Présenté comme "le premier film interactif cinématographique au monde" (ce qui n'est que partiellement vrai, on y reviendra), "Late Shift" n'est ni vraiment un film, ni vraiment un jeu vidéo. En revanche, c'est une expérience éminemment intéressante par les ponts qu'elle parvient à construire entre les deux.

Late Shift, un film-jeu plus qu'un jeu-film
Late Shift, un film-jeu plus qu'un jeu-film © Wales Interactive

Autant le dire tout de suite : Late Shift n'est pas un bon jeu vidéo. Ça tombe bien : ce n'est pas son but. C'est avant tout un film, plutôt agréable par ailleurs, dans lequel on a ajouté des éléments de jeu basiques. En gros, proposer des choix au spectateur, lui permettant d'influencer de manière plus ou moins importante le scénario.

Les décisions que vous prendrez dirigeront le parcours de Matt, dont le petit boulot tranquille de gardien de parking à Londres va prendre une tournure inattendue, lorsqu'un membre d'un groupe de cambrioleurs le prend en otage. S'ensuivent une série de rebondissements qui, de fil en aiguille, vont mêler le jeune homme à une sombre machination autour d'une vente aux enchères truquée et d'un mystérieux bol chinois.

"Appuyez sur A pour l'embrasser"

L'aspect jeu étant réduit à son simple minimum (choisir entre deux ou trois options pendant certaines scènes-clés), Late Shift est accessible à n'importe qui, y compris quelqu'un n'ayant jamais touché un jeu vidéo. C'est d'ailleurs son principal avantage : tout le monde peut comprendre son fonctionnement en un instant et se laisser porter par l'histoire. Ce n'est pas un hasard s'il a été présenté dans plusieurs festivals de films avant d'arriver sur PC, puis consoles (dont la Switch en avril, ce qui lui ouvre la voie vers un public encore plus large).

Le problème, c'est que cette interactivité déjà limitée donne souvent l'impression de vouloir remettre le spectateur "sur le droit chemin". Certaines étapes du scénario sont immuables, quoi que vous fassiez. À l'inverse, d'autres choix en apparence anodins voire un peu ridicules (faut-il embrasser ou non la jolie cambrioleuse ?) peuvent avoir d'énormes conséquences sur l'issue de l'aventure de Matt : au total, sept fins sont disponibles, du "happy end" au dénouement le plus désespéré.

Une expérience qui ouvre des portes

Mais si Late Shift mérite votre intérêt, c'est pour d'autres raisons. D'abord, il s'agit bel et bien une aventure de qualité cinématographique, contrairement aux nombreuses tentatives précédentes de faire rentrer de force le jeu vidéo dans le cinéma, notamment dans les années 90 (impossible ne pas évoquer ici Night Trap, l'un des pires nanars du genre). Dans Late Shift, l'image est propre, le scénario distrayant, et la mise en scène de qualité, tout comme le jeu des acteurs. Le film est un sympathique thriller à l'anglaise, pas inoubliable mais qui offre un bon moment (d'autant qu'il est assez court : environ une heure pour en voir l'une des fins).

Late Shift est surtout une expérience et une promesse. On se prend à rêver de ce qu'un Martin Scorsese, une Sofia Coppola ou un Quentin Tarantino pourraient faire d'un tel outil, comment ils intégreraient le spectateur dans leur cinéma, pour lui raconter une histoire dont la fin dépendrait de ce qui se passe dans la salle. Late Shift est pour l'instant un OVNI, mais suffisamment abouti pour susciter, a minima, une certaine curiosité.

Pour voir l'exact inverse de ce qu'il propose, à savoir un jeu vidéo qui tente de se rapprocher du cinéma, il ne faudra pas attendre bien longtemps : fin mai sort Detroit: Become Human, nouveau jeu de David Cage, qui s'est fait une spécialité de ce type d'expérience, et tente de révolutionner les deux médias. Late Shift n'a pas tant d'ambition... Mais c'est peut-être ce qui le rend aussi sympathique.

LATE SHIFT - Disponible sur PC, PlayStation 4, Xbox One et Switch

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