La reporter de guerre Christine Spengler a réalisé cette image sur les bords du Mékong, en 1974, au début de sa carrière. Loin de montrer les morts et l’horreur de la guerre, son travail porte davantage sur l'espoir et la douleur des survivants.

Ces enfants-là, Christine Spengler, que tout le monde surnommait "Moonface " ("Visage de lune ") sur le terrain, s’en rappelle comme si c’était hier. Retour sur ce bref instant d'insouciance, avant que la dure réalité ne rattrape ces joyeux bambins.

Cambodge, enfants nageant dans le Mékong, 1974
Cambodge, enfants nageant dans le Mékong, 1974 © Christine Spengler

Sur la route, j’ai vu des enfants en plein milieu de la guerre, qui s’amusent et jouent avec des douilles d’obus, dans le Mékong. J’ai demandé au taxi : "Arrête-toi, je veux faire cette photo !" Car j’aime toujours montrer l’espoir.

Quelques heures plus tard, je retrouve l’un de ces enfants, cette fois-ci au chevet de son père. Tous les autres photographes s'étaient précipités pour photographier l’homme nageant dans son sang. Moi, je n’ai pas fait une seule photo. Quand j’ai vu l’enfant accourir, désespéré, s’agenouillant près du brancard où gisait son père mort enveloppé dans un poncho en plastique, avec derrière l’ombre du mortier, c’est là que j’ai su qu’il fallait que je prenne la photo.

Cambodge, enfant pleurant son père, 1974
Cambodge, enfant pleurant son père, 1974 © Christine Spengler

J’en ai prise deux, comme je le fais toujours, jamais plus. Je me suis dit que c’était plus important de montrer la douleur de l’enfant survivant, qui, il y a quelques heures, nageait avec ses petits camarades, dans le Mékong, et qui, tout d’un coup, par la tragédie de la guerre, était propulsé à l’avant-scène de cette guerre.

« Une bonne photo n’a pas besoin de légende »

L’enfant n’aura même pas le temps d’enterrer son père, il va devoir fuir, sous les bombes. J’ai pris soin avec mon grand angle de montrer l’ombre du mortier. Comme toujours c’est grâce à mon grand angle que je peux montrer plusieurs choses, comme un tableau, comme faisaient les grands maîtres espagnols, tel Goya ou Vélasquez .

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Si je n’avais montré que le visage qui pleure, on ne peut pas savoir où on est. Quand je suis arrivée en Asie, à l’agence AP, le premier qui m’a donné ma chance était le célèbre Horst Faas . Il m’a donné un seul conseil dans ma vie, qui m’a beaucoup marquée. En me donnant les rouleaux, il m’a dit « Souviens-toi, Baby, une bonne photo n’a pas besoin de légende . » Chacune de mes photos parle pour elle-même. Je me suis toujours souvenue de ça : j’essaye de faire des « photos-symboles ».

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Christine Spengler, nommée chevalier de la Légion d'honneur en 2008, a tout au long de sa carrière capté les enfants au milieu de la guerre que ce soit pendant les conflits en Irlande du Nord en 1972 ou encore au Nicaragua en 1981.

►►► VISITEZ || Le site de Christine Spengler

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