L'exposition Toutankhamon s'est ouverte samedi à La Grande Halle de la Villette à Paris. Une immersion dans l'Egypte antique à travers 150 pièces retrouvées dans le cadre des fouilles du tombeau du pharaon. Mais peut-on encore faire de telles découvertes en Egypte ? Entretien avec Laurent Bavay.

Les archéologues ne cherchent plus les mêmes choses en Egypte
Les archéologues ne cherchent plus les mêmes choses en Egypte © AFP / Mohamed el-Shahed

FRANCE INTER : Est-il encore possible aujourd’hui de faire des découvertes aussi importantes que celle de la tombe de Toutankhâmon ?

Laurent Bavay, directeur de l’Institut Français d’archéologie orientale : "Des découvertes, nous en faisons tous les jours. Mais pas aussi spectaculaires que celle de la tombe de Toutankhamon. Pratiquement un siècle après l’exploit d’Howard Carter, l’archéologie ne se pose plus les mêmes questions. Aujourd’hui, nous ne sommes plus à la recherche de trésors. S’il y a encore eu quelques années en arrière des hypothèses quant à la tombe de Nefertiti ou à propos de chambres inconnues dans la pyramide de Khéops, c’est en marge de la recherche scientifique proprement dite. Car nous cherchons à comprendre la civilisation égyptienne, sa culture, son économie ou son rapport à l’environnement. L’archéologie permet d’avoir une approche sur le temps long sur des phénomènes comme celui des changements climatiques. On a identifié dans l’Égypte antique des moments où ces changements climatiques ont été majeurs. À la fin de l’empire, autour de 2200 avant JC, les conditions climatiques de l’Égypte actuelle se mettent en place. Le climat était avant cela plus humide et moins aride. Et donc, comment la civilisation égyptienne a traversé ces changements ? Ce sont ces problématiques qui intéressent les archéologues aujourd’hui. On est très loin de la découverte de sarcophages en or."

Le trésor de Toutankhamon a-t-il révélé tous ses secrets ?

"Le transfert vers le futur Grand musée égyptien et la préparation de la nouvelle exposition du trésor intégral de Toutankhamon offrent l’opportunité et même la nécessité de restaurer ces objets. Le trésor compte environ 5 000 objets et moins d’un millier étaient présentés au musée actuel du Caire. De nos jours, quand on restaure des objets, on commence par les étudier, afin des le restaurer avec les méthodes adéquates. On effectue des analyses de laboratoire afin de savoir de quoi est constitué l’objet, c’est ce qu’on appelle l’archéométrie. Elle nous permet d’étudier tous les objets de la tombe comme ils ne l’ont jamais encore été. Ils ont été amenés au musée du Caire en 1922, lorsque nous n’avions pas toutes ces techniques. Nettoyés, restaurés et remis en valeur, des objets que nous pensions connaître se révèlent comme nous ne les avions jamais vus avant. Ce travail de déménagement de Toutankhamon est en train de renouveler complètement notre connaissance de ce trésor."

Quels sont les acteurs de la recherche archéologique aujourd’hui en Égypte ?

"Le ministère égyptien des antiquités est évidemment le premier acteur. Il a la charge à la fois des grandes pyramides de Gizeh, du trésor de Toutankhamon, des temples d’Abu Simbel ou de Karnak, pour ne citer que les sites les plus connus. Il y a également une forte présence étrangère, depuis le XIXe siècle. Environ 250 missions archéologiques étrangères travaillent à l’année en Égypte. Certains pays ont une longue tradition archéologique, au premier rang desquels la France. Près de 40 missions françaises sont présentes, dont trois centres permanents : l’IFAO (Institut Français d’archéologie orientale), depuis 1880, le centre d’étude des temples de Karnak, fondé en 1967, et le centre d’études alexandrines depuis 1990. Au cours des dernières années, de nouveaux pays s’implantent. C’est par exemple le cas de la Chine qui a inauguré sa première mission il y a quelques mois."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.