La réalisatrice et artiste Agnès Varda est décédée chez elle dans la nuit de jeudi à vendredi, à l'âge de 90 ans, des suites d'un cancer. Pionnière du cinéma de la nouvelle vague, expérimentatrice, audacieuse, elle est l'auteure de plusieurs dizaines de films qui ont marqué l'histoire du cinéma français.

Agnès Varda, au festival du film de Marrakech, le 2 décembre 2018
Agnès Varda, au festival du film de Marrakech, le 2 décembre 2018 © AFP / Fadel Senna

Les Américains ne se sont pas trompés : elle a été la seule femme cinéaste à recevoir un Oscar d'honneur, c'était en 2017. Agnès Varda était l'une des dernières, avec son ami Godard, d'une génération qui a révolutionné le cinéma français, mais elle était une légende accessible, chaleureuse, plein de fantaisie.

Agnès Varda est morte, dans la nuit de jeudi à vendredi, ont annoncé ses proches dans un communiqué de presse. "Sa famille et ses proches l’entouraient. Pionnière de la Nouvelle Vague, elle avait commencé comme photographe du TNP en 1949. Auteure de plus de 50 films, courts, longs, fictions, documentaires, féministe joyeuse, artiste passionnée, elle présentait en février son dernier film Varda par Agnès au festival de Berlin et venait de terminer l’installation de son exposition au Domaine de Chaumont-sur-Loire", est-il écrit.

Une expérimentatrice qui a tout essayé dans le cinéma

Elle a été la femme de la Nouvelle Vague, elle l'a même précédée  avec "La pointe-courte" en 1954, exercice formel novateur. Sa vie de cinéma a ensuite échappé à toute définition, suivant un chemin buissonnier avec quelques constantes.

Agnès Varda a été une expérimentatrice. Avec ce satané outil qu'est le cinéma, elle a tout essayé, a eu toutes les audaces, tous les formats de cinéma, tous les genres : fiction, documentaire, mélange des deux, intrusion de la fantaisie dans le réel.

Des exemples de fiction majeure : "Cléo de 5 à 7", épure en noir et blanc. "Sans toi ni loi" portrait radical d'une SDF. Des documentaires à sa manière : "Les Glaneurs et la Glaneuse", documentaire sensible au gâchis de nos sociétés. Elle s'inclut dans le dispositif : la glaneuse, c'est elle. 

Dans les constantes encore, sans être militant, son cinéma est en prise avec la société, il est progressiste, qu'elle accompagne le féminisme - on citera "L'une chante l'autre pas", film des années 70 ; ou qu'en 2017 elle sillonne la France avec l'artiste JR pour regarder les Français dans "Visages, Villages". 

Dans les constantes enfin, et peut-être surtout, son intérêt pour les autres, pour les gens, pour tout ce qui lui a valu à capital de sympathie unique. Elle n'avait pas à son actif d'énormes succès populaire, mais "beaucoup de mes films sont aimés, disait-elle, et ça c'est une récompense extraordinaire".

Agnès Varda en 1985 sur le tournage de "Sans toit ni loi"
Agnès Varda en 1985 sur le tournage de "Sans toit ni loi" © AFP / Micheline PELLETIER/Gamma-Rapho via Getty Images

"Je dois me préparer à dire au revoir"

Mi-février, au festival de Berlin, elle avait déclaré : "Je devrais arrêter de parler de moi, et voilà, je dois me préparer à dire au revoir, à partir (...), il s'agit juste de ralentir pour trouver la paix nécessaire". Elle avait expliqué que son documentaire "Varda par Agnès" était pour elle "une façon de dire au revoir, parce que je ne veux plus parler de mes films", ajoutant qu'elle ne ferait plus de conférences pour en parler, ni même de donner des interviews en tête à tête. 

►►► A RÉÉCOUTER || Fin janvier, Laure Adler avait rencontré Agnès Varda pour un enregistrement de l'Heure Bleue. Redécouvrez cette émission diffusée début mars sur France Inter. 

Avant le cinéma, c'est dans la photographie qu'a fait carrière l'artiste née en Belgique en 1928. Pour le Théâtre national populaire de Jean Vilar et le Festival d'Avignon notamment, et en reportage dans de nombreux pays. En 1954, elle avait créé sa première société de production : Ciné-Tamaris, avec laquelle elle réalise son tout premier long-métrage, "La Pointe courte". 

Mariée avec le cinéaste Jacques Demy, disparu en 1990, elle avait beaucoup oeuvré ces dernières années pour la restauration et la re-sortie de ses films. 

►►► A RÉÉCOUTER || Pour parler de la musique de ses films et de ceux de Jacques Demy, Agnès Varda était l'invitée de Laurent Delmas l'été dernier dans Ciné Qui Chante. 

En parallèle, depuis 2003, elle exerçait aussi en tant qu'artiste plasticienne - mais elle préférait le terme anglais de "visual artist". Elle a notamment exposé à la Fondation Cartier à Paris, au MOMA à New-York, au LACMA de Los Angeles ou encore au musée Paul-Valéry à Sète, dans l'Hérault, la ville qui l'a vue grandir. En 2017, la cinéaste, qui avait installé depuis 1951 son atelier rue Daguerre à Paris, avait collaboré avec un autre artiste : JR. Leur film commun "Visages, Villages" a été nommé aux Oscars et aux Césars.

Comment passe la circulation des idées, des imaginations ? C’est ça que j’appelle l’art. Pourquoi a-t-on autant d’émotion devant certaines œuvres ?

En juin 2017 elle était invitée de Boomerang sur France Inter. Elle y avait raconté à quel point elle avait été "émerveillée" en voyant le spectacle ‘Depardieu chante Barbara’. "C’est extraordinaire comment la transfusion d’émotions pouvait passer, de cette grande femme maigre à cet homme important qui était assis comme ça, innocent, dans la transmission de la voix, de l’âme. C’est ça qui est très beau, des gens qui savent transmettre. Comment passe la circulation des idées, des imaginations ? Ça, c’est ce que j’appelle l’art. Pourquoi a-t-on autant d’émotion devant certaines œuvres ? Pourquoi elles nous nourrissent ? Je suis tellement heureuse depuis que je ne fais plus seulement du cinéma, et de moins en moins de cinéma. » 

Au même micro, elle disait: « Je trouve que je n’ai pas beaucoup d’imagination. Je n’ai jamais pensé à des choses du cosmos, de science-fiction. Ça, ce sont des gens qui ont vraiment de l’imagination ! Moi, je n’ai pas ça. J’ai plutôt un regard curieux, un peu amusé, facilement ému. C’est agréable de ne pas être complètement sec dans la vie. »

"L'une des plus grandes artistes de notre époque"

Ce vendredi matin, le ministre de la Culture Franck Riester lui a rendu hommage, se disant "bouleversé, accablé, endeuillé" par cette disparition, celle de "l'une des plus grandes artistes de notre époque". Plusieurs autres personnalités ont réagi, comme l'écrivain et cinéaste Philippe Labro qui a pleuré la "disparition d'une exceptionnelle femme".

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