Dimanche se déroulait la finale de l’eurobasket entre l’Espagne (qui a donc gagné) et la Lituanie (médaille d’argent). L’occasion pour Xavier Mauduit de nous expliquer dans L’Oeil du Tigre pourquoi le basket est un sport précolombien .

Anneau du jeu de balle maya
Anneau du jeu de balle maya © corbis

Les règles du basket peuvent se résumer de manière terriblement simple : une balle doit passer dans un cercle accroché en hauteur. Si on en reste là, cela rappelle le jeu de balle pratiqué par les Mayas au Mexique et au Guatemala actuel.

Ce jeu est au coeur du texte sacré maya, le Popol Vuh . Retour sur les règles de ce jeu millénaire : deux équipes s’affrontent sur un terrain en longueur. Leur but : faire passer une balle de caoutchouc dans un anneau de pierre . Différence notable avec notre basket : les joueurs peuvent toucher la balle avec les genoux, les coudes, les hanches, les fesses, la poitrine mais pas avec les pieds ni les mains . Autre différence : le jeu de balle explique la création du monde - le monde Maya.

Le Popol Vuh raconte l’histoire deux frères jumeaux, champions de jeu de balle. Les dieux, fascinés, les invitent à jouer dans l’inframonde. Les jumeaux acceptent ; ils perdent ; ils sont décapités. La tête de l’un des deux frères est accrochée à un arbre. Une jolie princesse, Ixquic, s’en approche ; elle tend la main vers l’arbre. La tête lui crache dans la main ; elle tombe enceinte. Naissent alors d’autres jumeaux, Junajup et lxbalamqué. Eux aussi deviennent des champions du jeu de balle ; eux aussi sont invités par les dieux à jouer dans l’inframonde. Junajup est décapité par un dieu chauve-souris. Et puisque les dieux sont blagueurs, ils utilisent sa tête comme une balle. Son frère a alors une idée : il ressuscite son frère qui apparaît en extase. Les dieux jaloux veulent connaître la même extase, lxbalamqué leur dit que c’est possible, mais qu’il doit les sacrifier pour pouvoir les ressusciter. Les dieux acceptent, ils sont tués… mais évidemment pas ressuscités. Junajup et lxbalamqué quittent les ténèbres et rejoignent le ciel où il deviennent le soleil et la lune.C’est un peu comme si, dans la genèse, Abel et Caïn faisait un “un contre un”. Le jeu de balle, c’est la métaphore de la création, du cycle de la vie et de la mort, du mouvement de la lune et du soleil. Le terrain, c’est le cosmos.

Il faut imaginer la ferveur de la foule au pied des pyramides mayas. Avant l’entrée des joueurs, les prêtres s’adonnent aux libations - ils sont les pom pom girls de l'époque. La balle en caoutchouc peut atteindre trois kilos, c’est très lourd. Elle symbolise le soleil : elle ne doit pas cesser sa course, ni toucher le sol - car le sol, c’est l’inframonde. Si un joueur fait tomber la balle ou s’il la touche avec la main ou avec le pied, il perd un point. L’équipe qui perd tous ses points est vaincue. Seul moyen radical pour gagner : faire passer la balle dans un anneau de pierre en hauteur.Le jeu de balle a été joué pendant des millénaires par les Mayas ; notre basket est tout récent : sa création officielle est 1891. Les historiens divergent sur l’après match. On ne sait pas trop si ce sont les gagnants ou les perdants qui sont décapités… Mais ce n’est pas grave, car l’important, c’est de participer !

Réécouter la chronique de Xavier Mauduit dans son intégralité :

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