La Cour? C'est l'enfer. Celui de Dante. Dante et sa "Divine Comédie" adaptée par l'italien Roméo Castellucci dont les intentions restent énigmatiques. Le plus drôle, c'est qu'il a beau s'exprimer beaucoup, notamment dans un livre, "Conversation", chez Pol ou dans les programmes de ses spectacles, ses propos plongent le lecteur dans des abîmes d'incompréhension. Exemple : "Il faut faire

La cour infernale
La cour infernale © C Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

Dante, être Dante et non son oeuvre". Diantre!

Cette énigme intentionnelle est bien le problème de l'Italien. Quel est son propos et quel est son regard sur la "Divine Comédie", au-delà des belles images que l'oeuvre lui inspire? Le début d'"Inferno" captive. L'artiste s'avance sur scène et annonce : "Je suis Roméo Castellucci". Puis il enfile un costume rembourré. 7 chiens loups (accompagnés de leur dresseur) montent sur le plateau. 3 sont lâchés sur Castellucci et le mordent avec un plaisir non feint, avant qu'un sifflement ne les ramènent aux pieds de leur maître. Nous sommes dans l'enfer gardé par les Cerbères. Puis un homme escalade avec une agilité exceptionnelle le mur de la Cour (voir photo). Lentement, à la manière d'une araignée. Parviendra-t-il à échapper à l'enfer? Va t-il chuter? Légère inquiétude devant cette splendide ascension. On salive. Enfin un metteur en scène qui prend en compte le mur, la Cour! Peu à peu, des figurants prennent place sur le plateau. Dix, vingt, trente, un foule, une vague! Les uns

après les autres, ils s'allongent sur le ventre, se relèvent, se suicident en tombant à la renverse ou s'égorgent... Curieusement, rien de bien effrayant, mais un procédé destiné à émouvoir le public un peu facile : la procession, ça marche à tous les coups! On commence à trouver le temps long, les scènes s'étirent. Castellucci semblait pourtant inspiré par le génie diabolique d'un Jérôme Bosch, mais il est vite allé se perdre dans l'esthétique de la pub initiée par Jean-Jacques Beineix dans les années 80. Tout cela est bien paresseux au fond, même si encore une fois, on goûte plusieurs de ces tableaux. Hélas, côté "Divine Comédie", inutile de chercher. Même s'il faut "être Dante et non son oeuvre", le poète sur le plateau n'a pas été convié.

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