Comme l'actrice Adèle Haenel, l'écrivaine Leïla Slimani, présente à la cérémonie des César 2020, a décidé de quitter la salle quand elle a vu que le cinéaste Roman Polanski se voyait attribuer le prix du meilleur réalisateur.

L'écrivaine Leïla Slimani dans le studio de France Inter, lundi 2 mars 2020.
L'écrivaine Leïla Slimani dans le studio de France Inter, lundi 2 mars 2020. © Radio France / France Inter

Vendredi soir, l'actrice Adèle Haenel a quitté la salle Pleyel en criant "La honte !" lorsque le César de la "meilleure réalisation" a été attribué au cinéaste Roman Polanski, visé par plusieurs accusations de viol. Cela ne s'est pas vu sur le moment (ni à la télé), mais l'écrivaine Leïla Slimani, qui était aussi présente à la cérémonie, a eu la même réaction que l'actrice, comme elle l'a raconté sur France Inter lundi matin. "Je suis partie. Seulement, moi j'étais à l'étage donc on ne m'a pas vue. Mais oui, j'ai quitté la salle", confirme l'autrice de Chanson douce

Elle évoque la tribune publiée ce week-end par Virginie Despentes dans Libération. "Je suis d'accord [avec cette tribune] parce que je trouve que le symbole est très fort. Le symbole, c'est de dire on n'accepte plus. Il y a des choses qui ne sont plus possibles et c'est pour ça qu'au fond, on devrait aussi se réjouir. On devrait se dire que oui, ça y est, ça commence", explique l'écrivaine à Léa Salamé. 

"Il y a dix ans, peut-être que tout ça se serait passé très, très facilement. (...) Aujourd'hui, ça n'est plus possible, donc il y a des raisons de se réjouir en se disant 'On se lève et on n'accepte plus des choses qui étaient acceptables il n'y a pas si longtemps'", poursuit-elle. 

Lundi matin sur franceinfo, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a aussi expliqué que, comme Adèle Haenel, elle aurait quitté la salle lors de l'attribution d'un César à Roman Polanski ; "une personnalité qui n'a pas assumé ses responsabilités dans des crimes" et "a fait du mal aux gens".

La récompense attribuée à Polanski "indécente" et "pas nécessaire"

Leïla Slimani explique que, selon elle, les César 2020 ont "consacré une forme d'impunité". La mise à l'honneur de Roman Polanski "était indécente, n'était pas nécessaire", ajoute-t-elle. "Mais les César sont un épiphénomène", poursuit l'écrivaine.

"Notre combat, le combat des féministes, doit toujours d'abord être la justice."

"Ce qui m'intéresse, ce sont toutes les femmes, pas seulement les hommes et les femmes puissantes. C'est la femme dans son entreprise, dans son usine, à l'université : quels sont les outils qu'on lui donne, à elle, pour se défendre ? (...) C'est pour cela que notre combat, le combat des féministes, doit toujours d'abord être la justice. Parce qu'il n'y a que la justice qui peut rendre sa dignité à toutes les femmes. Elle permet de mettre des mots, elle permet à l'accusé et à la victime de s'entendre et à chacun d'avoir une voix".

Si Leïla Slimani estime qu'il faut encore défendre la distinction entre une œuvre et son auteur, c'est parce qu'il y a "une autonomie de l'œuvre". "J'ai souvent dit que l'on ne devrait pas récompenser les auteurs mais les œuvres elles-mêmes. On devrait publier des livres sans les noms des auteurs et simplement dire si le livre est bien ou ne l'est pas", dit-elle.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.