Chapitre de la chute
Chapitre de la chute © Jean-Louis Fernandez

Arnaud Meunier met en scène une pièce fleuve de l’écrivain italien Stefano Massini autour de la saga Lehman Brother. Cela se regarde comme un feuilleton. La pièce créée à la Comédie de Saint-Etienne va ensuite tourner jusqu’au mois de février en France.

La chute de la banque Lehman Brother a entrainé en 2008 la chute des bourses mondiales. Arnaud Meunier a découvert la pièce de Stefano Massini lors du comité de lecture du Rond-Point. C’est une saga romanesque qui nous fait traverser 200 ans de l’histoire économique des Etats-Unis. On suit l’histoire de cette famille d’émigrés juifs allemands arrivée aux Etats-Unis en 1844.

Les trois frères Lehmann (Henry, Emanuel et Mayer) débarquent en Alabama pour ouvrir un magasin de tissus, puis de fil en aiguille il ouvrent une banque. Leurs enfants font prospérer l’affaire familiale. Philip a le sens des affaires. Il multiplie investissements dans le charbon et le chemin de fer. Herbert Lehman devient gouverneur de New-York tandis que Robert rêve de cinéma. Le krach de 1929 vient bouleverser la donne. C’est le début de la chute. La famille Lehman va s’éteindre à petit feu, les héritiers vont disparaître, les traders vont prendre le contrôle de la banque qui sera vendue en 2008.

L’auteur Stefano Massini ne juge la famille Lehman Brothers, il raconte une histoire. C’est au spectateur de se faire sa propre idée.

Arnaud Meunier a imaginé une scénographie évolutive qui regorge de trouvailles et de belles surprises.

Stefano Massini est à la frontière entre littérature, théâtre et cinéma. Du coup il prend plaisir à écrire des variations autour de la thématique. La première pièce est chronologique, elle raconte l’histoire des trois premiers frères juifs allemands qui arrivent en Alabama pour ouvrir un magasin de tissus, puis de fil en aiguille ouvrir une banque. Dans la deuxième pièce qui s’échelonne jusqu’à la crise de 1929 s’ouvre un espace pour le fantastique avec la question de l’équilibre et du déséquilibre, avec la figure de la chute qui commence à hanter chacun des personnages. Et la troisième pièce ouvre une dimension plus biblique et mythologique où Massini nous invite à ramener l’humain à ses propres contradictions. Ce que j’aime dans le projet de Massini c’est qu’à aucun moment il ne juge les Lehman Brothers, il raconte. En racontant on se réapproprie une histoire qui est vécue comme une mécanique infernale qui nous échappe. Plutôt que les désigner comme des grands satans, cela nous ramène à notre propre contradiction d’être humain. Chaque être humain a envie d’aller plus loin et de se dépasser. La pièce crée un trouble. On a une sorte de fascination pour la « success story » de ces frères émigrés à la manière d’Elia Kazan, on est en empathie avec eux. Cela nous ramène à nos propres contradictions.

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