur certains problèmes politiques ou écologiques, il ne désarmait pas, parce que c’était la vie d’abord."

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