Connu pour ses spectacles démesurés ("Cyrano", "Ben Hur") ou son rôle dans la série "Angélique, marquise des anges", le comédien, metteur en scène et réalisateur Robert Hossein est décédé jeudi l'âge de 93 ans.

Robert Hossein monte les marches du Palais des festivals à Cannes, en mai 2018
Robert Hossein monte les marches du Palais des festivals à Cannes, en mai 2018 © AFP / Alberto Pizzoli

Le metteur en scène Robert Hossein, né Abraham Hosseinoff, est décédé jeudi, à l'âge de 93 ans, après un "problème respiratoire". L'information a été confirmée par son épouse. Comédien et réalisateur prolifique, il a joué dans 150 films et pièces de théâtres, mis en scène une cinquantaine de spectacles et réalisé une quinzaine de films. 

Dans Boomerang, sur France Inter en 2018, il disait :

"Dans la vie, lorsqu'il faut tenter d'exister, il faut voir, entendre, écouter et par-dessus tout aimer. J'ai tenté, je ne suis sûr de rien. J'ai essayé de faire les choses le plus sérieusement du monde sans me prendre au sérieux. Il faut être à la disposition d'autre chose que de soi-même, se mettre à la disposition de ceux qui espèrent, appellent, souffrent."

Des débuts d'acteur, puis de metteur en scène

Robert Hossein commence sa carrière au cinéma en 1948 dans Le Diable boiteux, de Sacha Guitry, puis dans Du rififi chez les hommes de Jules Dassin. Il deviendra l'un des acteurs favoris de Roger Vadim, puis jouera pour Yves Allégret, Édouard Molinaro, Nadine Trintignant, Christian-Jaque, Claude Autant-Lara et Julien Duvivier.

En 1955, il réalise son premier film, Les salauds vont en enfer, dans lequel il joue également, puis Pardonnez nos offenses, qu'il réalise en 1956, et Toi le venin.  En 1964, c'est la consécration. Il incarne le héros romantique Joffrey de Peyrac, dans Angélique Marquise des Anges, et dans trois autres films de la série.

Il multiplie les apparitions comme acteur, notamment dans Le Casse, d'Henri Verneuil. En 1973 il jouait un prêtre et amant de Claude Jade dans Prêtres interdits de Denys de La Patellière. Il a joué avec Johnny Hallyday dans Point de chute, qu'il réalise. En 1981, il fait un retour remarqué dans Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. Puis en 1982, Robert Hossein dirige une version monumentale du roman de Hugo Les Misérables. Il jouera plus tard dans Les Enfants du désordre de Yannick Bellon (1989), et dans Vénus beauté institut de Tonie Marshall. En 2009, il joue aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans le film Un homme et son chien réalisé par Francis Huster.

Angélique, la consécration

Son couple au cinéma avec Michèle Mercier dans la série Angélique, marquise des anges fait de lui une star internationale. 

Robert Hossein et Michèle Mercier dans Indomptable Angélique en 1967
Robert Hossein et Michèle Mercier dans Indomptable Angélique en 1967 © AFP / CINEPHONIC / COMPAGNIE INDUSTRIE / COLLECTION CHRISTOPHEL

Fatigué par cette notoriété, il installe sa compagnie de théâtre à Reims à la Maison de la culture. Il y reste huit ans et fait débuter Isabelle Adjani en 1972 dans une pièce de Llorca. Isabelle Huppert, Jacques Villeret, Francis Huster passeront par l'école Hossein.

Marqué par la Révolution française

En collaboration avec l'historien Alain Decaux, Robvert Hossein a monté plusieurs spectacles grandioses sur la Révolution française : Danton et Robespierre. Puis il a participé aux cérémonies du Bicentenaire de la Révolution avec sa pièce d'ouverture La Liberté ou la mort. 

Des spectacles démesurés

Puis il devient l'homme des spectacles à très gros budgets. Il met en scène la star Jean-Paul Belmondo dans Kean et dans Cyrano de Bergerac, au Théâtre Marigny. Il investit des grandes salles : le palais des Sports et le palais des Congrès à Paris pour raconter les vies de De Gaulle, Jésus ou de Marie-Antoinette. Ses spectacle drainent jusqu'à 700 000 spectateurs

Robert Hossein lors du spectacle "Ben Hur" au Stade De France
Robert Hossein lors du spectacle "Ben Hur" au Stade De France © Getty / Bertrand Rindoff Petroff

Puis il invente le concept du théâtre participatif. Il reconstitue les procès Seznec et Dominici, et fait voter les spectateurs. 

 Robert Hossein, Jean-Paul Belmondo, Remy Julienne et Daniel Russo au Theatre Des Mathurins en 2018
Robert Hossein, Jean-Paul Belmondo, Remy Julienne et Daniel Russo au Theatre Des Mathurins en 2018 © Getty / Bertrand Rindoff Petroff

Mais Robert Hossein a toujours envie de voir plus grand. Alors en 2006, c'est au Stade de France qu'il choisit de mettre en scène Ben Hur, le spectacle de la démesure, écrit par Alain Decaux. Il reconstitue un course de chars. Le public est au rendez-vous : 300 000 spectateurs en cinq représentations.

Il a été marié à Marina Vlady en 1955 puis a épousé en 1962 Caroline Eliacheff alors âgée de 15 ans, fille de Françoise Giroud. En 1973, il partage la vie d'une jeune comédienne âgée de 22 ans, Michèle Watrin. Il est l'époux, depuis 1976, de la comédienne Candice Patou.

"Volcan de création"

"Ce qui me marque, me touche, c'était sa générosité. C'était un homme passionné. Qui dépassait les clivages de la culture. Un homme sans arrêt en passion, un volcan de création. Il avait ce génie d'être incroyablement populaire", a réagi dans le journal de 13 heures de France Inter Jean-Michel Ribes directeur du Théâtre du Rond-Point. "Il avait des projets démesurés, ne reculait devant aucune dimension de spectacles."