Alors que la mort des hypermarchés est annoncée par les groupes Carrefour, Auchan et Casino, pourquoi est-il encore question de leur futur ?

Rayon d'hypermarché en Iowa aux Etats-Unis
Rayon d'hypermarché en Iowa aux Etats-Unis © Getty / Katrina Wittkamp

Ali Rebeihi réunissait ce mercredi plusieurs spécialistes de l’hypermarchéautour de la question de leur avenir dans la société française. Les hypermarchés font leur apparition dans les années soixante et accompagnent l’avènement des trente glorieuses. Ils font rapidement leur place dans le quotidien des Français en proposant une offre hyper-diversifiée à bas prix, le parking en plus.

On persiste à proclamer leur perte depuis une décennie sans que rien n’opère et malgré les baisses des ventes ces dernières années, l’hypermarché représente toujours plus de 50% de la distribution alimentaire en France. Lorsque l’on évoque une mort des hypermarchés, il faudrait préciser que l'on parle du concept d’hypermarché tel qu’il est arrivé dans l’hexagone il y a plus de cinquante ans.

Il est certain que le format de l’hypermarché comme le lieu où l’on peut tout acheter sous le même toit est amené à disparaître. Cependant si une grande part du marché de l’équipement de la maison s’est vu récupéré par les géants du e-commerce comme Amazon, les hypermarchés et supermarchés restent numéro un lorsqu’il s’agit de la grande distribution alimentaire.

L’aliment au centre de l’hypermarché

L’avenir de ces grandes surfaces se concentre essentiellement sur l’alimentaire : d’une part parce que les Français ne semblent pas être des amateurs de l’achat d’ananas en ligne, d’autre part pour les raisons pratiques évoquées précédemment. Le besoin de renouvellement de ces structures se manifesterait en premier lieu à travers une ouverture de leur offre alimentaire, notamment à travers un retour du régional dans leurs rayons.

Ce regain du local découle d’un besoin de proximité, de lien social, allié à une prise de conscience globale des enjeux environnementaux. Certains hypermarchés s’évertuent à recréer le sentiment d’authenticité que l’on peut avoir en faisant ses courses au marché, par exemple lorsque l’on retrouve des producteurs locaux dans la galerie marchande.

Un autre facteur rassurant considère la proximité de la production, ainsi on a pu voir éclore depuis une dizaine d’années des labels de la part des grands groupes qui attestent de l’origine des produits : « meilleur d’ici » de Géant Casino, « Alliances locales » par Leclerc, « Saveur en Or » par Auchan… Pascale Hebel, drectrice du pôle consommation et entreprise au Crédoc déclare :

On a voulu parce qu'on a vu en milieu de crise économique que les marchés forains remontaient, recréer le lien social. On a fait des rayons traditionnels.

Le local dans l'imaginaire français c’est le mot magique qui réunit valeurs écologiques et création de lien social.

Un lieu de rencontre

Lorsque la grande distribution était encore inconnue à ce monde, l’achat de la viande se faisait chez le boucher, le poisson chez le poissonnier, les légumes chez l’épicier... Cette segmentation de l’alimentaire renvoyait chaque marchand à une spécialité, phénomène que les grandes surfaces essaient de reproduire à travers les boutiques spécialisées au milieu des rayons.

Le fait de retrouver un dialogue avec un conseiller autour des produits aide à pallier la méfiance qui règne autour de l’impact de l’alimentation de la grande distribution sur la santé et ajoute un caractère humain indéniable à ce qui est souvent considéré comme le moment pénible de la semaine.

Les boutiques spécialisées que l’on trouve entre les rayons dans certains hypermarchés ("La Boucherie", "Le Traiteur"...) représentent l'identité même de la chaîne Grand Frais. Cette chaîne d’hypermarchés recrée tout l’univers du marché, en empruntant l’architecture des halles de villages et en reprenant les figures des marchands comme responsables de leur secteur : le boucher, le poissonnier, l’épicier… Le but étant de recréer une atmosphère traditionnelle du lieu de commerce, du lieu de vie comme l'expliquait Annie Ernaux en 2014 sur les ondes de France Inter:

Il reste cependant encore un peu de chemin pour les grands groupes français pour casser l’imaginaire peu glamour qui est associé aux hypermarchés et conquérir les « locavores », notamment à travers une évolution vers le sain, le circuit court et des animations toujours plus locales. Thibaut, un auditeur de Marseille témoigne:

Je pense qu'il faut qu'ils passent dans l'air du temps, ils font déjà du bio mais il faudrait qu'ils insistent là-dessus. Le bio, l'éthique, le responsable, l'écologique, etc.

En 2011, Michel Houellebecq était l'invité de Frédéric Bonnaud sur le Mouv', en direct d'un hypermarché du 13e arrondissement de Paris. Il signait à l'époque La carte et le territoire, édité chez Flammarion et Prix Goncourt 2010. Il y décrivait ce lieu comme :

Le seul centre d'énergie perceptible, la seule proposition sociale susceptible de provoquer le désir, le bonheur, la joie.

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