La Fondation d'entreprise Galeries Lafayette a ouvert ses portes au public dans un bâtiment innovant, avec une exposition de l'artiste américaine Lutz Bacher. Au milieu du paysage muséal parisien déjà saturé, ce nouveau lieu met en avant la production.

Lafayette Anticipations est installé dans une rue du Marais, non loin du BHV
Lafayette Anticipations est installé dans une rue du Marais, non loin du BHV © Radio France / JB

Les premiers visiteurs de Lafayette Anticipations, à partir du 10 mars, vont découvrir un lieu étonnant : dans l'écrin fin XIXe siècle de la rue du Plâtre, au cœur du quartier du Marais, ce lieu conçu par l'architecte néerlandais Rem Koolhaas est une alliance impressionnante entre les matériaux minéraux de cet immeuble ancien et les structures, métalliques et en fer, qui font sa modernité.  

Ce lieu, qui accueille la Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, arrive dans un contexte riche, sinon saturé, pour les musées à Paris. Après l'ouverture de la Fondation Louis Vuitton en 2016, qui a rebattu les cartes des expos-événément à Paris, puis la réouverture de la Monnaie de Paris et du Musée Maillol, avant l'ouverture dans quelques semaines des Ateliers de Lumières, puis l'an prochain d'une fondation Pinault, et en 2020 d'une extension de la fondation Vuitton (et, entretemps, la fermeture de la Maison Rouge), quelle place y a-t-il pour un nouveau musée d'art contemporain à Paris ? 

Des planchers mobiles peuvent modeler le bâtiment de différentes façons
Des planchers mobiles peuvent modeler le bâtiment de différentes façons © Radio France / JB

Lieu de travail et de production 

La réponse des créateurs de Lafayette Anticipation est radicale : ce n'est pas un musée. "Il nous semblait important d'imaginer non pas une énième institution mais un lieu qui propose une vraie solution de création pour les artistes", explique Guillaume Houzé, président de la fondation, et petit-fils de la propriétaire des Galeries, Ginette Moulin. Et en effet, il ne sera pas question pour le lieu d'accueillir les œuvres de la collection du fonds Famille Moulin.  

Mais si ce n'est pas un musée, qu'est-ce que c'est ? "L'idée de la production est un élément essentiel", détaille Guillaume Houzé. "Ce lieu, c'est surtout un lieu de travail", ajoute-t-il. Car ce qui fait la particularité de Lafayette Anticipations, c'est la présence, au sous-sol du bâtiment, d'un atelier de 400m2 mis à la disposition des artistes invités, et d'une équipe d'artisans dédiées, pour aider à monter leurs projets.  

Un atelier et une équipe dédiée sont mis à la disposition des artistes pour produire leurs travaux
Un atelier et une équipe dédiée sont mis à la disposition des artistes pour produire leurs travaux © Radio France / JB

D'où le slogan du lieu : "Ce que vous allez voir n'existe pas encore", les œuvres seront produites – ou tout du moins assemblées - sur place.  

49 configurations différentes 

La partie "visible" de la Fondation respecte aussi cette idée de production : les artistes n'auront pas à s'adapter à un lieu, c'est le lieu qui s'adaptera à eux. "On a pu s'emparer de la cour intérieure de ce bâtiment classé pour y créer une tour de 20 mètres de haut encadrée par six poteaux qui portent des crémaillères, le long desquelles coulissent des planchers mobiles", détaille Clément Perissé, l'un des architectes du cabinet de Rem Koolhaas qui a travaillé sur le projet.  

La tour centrale, en verre, a été construite dans la cour centrale de cet immeuble classé
La tour centrale, en verre, a été construite dans la cour centrale de cet immeuble classé © Radio France / JB

Le résultat, c'est un immense espace sur quatre niveaux, dont la partie centrale est modelée par quatre planchers mobiles qui permettent pas moins de 49 configurations différentes : des grandes salles, des petites, des espaces ouverts, fermés, des plafonds hauts, des demi-hauteurs. Et au sommet, une immense verrière, capable de baigner le lieu de lumière naturelle.  

►Écouter | "Un laboratoire de création contemporaine", le reportage d'Isabel Pasquier à Lafayette Anticipations : 

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"Un laboratoire de création contemporaine", le reportage d'Isabel Pasquier à Lafayette Anticipations :

Par Isabel Pasquier

Une exposition vue comme un "geste" 

La première exposition qu'accueille le lieu est une carte blanche à l'artiste américaine Lutz Bacher (dont c'est la première exposition personnelle en France), et montre bien les capacités architecturales du lieu. Et pour cause : l'artiste a choisi de laisser les plateaux du lieu vierges, et de projeter des vidéos sur les murs de la Fondation. Au milieu de ces quatre vidéos, toutes identiques, sur deux murs et deux niveaux, l'espace n'est pas vraiment partagé, pas vraiment continu, les planchers sont disposés de sorte que chaque visiteur puisse voir, par un interstice, ce qu'il se passe aux autres étages. 

Le lieu, en grande partie ouvert, est mis en valeur par les projections vidéo de l'artiste Lutz Bacher (et vice-versa)
Le lieu, en grande partie ouvert, est mis en valeur par les projections vidéo de l'artiste Lutz Bacher (et vice-versa) © Radio France / JB

"Cette première exposition, ce n'est pas vraiment une exposition", défend François Quintin, directeur délégué du lieu. "Quand nous l'avons approchée pour être la première à exposer ici, elle m'a dit, tu ne veux pas une expo, tu veux un geste". Geste qui accompagne donc le geste architectural et montre, en vidéo grand format, les carcasses de blockhaus abandonés sur des plages de la côte Atlantique, le son du vent et de la houle accompagnant le visiteur dès son entrée dans le lieu, avant même de voir les vidéos.  

Au sommet du bâtiment, une grande verrière permet à des œuvres d'être totalement éclairées par la lumière naturelle
Au sommet du bâtiment, une grande verrière permet à des œuvres d'être totalement éclairées par la lumière naturelle © Radio France / JB

Une expérience captivante, qui fait (en partie) oublier que tout le reste de l'espace est vide, à l'exception de paillettes déposées sur le sol du troisième étage, et petit à petit disséminées par les visiteurs dans tout le bâtiment.  

Rue traversante et secrets cachés 

Ajoutez à cela une boutique de souvenirs, raffinée comme se devait de l'être un lieu de vente estampillé "Galeries Lafayette", un café bio et éthique, et Lafayette Anticipations se rêve déjà comme un lieu d'échange et de rencontres au cœur du Marais : un axe, gratuit d'accès, traverse le bâtiment de la rue du Plâtre à la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie "avec la volonté que les visiteurs reviennent" explique François Quintin, que ce soit pour voir une exposition ou pour prendre un café. 

Les amateurs gagneront peut-être à opter pour une visite guidée, qui les emmènera jusqu'au deuxième sous-sol du bâtiment où est dissimulée une œuvre d'art pérenne, sculpture de Camille Blatrix imaginée comme une tuyauterie échappée des murs du bâtiment, dont on se demande quelle utilité elle peut bien avoir dans les machineries. La réponse : aucune, si c'était utile, ce ne serait pas de l'art.  

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