Rire de tout ? Même du fascisme ? Exilé, Brecht continue son combat comme il peut, avec ses armes de dramaturge engagé.

Les gémeaux Nationale Seaux
Les gémeaux Nationale Seaux ©

Dès 1934, Brecht a songé à une satire sur l’ascension de Hitler au pouvoir. L’ombre de Shakespeare et de son Richard III ne sont pas loin. Mais comme le disait Marx, quand l’Histoire se répète, elle le fait sur le mode comique ou satirique. Richard III s’empare du trône avec une brutalité qui n’exclut pas l’intelligence ; Arturo, lui, est un assassin et un chef de bande à qui un comédien devra donner des leçons de maintien pour qu’il puisse s’adresser au peuple…

Philippe Torreton
Philippe Torreton © Sipa / Baltel

Brecht s’amuse à suivre de très loin le canevas shakespearien, mais pour mieux « détruire » en nous « le respect habituel devant les grands tueurs ». Des grands gestes, des grands mots somptueux de la Renaissance, il ne reste plus que des haillons couvrant à peine la nudité des jeux de pouvoir. Le nazisme, de ce point de vue, n’est qu’un avatar de plus, particulièrement sinistre, de la guerre à outrance de l’homme contre l’homme, cette guerre que Brecht a dénoncée tout au long de sa carrière.

S’il y a rire, il est donc glaçant. Et mettre en scène La Résistible Ascension ici et maintenant – en France en 2016 –, ce n’est surtout pas monter une production historique, surtout pas mettre l’intrigue à distance de notre époque en réduisant le propos à une simple dénonciation de l’hitlérisme. C’est plutôt mettre ses pas dans ceux de Brecht et s’attacher à distinguer non seulement Hitler derrière Ui, mais surtout, derrière Hitler, les mécanismes qui rendent possible – y compris aujourd’hui – une telle prise de pouvoir. Il est trop facile de se rassurer en jouant à situer le fascisme derrière nous, quand il menace d’être devant, voire sous notre nez.

Si « le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde », le miroir que nous tend la pièce nous renvoie peut-être, de notre situation, une image plus inquiétante que jamais – et le théâtre a toujours son rôle à jouer dans la dissection de ce ventre-là. C’est sur une telle conviction que Dominique Pitoiset et Philippe Torreton attaqueront leur travail. Il marque leurs retrouvailles après une première collaboration également engagée : un Cyrano de Bergerac d’une nouveauté radicale, et qui a enthousiasmé les publics deux saisons de suite partout où il est passé.

Source Théâtre Les Gémeaux

La résistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht au Théâtre Les Gémeaux - Scène Nationale de Sceaux

►►►Distribution

  • Mise en scène et scénographie : Dominique Pitoiset
  • Traduit de l’allemand par Daniel Loayza
  • Lumières : Christophe Pitoiset
  • Costumes : Axel Aust
  • Assistante costumes : Claire Marc
  • Son : Marie Charles
  • Vidéo : Benoît Rossel
  • Accessoires : Bertrand Nodet
  • Maquillage – Perruque : Cécile Kretschmar
  • Chorégraphie : Jean-Charles Di Zazzo
  • Assistante mise en scène : Marie Favre
  • Direction Technique : Philippe Richard
  • Régie Plateau : Laurent Lafont
  • Régie Lumières : Didier Peucelle
  • Régie Son : Marie Charles
  • Régie Vidéo : Guillaume Mercier
  • Habilleuse : Charlène Cadiou

Avec :

  • Philippe Torreton (dans le rôle titre)
  • Daniel Martin
  • Pierre-Alain Chapuis
  • Hervé Briaux
  • Nadia Fabrizio
  • Patrice Bornand
  • Gilles Fisseau
  • Adrien Cauchetier
  • Jean-François Lapalus
  • Martine Vandeville

►►► Aller plus loin

Philippe Torreton dans Ça va pas la tête d'Ali Rebeihi le 3 août 2016

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