Habiter sur une toute petite île, voilà qui doit être merveilleux, notamment quand on est enfant. Sur l’île de Sein, par exemple. Sein, c'est une languette de terre d’à peine deux kilomètres de long, qui serpente comme un S inversé. Vu du ciel c’est très joli, cette île est un fragment de terre sur l’océan. Evidemment, il n’y a pas grand monde l’hiver, pas plus de 100 habitants, il faut bien aimer ses voisins. On doit avoir parfois envie d’être tranquille, d’être un anonyme au milieu de la foule, mais ça ce sont des problèmes de grande personnes! Pour les enfants, aller à l’école à pied, vivre librement sur l'île, ça doit être assez magique. J’imagine que les parents ne sont pas franchement inquiets à l’idée que leurs enfants crapahutent comme ils l’entendent. Oui ça doit être assez chouette, une enfance à Sein. Eh bien ce n’est pas du tout l’avis d’un juge à Montpellier. Un juge aux affaires familiales a estimé récemment que l’île de Sein était « hostile » pour des enfants.

Qui lui a demandé son avis, me demanderez-vous. Eh bien c’est une femme, séparée de son mari depuis plusieurs années, qui souhaitait s’installer sur l’île de Sein avec ses trois enfants et son nouveau compagnon. Elle a été déboutée par la justice, au motif, notamment, que c’est un lieu de vie « relativement hostile » pour les enfants. La justice estime aussi (argument tellement plus recevable) que les trajets des enfants pour rejoindre leur père seraient trop compliqués.

Vous l’imaginez, le mot « hostile » a fait bondir le maire de l’île de Sein, Jean-Pierre Kerloch. Il s’est fendu d’une lettre au président du tribunal de grande instance de Montpellier pour dénoncer ces « propos inacceptables ». Et pour lui indiquer qu’il y a, à Sein, une école primaire et un collège (13 enfants y sont scolarisés), un cabinet médical et plusieurs commerces. En cas d’urgence, a-t-il aussi écrit dans sa lettre, on est à 20 minutes de l’hôpital de Brest par hélicoptère. Il aurait même pu préciser, au passage, que l'île de Sein a reçu la médaille de Compagnon de la Libération, en hommage aux habitants de l'île qui ont rejoint De Gaulle en juin 40.

Le plus étonnant, dans cette affaire, c’est la plaidoirie de l’avocate du père des enfants, rapportée notamment par le Télégramme. L’île Sein, pour cette avocate, est une commune « isolée en plein océan Atlantique, sans eau courante, sans électricité, sans eau potable, sans voiture, une île dangereuse dont les habitants se promènent avec des petites charrettes. » Voilà comment on présente Sein dans les prétoires de Montpellier. Franchement, je comprends que le maire de Sein soit un peu agacé !

D’ailleurs, plutôt que d’expliquer dans son courrier que Sein était doté de services publics, de détailler les liaisons maritimes entre son île et le continent, à mon avis, il aurait dû écrire ceci : "Chez vous à Montpellier, il fait trop chaud. C’est cruel pour les enfants". Histoire de rester dans la même tonalité.

Dorothée Barba.

L'île de Sein, un cadre de vie jugé "hostile" par un juge de Montpellier
L'île de Sein, un cadre de vie jugé "hostile" par un juge de Montpellier © Radio France
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