Pour bien commencer votre week end, revivez les moment les plus insolites de Boomerang cette semaine. Augustin Trapenard recevait la cinéaste Céline Sciamma, la productrice et écrivaine Eve Ruggieri, la journaliste et romancière Adélaïde de Clermont Tonnerre et le chef cuisinier Jean-François Piège.

"L'horizon, ce sont les imaginaires personnels" - La cinéaste Céline Sciamma dans "Boomerang" cette semaine
"L'horizon, ce sont les imaginaires personnels" - La cinéaste Céline Sciamma dans "Boomerang" cette semaine © Getty / Anupong Sakoolchai

Réécoutez le best-of de Boomerang réalisé par Anouk Roche :

14 min

Le best-of de Boomerang du 04 juin 2021

Par Anouk Roche

Céline Sciamma

Prix du scénario du Festival de Cannes 2019 pour "Portrait de la jeune fille en feu", Céline Sciamma sort son tout nouveau film "Petite Maman". Un merveilleux conte cinématographique où une petite fille se retrouve bientôt aux côtés de sa mère au même âge qu'elle enfant. La cinéaste s'est confiée sur la place que peut tenir à ses yeux l'imaginaire dans la création artistique et les vertus sociales du cinéma. Retrouvez son entretien dans Boomerang

CS : "Je suis retombée sur la première histoire que j'ai écrite de toute ma vie. J'ai quatre ans et c'est l'histoire d'un petit chien qui erre dans la forêt. Il va d'animal en animal pour demander le gîte et se demande surtout, que faire de sa vie. Et puis, à chaque fois, on lui dit non. Il fallait inventer la fin de l'histoire. Et moi, j'ai juste une phrase qui me revient : "une poule lui offre son nid et il dit oui" et je trouve ça complètement raccord ! [...]

Filmer à hauteur d'enfant, ça ne veut pas dire haut comme trois pommes ou l'idée de voir le monde où tout est poétique, tout depuis mon 1,20 m. C'est surtout le regard d'un engagement total, d'une sincérité totale, d'une profondeur gigantesque dont on pourrait parler d'un "kid gaze" qui serait un regard qui "care", car les enfants sont dépendants de structures, ils n'ont pas d'autonomie. Ce sont des regards qui sont chargés d'une responsabilité, d'une inquiétude, d'une solidarité. C'est aussi pour ça que j'aime les récits d'enfance. C'est pour le regard d'enfant. L'enfance n'est pas une chose passée ou une chose qui nous rend visite. On peut parler d'enfant intérieur. Mais au-delà même de ces concepts psychanalytiques, j'ai vraiment eu l'ambition de nous redonner nos corps d'enfant, c'est-à-dire la continuité. La petite Céline, elle est là, et elle l'est peut-être plus qu'avant. Cette chose enfantine est très simple. Dans La Ritournelle (2014), il y a la réciprocité : mon coeur est dans ton coeur, ton cœur est dans mon cœur

Il y avait l'envie de donner un hymne à l'enfance, une chanson qui soit à la fois totalement crédible comme un générique d'un dessin animé qui n'aurait pas vu le jour pendant notre enfance, mais qui soit aussi possiblement l'hymne pour des manifs d'enfants, avec des animaux et une espèce d'hymne du futur. Cette musique, les paroles sont au futur, donc de toute façon, c'est toujours la musique du futur [...]

C'est la question la plus capitale, centrale, la plus débattue même parce qu'elle comprend à la fois la question de la diversité des voix, des représentations, de l'impact de ses représentations et, en même temps, on est face à la question des imaginaires. Parce que quand on parle des représentations, c'est comme si d'emblée, on disait qu'il fallait que cette nouvelle voie soit dans le témoignage. C'est comme si, d'un coup, l'horizon d'une pluralité de paroles, ça allait être le témoignage, alors que ce n'est pas ça du tout, c'est absolument réducteur, voire méprisant. 

L'horizon, ce sont les imaginaires

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L'enjeu des imaginaires, il est capital parce que ça a une fonction qui est à la fois déclaratoire, une idée un peu radioactive qu'on va porter en soi ensuite, dans laquelle on va pouvoir se projeter soi-même, s'imaginer. Si on regarde les récits psychanalytiques avec lesquels on se débat ou avec lesquels on s'exprime, ils sont adossés à des grandes fictions et de grandes mythologies. On se sert de ces fictions pour s'augmenter, se comprendre. Mais quand on regarde ces fictions, ce sont des fictions de rivalité sentimentale [...]

Pourquoi est-ce qu'on ne produirait pas un mythe sur lequel s'adosser pour réfléchir à soi, grandir, s'augmenter, se consoler qui ne serait pas fondé sur une rivalité sentimentale ? Ce qui semble plutôt une bonne idée parce que la famille, le fait qu'elle soit fondée sur des rivalités sentimentales, ça peut se contester".

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Eve Ruggieri

À l'occasion de la journée de la fête de la radio célébrée par France Inter, la célèbre productrice est venue partager ses plus beaux souvenirs de radio, revenant sur les grands moments qui auront éternellement marqué l'histoire de la radio, notamment musicale. Réécoutez son témoignage au micro d'Augustin Trapenard

ER : "On est libre à la radio. Je devais avoir 13-14 ans, j'écoutais une émission où il y avait une voix de femme qui me fascinait complètement et elle s'appelait Nathalie Nerval, j'en étais tombée sous le charme, j'étais éprise de cette femme. Cette voix m'était nécessaire comme le premier café le matin. C'est le sang de la chair et c'est pour ça que ça a un impact aussi violent. 

On dit les cordes vocales, les gens imaginent une harpe. Ce sont deux petits filaments de chair de rien du tout, mais c'est votre chair. C'est pour ça qu'on pardonne dans les concerts un instrumentiste qui va rater une note. Mais un chanteur qui rate une note, les gens sifflent à l'opéra. C'est fou, ça casse, ça brise cette espèce de lien qui passe par le timbre, la couleur de la voix. 

Quand je suis arrivée à Paris, j'ai passé un concours ! Je dois être la seule personne encore vivante qui ait passé un concours pour entrer à la radio (rires)

Je n'étais pas à l'antenne. J'étais assistante de l'émission, j'avais proposé des contes pour des enfants et, un jour, le comédien qui les lisait n'était pas là. On m'a dit de raconter comme je l'ai écris. On trouvait que j'avais une drôle de voix, qu'elle ne laisserait pas indifférente. C'est comme ça que je suis arrivé au micro. 

On a eu les meilleurs chefs opérateurs du son du monde

J'ai eu l'occasion d'aller travailler aux Etats-Unis, et un peu partout, mais l'amour de ces metteurs en ondes, celui qu'ils portaient à leur métier, quand j'étais à la radio sur France Inter, j'en étais émerveillée".

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🎧  CARTE BLANCHE - Une histoire singulière de Ludwig van Beethoven racontée par Eve Ruggieri

Adélaïde de Clermont Tonnerre

Elle s'est imposée comme l'un des grands noms de la littérature française. À l'occasion de la sortie de son tout nouveau livre Les jours heureux qui raconte l'histoire d'un jeune homme qui, au départ bien décidé à échapper à l’amour infernal de ses parents, va bientôt devoir prêcher le contraire. Réécoutez ses mots dans Boomerang :

ACT : "Pour moi, une vraie histoire, c'est une histoire charnelle, c'est une histoire où on sent les personnages s'incarner. J'ai une forme de folie ou de névrose. J'ai l'impression que ces personnages, ils existent et il n'y a rien de plus magique que quand un lecteur vient me parler tout d'un coup des personnages. Là je me dis que ça c'est une vraie fausse histoire ! Je milite pour qu'on laisse un espace à l'évasion et ça date d'il y a un moment. Rappelez-vous Romain Gary, qui disait déjà dans les années 80 : "La botte du réel a écrasé les écrivains". Eh bien, moi, j'ai envie de lever la botte du réel !

Il y a des choses magnifiques dans l'autofiction. Ce sont des textes qui comptent. La fiction est salutaire parce qu'elle vous sort de vous-même, du quotidien, parce qu'elle vous permet de vous évader, parce qu'elle vous permet d'être tellement de personnes qu'on aimerait être.

Il y a mille personnalités en chacun d'entre nous

On les contraint dans nos journées. On en prend quelques petits morceaux. Et, dans la fiction, on devient tout à la fois. Et ça, c'est grisant. C'est un espace de liberté qu'on a nulle part ailleurs, je pense !

Toute mon enfance, on me disait de ne pas dire "je". C'est peut-être pour ça que j'écris de la fiction, car il y a beaucoup de non-dits, beaucoup d'amour, de fantaisie, de liberté, contrairement à ce qu'on pourrait penser. Je pense que, honnêtement, sans cette éducation-là, j'aurais eu moins de choses à dire. Je les aurais sorties plus tôt".

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Jean-François Piège

Grand maître de notre gastronomie et des traditions culinaires françaises, le chef cuisinier est venu partager ses sentiments quant à l'état de la restauration française, alors que les terrasses viennent de réouvrir. Jean-François Piège était au micro de Boomerang.

J-F P : "Je pense à l'île flottante de ma grand-mère, qui est ma madeleine de Proust à moi qui est partie sans me donner la recette. Cette île flottante était tellement magnifique que je me suis mis à travailler dessus. Je n'y suis jamais arrivé. Jamais. À un moment donné, je me suis dis qu'il fallait qu'elle fasse la sienne : c'est une île flottante inversée, carrée, avec, à l'intérieur, la crème anglaise et une fine pellicule de caramel qui amène le croustillant.

Un goût qui n'existe pas encore, ce n'est pas forcément quelque chose qui vient de la lune ou qui vient des étoiles [...] 

Il y a un mot, dans la langue française, qui est "transmuter", soit "transformer par le feu" et c'est l'art de cuisiner. On est des transmutateurs".

CARTE BLANCHE - La recette de l'oeuf mimosa de Jean-François Piège

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🎧  SUIVRE - Boomerang : Tous les entretiens d'Augustin Trapenard, du lundi au vendredi à 9h05

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