L’Eurovision, fantasmée ou décriée, est un espace unique où se mêlent réflexion communautaire, message géopolitique, défense des minorités et un gout exacerbé pour le divertissement et la fête.

Entre légèreté et défense des causes minoritaires, l'Eurovision ressemble à une Ligue des champions où les petits poucets ont toutes leurs chances.
Entre légèreté et défense des causes minoritaires, l'Eurovision ressemble à une Ligue des champions où les petits poucets ont toutes leurs chances. © Radio France / Eric Valmir

250 millions de téléspectateurs attendus et dans les rues de Lisbonne, les 26 délégations des pays en Finale bardés des couleurs de leur pays. Il y a un côté coupe du monde de la chanson avec ces groupes de fans qu’on assimile facilement à des supporters. Et dans les drapeaux que l’on brandit, Noémie, de formation historienne, voit la vraie dimension communautaire de l’Europe, "un moment où l’on est bien ensemble, et non pas les uns à côté des autres en essayant de tirer la couverture à soi, à débattre normes et protectorat". 

L’Eurovision est une expérience que l’on partage avec ses différences. L’Union pensée à Rome en 1957 n’avait d’autres vocations que protéger les plus faibles. Et sur la scène du concours, il est fréquent désormais de voir une chanson défendre une cause minoritaire, qu’elle soit raciale, sexuelle ou sociétale. 

En 1998, la transsexuelle israélienne Sharon Cohen alias Dana International telle une Diva a gagné le cœur de tous les jurés. Plus proche, en 2014 le drag queen autrichien Conchita Wurtz enlevait la compétition. Les causes géopolitiques sont parfois entendues mais pas au sens de l’idéologie. Susana Jamaladynova, dite Jamala, une Tatare de Crimée enlève l’édition 2016 du concours avec 1944, une chanson consacrée à la déportation stalinienne de son peuple, une histoire directement inspirée de celle de sa grand-mère et qui a provoqué des remous entre le comité d’organisation et le pouvoir russe. 

Echo artistique en témoin de leur temps

Des accents personnels et plus grave s’invitent aussi sur la scène de l’Eurovision. L’émotion qui a gagné les Français Madame Monsieur témoins des sauvetages en Méditerranée. Mais en aucun cas Emilie Satt et Jean-Karl Lucas ne veulent porter un message politique. Simplement être les témoins de leur temps et apporter un écho artistique à un sujet dont le message se brouille dans la confusion des positions partisanes. 

Témoins de leur temps et attachés à la littérature, les Italiens Ermal Meta et Fabrizio Moro marqués par le texte d’Antoine Leyris, vous n’aurez pas ma haine, écrit au lendemain des attentats au Bataclan, ont gagné San Remo en février avec non mi avete fatto niente, (vous ne m’avez rien fait). Genre même pas mal. Vos guerres inutiles ne sont pas les nôtres. 

Mais on aurait tort de penser que l’Eurovision cherche à légitimer une crédibilité à partir des thématiques d’actualité. Son ADN reste la légèreté et le fait que l’on puisse s’amuser tout en étant impliqué dans les débats importants de société. La preuve en est avec l’Israélienne Netta Barzilai, qui a porté le #MeToo en Israël et qui défend le droit de la femme dans une chanson survoltée, Je ne suis pas ton jouet, stupide garçon, mimant des cris de poule du haut d’un physique à la Beth Dido de Gossip. Car l’apparence est aussi un vecteur important, comme déjà dit avec Conchita Wurtz et bien d’autres, on peut tout tenter en matière de look. 

À ce sujet, et comme l’Eurovision reste donc un espace où la dérision et l’autodérision sont incitées à s’exprimer, il existe un autre concours qui n’a rien à voir avec la chanson. Le prix Barbara Dex récompense la tenue vestimentaire la plus laide. En 1993, la dénommée Barbara Dex représentait la Belgique dans un ensemble beige qu’elle avait réalisée elle-même. Un cruel commentateur néerlandais, façon Guitry, a demandé en direct qu’on invente un prix du vêtement le plus horrible qui porte son nom. Il a été pris au mot et le Prix Barbara Dex est né. La France ne l’a jamais gagné, il vaudrait mieux que ce trophée ne lui soit pas décerné cette année, - Madame Monsieur est habillé par Gaultier - et l’Australie rallie pour l’heure tous les suffrages.

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