C’est un véritable laboratoire. Un espace multifonction du XVIIIe arrondissement de Paris dans lequel Madame Monsieur construit son univers, la musique, l’image et tout ce qui va avec. L’adresse abrite le siège du label Low Wood et de la Sucrerie. C’est ici que la chanson "Mercy" de Madame Monsieur est née.

Emilie Satt en studio avec Medeline
Emilie Satt en studio avec Medeline © Radio France / Eric Valmir

On dirait le local d’une start-up. Tout est aménagé pour que les conditions de travail croisent des espaces de détente. On se souvient que Google a démarré dans un garage et on sourit en pensant que dans ce loft qui s’étale sur deux niveaux, toutes les compétences interagissent également. Cuisine, studio d’enregistrement, coin salon, planches de travail. Des artistes, musiciens, ingénieurs du son, réalisateurs vidéo, graphistes, et la liste peut s’allonger. Les parcours et les CV de ceux qui viennent ici ne sont pas formatés.  

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Dans la Fabrique de Madame Monsieur

Par Eric Valmir

Il y a quelques semaines, personne ne connaissait Madame Monsieur

Comme souvent en pareille circonstances, le destin d’une chanson liée à l’histoire qu’elle raconte va attirer l’attention. Et pour que l’alignement des planètes soit parfait, voilà que la dite chanson est sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision.  

Mais l’histoire de Madame Monsieur est antérieure à "Mercy". Dix ans déjà. C’est une histoire d’amour, une histoire de musique, une histoire intime. Emilie et Jean Karl se sont rencontrés autour de leur passion commune, ils se sont mariés, ils ont galéré et chanté, continué à chanter en galérant, convaincus d’être sur la route qu’ils devaient tracer. C’est un couple qui a construit son univers et qui incarne les thématiques de ses chansons. Il suffit d’écouter l’album "Vu d’ici" pour noter la synergie entre la voix d’Emilie, les arrangements et la musique. L’équilibre résulte d’un dosage de laboratoire.

Et dans ce laboratoire, puisqu’on aime ce mot, Emilie et Jean Karl ne sont pas seuls. Guillaume Silvestri, le producer, le boss du lieu, celui qui "paye le loyer" mais coordonne, veille à la discipline, et s’active à tenir la colonne vertébrale des élans créatifs qui se manifestent du coin cuisine au bureau en passant par le canapé. Il y a Remi, dit Medeline qui s’enferme avec Jean Karl en studio pour travailler les arrangements, la sonorité. Rémi vient du rap, "j’ai la culture de la boucle" dit-il. 

Et puis il y a les autres artistes comme Lili Poe, les "réals vidéos" qui viennent des beaux-arts et de la déco. Il suffit de se balader sur le compte Youtube de Madame Monsieur pour découvrir l’esthétique pure des clips.  "Ils incarnent naturellement l’élégance" disent leurs complices derrière la caméra. 

Élégance, le mot pour les définir revient souvent à Lisbonne

On pourra toujours dire qu’il est facile d’être élégants au milieu des cagoles et du kitch de l’Eurovision, il n’est pas si évident d’incarner à ce point une fusion entre une posture et une chanson. Qu’importe le résultat de ce samedi soir à Lisbonne, Madame Monsieur a désormais la reconnaissance qu’ils méritent. Leur univers s’est dévoilé en douceur, sans artifice, à la hauteur de ce qu’ils sont.

Dans cet espace parisien de Low Wood, un jour, la chanson "Mercy" est née, quelques heures après la naissance de Mercy sur l’Aquarius. Quand les projecteurs de l’Eurovision vont s’éteindre et que la démesure du concours laissera s’envoler les dernières paillettes, il sera temps alors de retrouver l’intimité si chère à l’univers de Madame Monsieur, une intimité dans laquelle "Mercy" ne sera pas qu’une chanson sous les feux de la rampe. 

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