La délicate question de la restitution des objets culturels pillés pendant la colonisation revient dans l'actualité avec cette demande du Bénin qui est une première.

Homme-requin de Sossa Dede (vers 1890), statue royale anthropozoomorphe symbolisant Béhanzin, dernier roi du Dahomey.
Homme-requin de Sossa Dede (vers 1890), statue royale anthropozoomorphe symbolisant Béhanzin, dernier roi du Dahomey. © Radio France / Sossa Dede — Myrabella- Creative Commons

90% du patrimoine africain serait dispersé dans les musées européens (comme le Quai Branly) et les collections privées, dont 5000 objets culturels originaires du Bénin .

Le Bénin, qui tient à développer un tourisme ancré sur ses racines culturelles,  demande donc à la France de lui restituer une partie des trésors royaux d'Abomey  (aujourd'hui exposés au Musée du Quai Branly)  qui ont été emportés comme un butin de guerre par les troupes coloniales françaises en 1892.

Le gouvernement béninois souhaite engager des négociations avec les autorités françaises et l'Unesco pour rapatrier ces biens culturels. (Voir L'Humanité du 12/08/2016)

Pour Serge Michel , rédacteur en chef au Monde-Afrique, la France ne semble pas prête à reconnaître que ces trésors de l'art africain ont été pillés.

la France ne veut pas créer des précédents trop encourageants pour ouvrir la porte à d'autres restitutions.

Jusque là les restitutions qui ont été faites  concernaient surtout des "restes humains" , comme "la Vénus Hottentote" rapatriée en Afrique du Sud en 2002,  les têtes maories remises à la Nouvelle Zélande en 2012 et plus récemment le crâne du chef kanak Ataï rendu à ses descendants.

Mais ces pays africains ont-ils les moyens de protéger et exposer ces objets culturels?

Les anciennes puissances coloniales s'abritent derrière cet argument pour refuser  toute restitution.
Pour Serge Michel, il s'agit d'un argument fallacieux :

Il est vrai qu'il y a très peu de pays en Afrique qui sont capables de restaurer, conserver et bien exposer ces objets mais  en même temps, tant qu'ils ne les ont pas , ils ne peuvent pas faire des musées qui seraient vides. A Dakar un musée s'est construit, qui reste vide car 95% des œuvres africaines sont hors d'Afrique".

Pour la France ces objets culturels africains  sont considérés comme faisant partie du patrimoine national, ils sont donc inaliénables.

Selon Serge Michel, il faudrait  engager un dialogue pour organiser une circulation de ces  œuvres.

Il faut peut-être que la France participe à la création d'espaces susceptibles d'accueillir ces collections quand elles tournent.

Ces statuettes issues des trésors royaux d'Abomey  sont un miroir dérangeant de notre passé colonial. Pour l'instant la France n'a pas apporté de réponse.

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