Revivez les meilleurs moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait le philosophe André Comte-Sponville, la chanteuse Izïa Higelin, l'illustratrice de BD Marion Montaigne et le romancier Pierre Lemaître.

André Comte-Sponville : "la vie est tellement intéressante telle qu'elle est que ce n'est pas la peine d'inventer des histoires" (illustration)
André Comte-Sponville : "la vie est tellement intéressante telle qu'elle est que ce n'est pas la peine d'inventer des histoires" (illustration) © Getty

Joséphine Dumoulin a préparé rien que pour vous le best-of deBoomerang de la semaine, à partir des entretiens d'Augustin Trapenard : 

10 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 17 janvier 2020

Par Joséphine Dumoulin

André Comte-Sponville

Toute sa vie il s'est penché sur des questions de morale et de spiritualité sur l’état du monde. Un cahier de L’Herne vient de lui être consacré. André Comte-Sponville était l'invité d'Augustin Trapenard. 

A C-S : "Quand j'étais très jeune 10-12 ans, je voulais être écrivain, je voulais être romancier. Et puis, quand je suis rentré en terminale au lycée, j'ai découvert la philosophie et ça m'a passionné. Et du coup, plutôt que d'écrire des romans, je me suis engagé à écrire des livres de philosophie. Pourquoi ? Parce qu'au fond, le roman, qui opère une espèce de détour par la fiction, m'a paru une espèce de détour inutile. 

Je trouve que la vie est tellement intéressante telle qu'elle est que ce n'est pas la peine d'inventer des histoires

La philosophie, ça sert surtout à penser. Au fond, les gens qui sont doués pour la vie, qui se réveillent tous les matins de bonne humeur, à la limite, ils n'ont pas besoin de philosophie, ils peuvent le faire pour l'intérêt intellectuel de la chose, mais ils n'en ont pas le besoin existentiel. Pour moi, au contraire, qui suis plutôt de tempérament mélancolique avec des réveils un peu difficiles, j'avais besoin de philosopher. Alors quand vous découvrez que vous avez en vous cette espèce de puissance de pensée et en même temps une espèce de fragilité de vivre, il est légitime, me semble-t-il, de mettre votre puissance de pensée au service de votre faiblesse de vivre. Je crois que c'est ça le geste foncier de la philosophie. 

La littérature est un moyen chercher la vérité. La littérature m'a fabriqué, tout ce que je sais, tout ce que j'ai appris, globalement, je l'ai appris dans la littérature. 

La littérature, c'est ma vérité, c'est une vérité pour moi

Il y a parfois trop d'inquiétudes. J'entends des gens à la radio, à la télévision, qui vous expliquent qu'au fond, le seul but de l'État, c'est de prendre leur argent dans leur poche. 

La colère, fait partie des dangers populistes. Le populisme, c'est d'abord la volonté de parler au nom du peuple [...] le populisme, c'est aussi l'appel aux passions et spécialement aux passions tristes, comme disait Spinoza, l'envie, la haine, la colère plutôt qu'à la raison. Et je crois que là, il y a un danger". 

Si les Français avaient un peu moins de haine les uns pour les autres, notre pays se porterait mieux

Izïa Higelin

La comédienne, musicienne et chanteuse, a sorti son quatrième album, "Citadelles", elle était au micro de Boomerang :

IH : "Une voix pour moi, c'est la vérité. Les chanteurs que j'aime, c'étaient des gens qui ont la voix vraie. Leur voix me traverse immédiatement le corps comme s'il y avait un seul canal.

Évidemment que ma voix, si elle n'est pas là, c'est compliqué, mais quand elle est moins là, je sais que je peux me rattacher juste aux sensations, aux sentiments, au plaisir d'être là et que le canal qui va transporter tout ce que j'ai pour les gens, tout ce que j'ai pour le moment que je suis en train de vivre, peut complètement prendre le dessus et exister tel quel. 

J'ai tellement de plaisir et tellement d'amour à chanter pour les gens que même quand ma voix me fait un peu faut bond, je sais que la vérité passe

Marion Montaigne

Elle a été deux fois honorée par le prix du public au festival d’Angoulême dont elle est cette année, la Présidente du Grand Jury. L'illustratrice et scénariste de bande dessinée française s'est confiée auprès d'Augustin Trapenard

MM : "Un bon dessin, c'est celui qui est vivant, où l'idée passe avec très peu de moyens. Parfois il y a des dessins très, très classiques, avec beaucoup de détails qui ressemblent moins à la personne qu'avec simplement deux traits. 

Moi, ce que je veux, c'est juste l'idée. Je vois ça comme un one man show, mais mes personnages, il faut qu'ils bougent, il faut qu'ils soient très dynamiques. C'est le jeu qui est très important.  

J'ai pris beaucoup de temps à me dire que je faisais partie de la famille professionnelle de la bande dessinée. C'est peut-être quand j'ai eu un prix que je me suis rendue compte que j'étais vraiment professionnelle. Pourtant, ça faisait 10 ans que j'en faisais. 

Des chercheuses m'ont dit que ça, c'était bien un truc de femme de se dévaloriser. Après, je ne sais pas, c'est peut-être ma personnalité, mais quand je réfléchis, je n'ai pas eu beaucoup de modèles femme dans la BD. 

Ça a vraiment une importance de voir des femmes faire de la BD. Parce que les petites filles se disent qu'elles peuvent en faire partie

Il faut se montrer, il faut faire partie du paysage, mais aussi je pense qu'il y a moins de femmes parce que c'est plus dur de percer dans la BD. Et si en plus, vous devez avoir une vie de famille, vous êtes vraiment pénalisée. 

Quand vous commencez, vous y allez pour l'amour de l'art de toute façon, vous ne savez pas vraiment pourquoi vous voulez faire un métier où il n'y a pas de sécurité. C'est plus fort que vous, vous tendez vers ça et après, quand vous comprenez qu'il va falloir travailler jusqu'à 67 ans, vous commencez à vous inquiéter, à en vivre". 

Pierre Lemaître

Lauréat du prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, immense succès critique et public, il vient de publier "Miroir de nos peines" : 

PL : "La littérature, c'est au fond une sorte de machine à décrypter le réel. Quiconque a été jaloux un jour, lisant Proust, comprend pourquoi il l'était, comment il l'était, pourquoi il l'est devenu, c'est une machine à décrypter le réel.

La littérature, c'est un miroir renvoyé en permanence à celui qui lit

Peut-être que mon passé d'autodidacte fait emblème en quelque sorte. Une fois qu'on a été marqué par le fait d'être illégitime, on a toujours l'impression, dès qu'on réussit quelque chose, que c'est par usurpation. 

Il faut un courage incroyable pour continuer d'élever des enfants, de se battre pour aller travailler tous les jours. Lorsque la vie est devenue si difficile, en fait, tous les gens qui sont en situation de pauvreté, en situation de précarité, incarnent pour moi le véritable courage.

Je crois que la colère a quand même quelques vertus. Il ne faut pas qu'elle aveugle. Il ne faut pas que la colère devienne une passion aveugle, mais en tout cas la colère a quand même quelques quelques vertus. Elle fait dire des choses.

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