Eric Barbier adapte "La promesse de l'aube" de Romain Gary avec Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney. Cette histoire d'une amour fou entre une mère et un fils manque cruellement d'émotion pour les critiques du Masque

Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg
Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg © Julien Panié / Pathé Distribution

Jérôme Garcin :  "Pour moi, ne manque qu'une seule chose, mais qui n'est pas négligeable, c'est l'émotion."

Adaptation du roman de Romain Gary avec Pierre Niney dans le rôle de Gary et Charlotte Gainsbourg dans celui de sa mère fantasque et dévorante. Ça commence en Pologne sous la neige (La neige est très bien) où Nina, la mère de Roman ouvre une prétendue maison de haute couture d'inspiration parisienne.

Ça se poursuit sur la Côte d'Azur très bien reconstituée où Nina tient un hôtel pension et puis en Angleterre ou Gary s’enrôle dans l'aviation de la France Libre et reçoit les lettres d'amour que sa mère lui envoie, même d'outre-tombe.

C'est un classique (je parle du livre) de l'amour fou entre une mère et son fils qui est reconstitué, je le disais avec une minutie parfaite. Pour moi, ne manque qu'une seule chose, mais qui n'est pas négligeable, c'est l'émotion.

Danièle Heymann : "J'ai été sidérée par la performance de Charlotte Gainsbourg"

C'est ambitieux, c'est luxueux, c'est foisonnant, c'est respectueux, c'est respectable. Il y a beaucoup de choses pour ce film, en effet. Notamment sur le plan de l'adaptation. S'échappant du livre, il l'a quand même respecté. Et donc on a une chronologie absolument parfaite.

J'ai été sidéré par la performance de Charlotte Gainsbourg. Alourdie, vieillie, grimée et qui y va de tout son cœur, de tout son corps, qui est cette mère monstrueuse et admirable.

A un moment je me suis détachée de tout ce qu'elle subit, pour être dans une volonté d'être tellement adorable que je l'ai admirée, même si ce n'était pas tout à fait ça.

Quant à Pierre Niney, qui est un très très très bon acteur, j'ai toujours un peu le sentiment qu'il est invité dans les films où il est. Il fait ce qu'il a à faire, mais je n'ai pas été émue une seconde. 

Sophie Avon : "Tout est trop"

Le problème, c'est la direction d'acteur. Il y a une histoire formidable. Il y a un texte magnifique, il y a des acteurs formidables en effet. Charlotte Gainsbourg et même Pierre Niney sont à la hauteur. Le problème, c'est que le film est très en dessous de ce qu'il pourrait être. Parce qu'Eric Barbier en fait trop. Parce qu'il leur demande d'en faire trop. Parce que tout est trop. Tout est dans la surcharge. Tout est dans le démonstratif.

On peut laisser les spectateurs faire un peu leur boulot. Mais c'est tellement démonstratif et lourd... Mais ce n'est pas un film honteux non plus. Il y a des choses drôles, des choses qui sont bien rendues, mais il veut tellement tirer vers une aventure populaire. Il a tellement peur que Gary aille chercher dans le public intello que du coup, il est un peu lourd

Xavier Leherpeur : "Il manque une dimension romanesque forte"

C'est effectivement un peu raté si on compare le livre au film. Je ne déteste pas le choix, et je trouve qu'il l'assume, de l'opérette un peu kitsch. Il en fait trop, mais tout est cohérent avec la volonté de Barbier. Je trouve qu'il y manque de l'émotion. Je trouve qu'il y a des choses qui fonctionnent, mais pour autant, il y a un moment où on se dit c'est que du décorum, ce n'est que de la démonstration et il manque l'émotion, il manque l'angoisse de cette mère pour ce fils et de ce fils pour cette mère aussi.

C'est un film très agréable à regarder, très chatoyant, très coloré, mais à qui il manque une dimension romanesque forte.

Pierre Niney sur le tournage de "La promesse de l'aube"
Pierre Niney sur le tournage de "La promesse de l'aube" / Julien Panié / Pathé Distribution

Pierre Murat : "C'est pas honteux, mais c'est pas bon"

C'est pas honteux, mais c'est pas bon. A mon avis pour deux raisons. D'abord, à force de multiplier les épisodes les uns derrière les autres, tous dans la reconstitution la plus luxueuse possible, on en oublie quand même l'essentiel, c'est à dire l'histoire d'amour folle, la passion éperdue, dangereuse, admirable de cette mère pour son fils. Ce qui était le cœur du livre. On se fout que Romain Gary soit un héros de l'aviation. C'est pas ça qui compte à ce moment là. Il ne s'en vantait pas d'ailleurs. Tandis que là, tout est souligné.

La deuxième raison pour laquelle, pour moi, c'est un échec, c'est Charlotte Gainsbourg. Elle n'est pas le personnage. Je me souviens d'une première version, pas très bonne, tournée par jules Dassin en 70 avec Mélina Mercouri. Mélina Mercouri, c'était too much, mais au moins on se représentait la mère du futur Romain Gary à peu près comme ça. Là, Charlotte Gainsbourg, à part chez Lars von Trier, elle a tout joué dans un souffle, de l'intérieur. Elle ne peut pas. Ce n'est pas pour elle.

On ne peut pas s'intéresser à partir du moment où il y a une erreur de distribution et un erreur de moyen.

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7 min

"La Promesse de l'aube" : les critiques du Masque et la Plume

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