Des chefs-d'œuvre, des croquis, des carnets, tous de la main du génie italien Léonard de Vinci. C'est l'une des expositions de l'année au Louvre. Du 24 octobre au 24 février, mais en avant-première sur France Inter.

La Vierge aux rochers, chef-d'oeuvre de la 3e salle, "Léonard à Milan"
La Vierge aux rochers, chef-d'oeuvre de la 3e salle, "Léonard à Milan" © Musée du Louvre/Antoine Mongodin

163 œuvres, dont dix toiles, des dessins, des croquis, des carnets. Suivez-nous dans la plus grande exposition sur Léonard de Vinci de tous les temps, avec des prêts d'œuvres du monde entier, musées et collections privées. Le fruit de dix années de travail, de retraduction des manuscrits, d'examen des œuvres à l'infrarouge.

Léonard de Vinci a aussi inventé la plus fabuleuse machine à fantasmes. On pénètre dans l'atelier de l'artiste : demi-obscurité et ambiance feutrée, l'exposition nous immerge dans l'intimité créatrice du génie de la Renaissance italienne.

1ère salle : "ombre, lumière, relief"

On pénètre dans l'atelier de Verrocchio où Léonard de Vinci a fait son apprentissage à l'âge de 12 ans. Très vite il découvre que les formes sont un jeu avec l'ombre et la lumière.

Émotion devant ses tout premiers travaux de détrempe (peinture à base de pigments, eau et colle), entre ombre et lumière sur des toiles de lin : des draperies, L'Annonciation, la Madone à l'œillet, ses premiers paysages de la vallée de l'Arno. Il a 21 ans et se rêve déjà en grand maître de la peinture.

2e salle : liberté

Les années d'envol artistique de Léonard. Il cherche à recréer la vie dans le mouvement, à faire surgir les tremblements du souffle.

Arrêt émotion devant la candeur joyeuse de la Madone Benois du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.

3e salle : Léonard à Milan

La belle ferronière
La belle ferronière / RNM Grand Palais / Michel Urtado

Saint Jérôme pénitent, La Belle Ferronnière du Musée du Louvre nous regarde avec une certaine froideur. Plus loin, l'un des plus grands chefs-d'œuvre de l'artiste originaire de Vinci : La Vierge aux rochers du Musée du Louvre. Les études de main au charbon de bois sont d'une extrême délicatesse et tellement vivantes. L'étude du visage de l'ange à la pointe de métal nous ferait presque entendre son souffle.

L'exposition montre que la peinture était le but ultime des recherches de Léonard mais qu'elle s'inspirait de ses recherches scientifiques.

4e salle : science

Nous entrons dans le laboratoire de Léonard De Vinci avec une vingtaine de manuscrits : ses croquis et analyses sur les mathématiques, la géométrie, l'anatomie, l'astronomie et la botanique. 

L'un des carnets de Léonard de Vinci
L'un des carnets de Léonard de Vinci © Radio France / Jacqueline Pétroz

Et c'est très émouvant de découvrir ses petits carnets sur lesquels il a dessiné et écrit à l'encre brune. Une preuve que Léonard était aussi un homme, un simple humain avec des petits carnets dans ses poches et qu'il était en perpétuel émerveillement et questionnement devant la nature, devant les mystères de la vie.

Bill Gates a prêté ses manuscrits sur l'astrologie et la reine d'Angleterre celui d'un crâne coupé en deux.

Manque encore L'Homme de Vitruve qui sera bien là pour l'ouverture aux visiteurs et qui arrivera directement de la Gallerie dell'Accademia de Venise, après quelques détours diplomatiques puis juridiques. Cette image de la perfection masculine trônera dans ce laboratoire de Léonard, homme de science.

5e salle : vie

La quête de Léonard : une peinture qui capte la vie, le souffle, qui atteint l'intériorité des êtres et trouve son aboutissement avec la Joconde.

Étude de mains
Étude de mains / Royal Collection Trust / Her Majesty Queen Elizabeth II 2019.

La belle Mona Lisa n'est pas dans l'exposition, sa trop grande fragilité lui impose de ne pas quitter sa chambre dans la salle des États. Mais magie de la science, on découvre grâce à la réflectographie infrarouge, ce que nos yeux ne pourront jamais voir : les repentirs, les dessins préparatoires de la Joconde. Pour découvrir les hésitations du Maître, en particulier au niveau des mains de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo. 

Deux "Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus"
Deux "Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus" / The National Gallery et RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda.

Le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) a passé à la réflectographie infrarouge plusieurs toiles comme  la Joconde, La Vierge aux Rochers, ou encore la Sainte Anne, pour mieux comprendre la démarche du Florentin. C'est l'un des éléments clés de cette exposition.

Dans la Joconde, Léonard excelle dans sa technique picturale du sfumato : son art d'atténuer les contours, de jouer entre ombre et lumière pour donner l'impression d'une apparition. Celle de la naissance, du mystère de la vie. 

Au sommet de son art, La scapigliata. Un visage d'une extrême douceur en terre d'ombre, une chevelure ébouriffée qui évoque par la turbulence des boucles de cheveux les mouvements de l’âme que Leonard veut capter.

Tête de femme dite La Scapigliata
Tête de femme dite La Scapigliata / Ministero dei Beni e delle Attività culturali - Complesso Monumentale della Pilo

L'un des clous de l'exposition, c'est bien sûr la Sainte Anne du Musée du Louvre avec des études du visage d'Anne ; subtile inclinaison du visage qui exprime une infinie tendresse.

Près de la Sainte Anne, le Saint Jean-Baptiste du musée du Louvre et son index pointé vers le ciel. Il semble en équilibre entre lumière et obscurité. Son visage androgyne, avec 500 ans d'avance, brouillait déjà les codes sur les genres.

En face de lui, un Salvator Mundi (version Ganay) mais aucune trace du vrai Salvator Mundi, le tableau le plus cher du monde, vendu 450 millions de dollars, très certainement à Mohammed Ben Salmane, le prince héritier d'Arabie Saoudite. Depuis son achat en novembre 2017, la toile a disparu des radars

Et il y a a priori peu de chance pour qu'il réapparaisse au Louvre pour cette exposition. La polémique, la bataille d'experts autour de son authentification n'est sans doute pas pour rien dans sa disparition mais avec Léonard, un miracle est toujours possible !

Léonard en France

L'exposition se termine par le dessin d'un déluge à la pierre noire. On y ressent toute la philosophie de Léonard de Vinci et sa lucidité sur l'impermanence de la vie face à la force et l'éternité de la nature. Une impermanence que l'on ressent dans les sourires que Léonard a peints. Celui de la Joconde est le sourire de la grâce, du temps qui passe. 

Ses toiles inachevées participent à ce sentiment de vie qui traverse ses toiles. Achevées, elles seraient comme anesthésiées.

C'est l'exceptionnel portrait de Léonard peint par Francesco Melzi, qui clôt l'exposition. Léonard, de profil, songeur, les cheveux longs regarde déjà un autre monde.

À la sortie de l'exposition, on se sent "victime"  du syndrome de Stendhal ! Palpitations, léger vertige devant tant de beauté rassemblée avec la conscience que jamais plus on ne verra autant d'œuvres de Léonard de Vinci réunies.

Une reproduction de la Cène que Léonard a peint sur un mur du réfectoire des Dominicains de Milan, Santa Maria delle Grazie
Une reproduction de la Cène que Léonard a peint sur un mur du réfectoire des Dominicains de Milan, Santa Maria delle Grazie / Musée du Louvre / Antoine Mongodin
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