La 46e cérémonie des César, présentée par Marina Foïs, s'est tenue dans un climat particulier, vendredi soir. Elle a été marquée par de nombreuses prises de positions sur la crise que connaît l'industrie du cinéma depuis le début de la pandémie et sur le manque de perspective autour de la réouverture des salles.

Dans une nouvelle allusion au cinéma et à la culture, victimes des restrictions sanitaires, Corinne Masiero s'est dénudée sur la scène de l'Olympia dans un happening qui a réveillé toute l'assistance.
Dans une nouvelle allusion au cinéma et à la culture, victimes des restrictions sanitaires, Corinne Masiero s'est dénudée sur la scène de l'Olympia dans un happening qui a réveillé toute l'assistance. © AFP / Bertrand Guay

Il fallait tenir cette cérémonie. En attendant, au moins, de voir les salles de cinéma rouvrir. Un espoir, une demande, une revendication qui fut le fil rouge de cette 46e édition des César, vendredi soir. Depuis le début de la crise sanitaire, les salles obscures ont connu plus de sept de mois de fermeture. Une situation dramatique, qui va bien au-delà du septième art : dénonçant une culture "à poil" en France, la comédienne Corinne Masiero est allée jusqu'à se mettre nue sur la scène de l'Olympia. Créant ainsi l'un des moments les plus marquants d'une soirée au ton parfois pesant et aux longueurs incontestables (même si l'on est habitués). Interpellée à plusieurs reprises sur la question de la réouverture des lieux culturels, la ministre Roselyne Bachelot, présente à l'Olympia, n'est pourtant jamais apparue à l'écran. 

Côté palmarès, "Adieu les cons", le film d'Albert Dupontel (grand absent de cette célébration) a raflé sept César dont ceux du Meilleur film et de la Meilleure réalisation. Ce long-métrage n'a pu être projeté qu'une semaine, avant la fermeture des salles le 28 octobre. On soulignera aussi la consécration de Laure Calamy, Meilleure actrice dans "Antoinette dans les Cévennes" : "C'est pas essentiel mais ça fait vachement plaisir", a-t-elle lancé en recevant son prix. Et de Sami Bouajila, Meilleur acteur dans "Un fils". 

"Adolescentes", de Sébastien Lifshitz, sacré Meilleur documentaire, est également reparti avec le César du Meilleur montage. Le film d'Emmanuel Mouret, "Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait", n'a été récompensé qu'à travers Émilie Dequenne, Meilleure actrice dans un second rôle. Et "Eté 85" de François Ozon, pourtant favori, est reparti bredouille. 

"Rends nous l'art, Jean"

Elle était venue remettre le prix du Meilleur costume. L'actrice Corinne Masiero a donc surtout réveillé une cérémonie roupillante. Arrivée aux alentours de 23 heures dans une fausse peau d'âne ensanglantée, la comédienne a fini par la retirer, tout comme la robe qu'elle portait en dessous, et se retrouver complètement nue : "Maintenant on est comme ça. Tout nus. C'est important le costume. On a l'air con quand on en a pas." Sur son corps, Corinne Masiero, tampons hygiéniques ensanglantés en guise de boucles d'oreilles, s'était inscrite les slogans "No culture, no futur" et "Rends l'art, Jean"

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Au cours de la soirée, de nombreux intervenants ont fait allusion à la fermeture des cinémas depuis la fin octobre 2020, soit plus de quatre mois désormais. "Sans volonté politique, on ne préservera pas ce système [de financement du cinéma français, NDLR] qui est si vertueux. Mes enfants ont un âge merveilleux : 8 ans et 6 ans. Ils peuvent aller chez Zara, ils ne peuvent pas aller au cinéma. Ce n'est pas compréhensible. On ferme le cinéma : on peut l'entendre pour des raisons sanitaires, mais pas pour des raisons politiques. On a besoin d'une volonté politique forte pour que le cinéma continue d'évoluer, de grandir avec d'autres médias, mais avec d'autres moyens de diffusion", a par exemple estimé Stéphane Demoustier qui recevait le César de la Meilleure adaptation pour "La Fille au bracelet".

"Je vous perds, madame la ministre, et je perds confiance en vous"

Marina Foïs, maîtresse de la cérémonie, avait déjà ouvert la soirée par un long monologue évoquant le coronavirus ("Au début on l'a appelé le Covid mais quand on a compris que ce serait très, très long et très, très chiant, on l'a mis au féminin") mais surtout la situation du monde de la culture. 

"On a enfermé les jeunes et fermé les cinémas, les théâtres et interdit les concerts pour ouvrir les églises, car on est un pays laïc pour que les vieux à Noël puissent aller à la messe puisqu'on est un pays laïc. Et comme, Dieu merci, les salles de spectacles étaient fermées, il y avait moins de flux de gens. Donc on a pu organiser des gros flux dans les grands magasins et les centres commerciaux pour qu'on puisse offrir à Noël des trucs qu'on a déjà pour pouvoir les revendre le lendemain sur eBay."

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"Je vous perds, madame la ministre, et je perds confiance en vous (...) Et que faire quand on a plus confiance en son ministre de tutelle, à l'heure où se joue l'avenir du cinéma et de l'exception culturelle française ?", a ajouté Marina Foïs. 

"J'ai envie de parler d'Adama Traoré et de Michel Zecler"

Jean-Pascal Zadi, sacré Meilleur espoir masculin pour son rôle dans "Tout simplement noir", film qu'il a également réalisé, a tenu à "remercier tous ceux qui ont ouvert la brèche avant moi", comme Omar Sy ou Ladj Ly. "J'ai envie de parler d'Adama Traoré, j'ai envie de parler de Michel Zecler et ce n'est pas fini... On peut se demander si notre humanité compte lorsque l'esclavage a été retenu comme crime contre l'humanité en 2001 et qu'aujourd'hui, dans l'espace public, certaines personnes qui ont activement participé aux crimes contre l'humanité sont glorifiés par des statues."

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Dans la foulée, le César du meilleur espoir féminin est, lui, revenu, à Fathia Youssouf pour son rôle dans "Mignonnes".

"Jean-Pierre n'aurait pas aimé les longs discours" 

Cette cérémonie a été marquée par les hommages rendus aux réalisateurs, comédiens et professionnels du secteur. Michel Piccoli, Claude Brasseur, Jean-Loup Dabadie et évidemment Jean-Pierre Bacri, décédé le 18 janvier. Non sans émotion, Marina Foïs a lancé une longue séquence composée d'extraits de films et d'interviews de l'acteur. L'Académie lui a également décerné un César d'honneur posthume.   

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Un hommage musical a aussi été rendu au compositeur Ennio Morricone. 

"Un refuge plein d'insouciance, de créativité et de joie"

Laurent Lafitte, co-auteur des sketchs de la cérémonie, est aussi venu remettre un César d’honneur à la troupe du Splendid. Sur scène, l’équipe fondée en 1974 et composée de Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Christian Clavier, Gérard Jugnot et Bruno Moynot a enchaîné les discours de remerciements. Thierry Lhermitte s’est même fait remarquer avec un costume très Seventies, rappelant son personnage du "Père Noël est une ordure".  

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"Pour toute une génération d'actrices et d'acteurs – et même plusieurs –, vous avez montré le groupe comme un refuge plein d'insouciance, de créativité et de joie, et j'espère vraiment qu'on ne doit pas mettre ça uniquement sur le compte des années 1970", a lancé Laurent Lafitte.

Valérie Lemercier "emprunte des toutous"

"J’ai quand même l’impression que je déconne à pleins tubes, en ce moment" a témoigné la comédienne. "Il y a une semaine, je me suis même inscrite sur le site EmprunteMonToutou. C’est vrai. Ça consiste à promener les chiens des gens et donc à faire faire caca des chiens qu’on ne connaît pas. Alors que j’ai peur des chiens. Et du caca", a poursuivi Valérie Lemercier venue remettre le César de la meilleure actrice.

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Le palmarès 2021

  • Meilleur film : "Adieu les cons", d’Albert Dupontel (Film France Inter) ;
  • Meilleure réalisation : Albert Dupontel pour "Adieu les cons"  (Film France Inter);
  • Meilleure actrice : Laure Calamy dans "Antoinette dans les Cévennes" ;
  • Meilleur acteur : Sami Bouajila dans "Un fils" ;
  • Meilleur acteur dans un second rôle : Nicolas Marié dans "Adieu les cons" (Film France Inter) ;
  • Meilleure actrice dans un second rôle : Emilie Dequenne dans "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" (Film France Inter) ;
  • Meilleur film étranger : "Drunk" de Thomas Vinterberg (Film France Inter) ;
  • Meilleur premier film : "Deux" de Filippo Meneghetti ;
  • Meilleur scénario original : Albert Dupontel pour "Adieu les cons" (Film France Inter) ;
  • Meilleurs décors : Carlos Conti pour "Adieu les cons" (Film France Inter) ;
  • Meilleurs costumes : Madeline Fontaine pour "La Bonne Epouse" (Film France Inter) ;
  • Meilleur espoir féminin : Fathia Youssouf dans "Mignonnes" ;
  • Meilleur espoir masculin : Jean-Pascal Zadi dans "Tout simplement noir" ;
  • Meilleur court-métrage d’animation : "L’Heure de l’ours", d'Agnès Patron ;
  • Meilleur long-métrage d’animation : "Josep" d'Aurel ;
  • Meilleur documentaire : "Adolescentes" de Sébastien Lifshitz (Film France Inter) ;
  • Meilleur film de court-métrage : "Qu’importe si les bêtes meurent" de Sofia Alaoui ;
  • César des lycéens : "Adieu les cons" d'Albert Dupontel (Film France Inter) ;
  • Meilleur son : Yolande Decarsin, Jeanne Delplancq, Fanny Martin et Olivier Goinard pour "Adolescentes" (Film France Inter) ;
  • Meilleure adaptation : Stéphane Demoustier pour "La Fille au bracelet" ;
  • Meilleur montage : Tina Baz pour "Adolescentes" (Film France Inter) ;
  • Meilleure photographie : Alexis Kavyrchine pour "Adieu les cons" (Film France Inter) ;
  • Meilleure musique originale : Rone pour "La Nuit venue".
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