L’Institut du monde arabe rend un hommage unique aux plus grandes artistes femmes de la musique et du cinéma arabes du XXe siècle, avec une exposition événement qui célèbre à la fois leur histoire et leur héritage contemporain.

Photographie de Tahiyya Carioca dans le film « Un amour de danseuse » (Gharâm Rakissa) Réalisé par Helmi Rafla Egypte, 1949 Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawde
Photographie de Tahiyya Carioca dans le film « Un amour de danseuse » (Gharâm Rakissa) Réalisé par Helmi Rafla Egypte, 1949 Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawde © Abboudi Bou Jawde

Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida, l'exposition de l'Institut du Monde Arabe dresse les portraits épiques et étonnants des divas de l’« âge d’or » de la chanson et du cinéma arabes, à travers un parcours abondamment nourri de photographies d’époque, souvent inédites, d’extraits de films ou de concerts mythiques, d’affiches cinématographiques au graphisme glamour, de magnifiques robes de scène, d’objets personnels et d’interviews rares.

►►► France Inter, partenaire de l'exposition, vous invite à découvrir ces voix de Divas, mercredi 19 mai dans une playlist dédiée tout au long de la journée mais aussi dans la chronique La playlist de France Inter par Thierry Dupin à 5h35 et Le mur  du son d'Aline Afanoukoé à 7h24 ainsi que dans Popopop d'Antoine de Caunes le 24 mai. 

D’Oum Kalthoum à Warda al-Djazaïria, d’Asmahan à Fayrouz, de Laila Mourad à Samia Gamal, en passant par Souad Hosni, Sabah sans oublier la toute jeune Dalida, l’exposition se veut un fabuleux voyage au cœur des vies et de l’art de ces chanteuses et actrices de légende, mais également une exploration des changements profonds qu’elles ont portés. 

Vinyle de Fayrouz « Nâtûrat al-mafâtîh » 1972 Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawde
Vinyle de Fayrouz « Nâtûrat al-mafâtîh » 1972 Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawde / Abboudi Bou Jawde

Icônes intemporelles, femmes puissantes, symboles adulés dans les sociétés arabes d’après-guerre, ces divas aux carrières exceptionnelles s’imposent du Caire à Beyrouth, du Maghreb à Paris, incarnant une période d’effervescence artistique et intellectuelle, une nouvelle image de la femme, ainsi que le renouveau politique national qui s’exprime du début des années 1920, notamment en Égypte, jusqu’aux années 1970. 

L’exposition met ainsi en lumière, à travers ces divas, l’histoire sociale des femmes arabes et la naissance du féminisme au sein de ces sociétés patriarcales, leur participation au panarabisme et aux luttes d’indépendance dans les contextes de la colonisation et de la décolonisation, et – avant tout – leur rôle central dans les différents domaines artistiques qu’elles ont contribué à révolutionner.

Un voyage en 4 actes 

  • Le Caire des années 1920 : le temps des pionnières et des premières divas

Pionnières du mouvement féministe égyptien et arabe, Hoda Chaaraoui (1879-1947) et Ceza Nabaraoui (1897-1985) fondent, en 1923, l’Union féministe égyptienne pour la défense des droits des femmes. Hoda Chaaraoui est la première femme à se dévoiler publiquement ; Ceza Nabaraoui devient la rédactrice en chef de la revue féministe L’Égyptienne (Al-Misriyah) dont le sous-titre « Sociologie, féminisme, art » souligne les engagements politiques de ces femmes avant-gardistes.

Kofler Portrait de groupe, membres de l’Union Féministe fondée par Hoda Chaaraoui Circa 1950 Beyrouth, Fondation Arabe pour l’Image, collection Busseina Saleh Younes
Kofler Portrait de groupe, membres de l’Union Féministe fondée par Hoda Chaaraoui Circa 1950 Beyrouth, Fondation Arabe pour l’Image, collection Busseina Saleh Younes / The Arab Image Foundation

Cette première partie de l’exposition rend également hommage aux premières divas, souvent aujourd’hui oubliées ou méconnues.

De Mounira al-Mahdiyya (1885-1965), chanteuse, première actrice musulmane à apparaître sur scène et icône d’un âge d’or du café chantant et de l’opérette, à Badia Massabni (1892-1974), danseuse orientale (sharqî) et fondatrice de nouveaux lieux de spectacles et de concerts dont le fameux cabaret Casino Badia en plein cœur du Caire, d’Assia Dagher (1908-1986) à Aziza Amir (1901-1952), toutes deux figures engagées d’une industrie et d’une cinématographie égyptiennes naissantes, ces femmes ont profondément transformé et impulsé la vie artistique arabe, du cinéma à la chanson, de la danse au music-hall et au cabaret. Ces femmes artistes réussissent à défier la domination masculine sur la scène musicale et le divertissement ou à s’imposer dans les secteurs émergents des industries du disque et du cinéma. C’est grâce à ces pionnières, devenues chanteuses, danseuses, actrices, femmes d’affaires, entrepreneuses, productrices, réalisatrices, journalistes, militantes politiques du nationalisme arabe, que les grandes divas des années 1940-1970 ont pu exister et acquérir auprès de publics majoritairement masculins une reconnaissance incontestée.

Portrait de Mounira al-Mahdiyya Le Caire, circa 1920 New York, The Abushâdy Archive
Portrait de Mounira al-Mahdiyya Le Caire, circa 1920 New York, The Abushâdy Archive / he Abûshady Archive
  • De l’intimité à la scène : dans la peau des grandes divas de la chanson

La figure de la diva émerge dans ce contexte de transformations culturelles, technologiques et médiatiques. Des années 1940 à la toute fin des années 1960, ces femmes, d’origines et de confessions différentes, vont susciter un engouement populaire extraordinaire dans l’ensemble des pays arabes et incarner, chacune de façon spécifique, l’idée d’une culture arabe commune. 

Ce second moment de l’exposition est consacré aux « voix d’or » de la chanson arabe. Les visiteurs pourront entrer dans la vie intime et publique des quatre chanteuses d’exception choisies : Oum Kalthoum, Warda al-Djazaïria, Asmahan et Fayrouz

Farouk Ibrahim Oum Kalthoum en concert au Caire, 1960 Paris, Photothèque de l’IMA
Farouk Ibrahim Oum Kalthoum en concert au Caire, 1960 Paris, Photothèque de l’IMA / IMA
  • L’âge d’or des stars de « Hollywood sur le Nil »

Entre la fin des années 1930 et le début des années 1970, l’Égypte devient le quatrième producteur mondial de films. L’industrie cinématographique égyptienne connaît son « âge d’or » à partir du milieu des années 1940 et domine totalement le marché du cinéma arabe, avec des productions diffusées dans tous les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Pendant cette période de prospérité, entre 50 à 60 films sont réalisés par an. Le Caire devient «   Hollywood sur Nil » ou « Nilwood ». La comédie musicale, la comédie et le mélodrame portent l’essor et le succès populaire de cette industrie, dont les premiers studios Misr furent créés en 1935 par Talaat Harb.

La troisième partie de l’exposition, consacrée à « Nilwood » et aux comédies musicales, met en avant ces divas actrices, chanteuses et/ou danseuses, au glamour fascinant : Laila Mourad, Souad Hosni, Sabah, Tahiyya Carioca, Samia Gamal, Hind Rostom, Dalida,

Photographie officielle de Dalida en Miss Egypte Egypte, 1954 Paris, D. R. Productions Orlando
Photographie officielle de Dalida en Miss Egypte Egypte, 1954 Paris, D. R. Productions Orlando / D.R. Orlando Productions
  • Héritage et résonnances contemporaines

La dernière partie de l’exposition met en valeur les regards d’artistes d’aujourd’hui sur ces divas, dont l’héritage est une profonde source d’inspiration pour toute une nouvelle génération. La photographe et vidéaste libanaise Randa Mirza associée au musicien et compositeur hip hop Waël Kodeih, les plasticiens et plasticiennes Lamia Ziadé, Shirin Neshat – qui a offert une image de son film Looking for Oulm Khaltoum (2017) pour l’affiche de l’exposition – Youssef Nabil, le photographe Nabil Boutros, … Création musicale holographique, installation vidéo, films, photomontages : autant d’œuvres fortes nées de ce patrimoine musical et iconographique unique réapproprié.

Randa Mirza et Waël Kodeih Schéma 2D de l’installation La Dernière Danse, 2020
Randa Mirza et Waël Kodeih Schéma 2D de l’installation La Dernière Danse, 2020 / Randa Mirza et Célia Bonin _ Waël Kodeih

Dates susceptibles de changer en fonction de la situation sanitaire

Institut du Monde Arabe