Leila Kaddour-Boudadi et les chroniqueurs de la Bande Originale reçoivent les rappeurs marseillais Akhenaton et Shurik’n.Ils racontent l'itinéraire du groupe dans un livre paru chez Stock: "Entre la pierre et la plume"

Surik'n et Akhénaton du groupe IAM en scène
Surik'n et Akhénaton du groupe IAM en scène © Getty / Eric Catrarina

"Entre la pierre et la plume c’est l’histoire du groupe IAM, un livre émaillé de textes, car l’œuvre d’IAM c’est aussi des textes, et ceux-ci se lisent indépendamment de la musique", rappelle la journaliste Leila Kaddour-Boudadi. "En les lisant, on découvre l’épopée d’IAM et celle du rap. Un genre musical qui n’a pas toujours été le mouvement politique et social que l’on sait."

Le rap à l’origine, c’est le disco du ghetto

Akhénaton : "Quand le rap démarre aux Etats-Unis, c’est un mouvement disco alternatif, une sorte de disco du ghetto, une musique de club avant de devenir une musique engagée. Le documentaire Hip Hop evolution, diffusé sur Netflix raconte de manière très fidèle l’émergence du mouvement hip hop."

Une musique nourrie de cinéma

"Quand Ennio Morricone a disparu, j’ai eu ce sentiment qu’il avait composé les BO de ma vie. Le premier film que j’ai vu avec ma mère, à six ans c’était Il était une fois dans l’Ouest, ça m’a marqué durablement. "

L’Empire du côté obscur :

Obscure, la force est noire, c'est noir comme le château                                                           
Où flotte l'étendard, notre drapeau                                                          
Sois sûr que sous les feux, la vérité est masquée                                                       
Viens, bascule de notre côté

Akhenaton : "Personne n’a vraiment saisi le sens de cette chanson à l’époque. C’est un morceau sur l’inversion des valeurs, une réflexion sur le manichéisme qui règne au cinéma et dans la vie. La ligne n’est pas toujours aussi nette entre les gentils et les méchants. La vie est toujours plus complexe en définitive. Il n’y a qu’à penser à Georges Bush et son fameux "axe du mal" expression terrible… ou encore à H. Kissinger qui bombarde le Cambodge avant de recevoir le Prix Nobel de la paix… Dark Vador est-il toujours du côté que l’on croit ?"

La seule arme qui vaille, c’est la langue

Akhénaton
Akhénaton © Getty / David Lefranc

"Biberonnée" aux chansons du groupe IAM, Leila Kaddour-Boudadi confesse avoir découvert la possibilité de jouer avec la langue grâce à eux. "Nés sous la même étoile, c’est toute ma jeunesse ."

Dans votre livre, vous expliquez que la plume est une arme acérée… 

Shurik’n :

Quand j’étais petit l’école ne m’a pas donné le goût des mots ni celui de la lecture, on nous gavait avec un entonnoir et si cela ne rentrait pas, on nous sortait du système. C’est la musique qui m’a fait comprendre la beauté des mots et de la langue française. 

Nés sous la même étoile :

La vie est belle le destin s'en écarte                                                     
Personne ne joue avec les mêmes cartes                                                       
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile                                                
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile

Le point de départ du livre c’est de retracer l’itinéraire du groupe en partant des paroles de nos chansons. 

Les années 90’ et la Période américaine

Akhénaton : "Je vivais la moitié du temps à N.Y, c’était une vie très dure, on habitait dans un quartier violent où les jeunes tombaient comme des mouches sous les balles… En même temps il y avait une ébullition artistique incroyable, ce que peu de gens savent c’est que l’on a sorti tous nos premiers disques aux Etats Unis. Je faisais même des morceaux pour les rappeurs américains, je faisais des instrus pour eux." 

Leurs influences

La Bande Originale propose une balade sonore à la découverte des références musicales qui ont marqué les membres du groupe. On y évoque le rappeur Rakim (William Michael Griffin Jr) du groupe Eric B. and Rakim : "En 1988 Rakim change l’univers du rap, il est né dans une famille de jazzmen, il amène une diction nouvelle". 

L’année 93, est l’année qui voit la sortie du premier album du collectif américain Wu-Tang Clan : Enter the Wu-Tang (36 Chambers). "Comme nous, ils fonctionnaient en mode collectif, comme nous ils étaient férus de cinéma et de culture asiatique. L’album de 1993 est un monument du hip hop !"

Georges Benson fait partie des belles rencontres du groupe, il enregistrait à Green Street studio, dans un studio voisin du notre (IAM avait samplé des extraits de son titre Give me the night sur le titre le mia) "Lorsqu’on a déboulé, il a foncé chercher du champagne, c’est un énorme souvenir."

1993, l’année du MIA

Leila Kaddour-Boudadi : 

IAM, c’est la bande originale de la vie de tout le monde… 

Incontournable tube des années 1990, le Je danse le Mia sort sur l’album culte L’Ecole du micro d’argent. Pour Akhénaton, le succès envahissant de ce morceau est devenu quasi oppressant : "On l’a tellement passé que le morceau a fini par nous saouler, j’évite de trop le chanter, je suis à la limite de le bannir."

2008, un anniversaire au pied des pyramides

Pour les Vingt ans d’IAM, en 2008, le groupe fête son anniversaire aux pieds des pyramides de Gizeh en compagnie de musiciens traditionnels arabes. Derrière le défi qui peut paraitre un brin mégalo, l’envie de célébrer une culture qui les inspire, celle de l’Egypte ancienne pour qui le groupe a développé une très grande admiration. (CF les patronymes des membres du groupe, inspirés de l’époque des Pharaons : Akhenaton, Kheops…) . "Ces rencontres c’est important à nos yeux, on a toujours suscité l'échange, on a fait la même chose en Chine en jouant avec des musiciens chinois…"

Le rap peut embrasser toutes les autres musiques. Akhenaton

Le collectif et la liberté avant tout

On en a toujours fait qu’à notre tête.

C’est un livre qui nous fait pénétrer dans les coulisses du groupe IAM, à la découverte de son histoire et de son fonctionnement. "Dans le collectif, tout le monde a voix au chapitre, et dans le livre chacun raconte les choses de son point de vue".  Le pari démocratique n'est pas de tout repos, mais il est l’essence du groupe, tout comme l’idée de défendre une esthétique et un propos affranchi de toute velléité commerciale.

A l'heure où le rap triomphe sur les plateformes d'écoute en streaming, il est un peu devenu "la variété d'aujourd'hui" comme le dit Daniel Morin. Mais le groupe IAM qui jouit d'aficionados encore férus de l'objet disque résiste : "On ne va se mettre à faire deux albums par an  à 5O ans pour entrer dans la logique des plateformes." 

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