Du temps de la Fin’amor, berceau de notre littérature, ne nous reste qu’un seul texte d' Azalaïs de Portiragnes, femme-troubadour

Deux ménestrels - Codex des Cantiques de Sainte Marie
Deux ménestrels - Codex des Cantiques de Sainte Marie © Getty / Anonyme - vers 1280 _ Heritage Image

Unique, il l’est par deux fois !

Unique car le seul qui nous reste de cette célèbre Azalaïs de Portiragnes, petit village près de Béziers, au cœur de l’Occitanie d’alors.

Les femmes qui pratiquaient l'art de trobar, s’appelaient des trobairitz. Azalaïs est la première trobairitz dont le nom soit connu, célèbre aussi pour sa voix, sa beauté et son « art de trouver », c’est-à-dire de composer des vers.

Unique aussi car sublime poème d’amour courtois,

La poésie des troubadours s’avère d’une richesse incomparable, les images, les expressions comme la rythmique sont très inspirés et donnent la mesure de la vie culturelle de cette période.

Composé en cinquante-deux vers, ce poème d’amour semble inspiré par le sentiment passionné qu’Azalaïs portait à Gui Guerrejat, le frère de Guilhem VII de Montpellier.

Le texte, qui fait référence au décès du troubadour Raimbaut d’Orange, a peut-être été écrit peu après sa mort en 1173.

Un poème ancien qui reste vivant

Si la mélodie est perdue à jamais, le poème est ici chanté contrafactum, un procédé qui consiste à transformer les paroles d'une pièce sans toucher à la musique.

Dans cet enregistrement, la mélodie est donc celle d’une autre chanson, en l’occurrence Ara m’agra opsdu troubadour Raimon de Miraval mais les paroles sont bien celles du poème d’Azalaïs de Portiragnes, dont le titre est : Ar em al freg temps vengut ( en occitan, Nous voici venus au temps froid )

Écoutons ce poème dans une chanson interprétée par le groupe Flor Enversa. La chanteuse est Domitille Vigneron, elle joue de la vièle à archet ; elle est accompagnée par Thierry Cornillon au rote, un instrument à cinq cordes, variante de la lyre.

Le musicien-conteur, Thierry Cornillon, a reconstitué ces instruments selon de rares documents iconographiques ou des sculptures qui ont traversé le temps.

Ar em al freg temps vengut

"Nous voici venus au temps froid
Avec gel, neige, et boue
Et si je succombe avec ces mots vrais
D'Orange me vient la blessure
Une dame place bien mal son amour
Si elle aime un homme pour sa richesse,
J'ai un ami de grande valeur
Qui est au-dessus de tous
Et il n'a pas un cœur tricheur
Envers moi, et il me donne son amour"

Une fiction et un entretien pour en savourer plus encore !

France Inter prolonge l’évocation d’Azalaïs de Portiragnes avec une fiction Azalaïs, la Belle Troubadour,écrite par Thady Macnamara et réalisée parSophie-Aude Picon.

C'est Odile Heimburger, soprano colorature, qui prête sa voix à Azalaïs.

L’invité de Stéphanie Duncan n’est autre que Michel Zink, médiéviste et philologue, spécialiste de la littérature française du Moyen Âge. Pendant l’été 2014, sur France Inter, nous avions déjà entendu sa voix évoquer le Moyen Âge. En quelques minutes, chaque jour, l’historien nous enchantait de poésie et d’histoire médiévale, dans Bienvenue au Moyen Âge.

Vous pouvez suivre cette belle épopée d’amour et de poésie, dans l’émission de Stéphanie Duncan, Autant en emporte l’Histoire, dimanche 16 octobre 2016 entre 21h et 22h, sur France Inter. En voici un extrait :

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