Il a été un Cyrano de Bergerac inoubliable, a connu le succès dans Les Rois Maudits. Jean Piat est mort quelques mois après le décès de son épouse l'écrivaine Françoise Dorin.

Jean Piat en 2016
Jean Piat en 2016 © AFP / Martin Bureau

Il avait prêté ses yeux bleus et sa voix chaude à Cyrano sur les planches et Robert d'Artois à la télévision : monstre sacré du théâtre qui a marqué les mémoires dans le feuilleton Les Rois maudits, Jean Piat est mort mardi à quelques jours de ses 94 ans.  Il s'est éteint huit mois après sa compagne, la romancière et comédienne Françoise Dorin, décédée en janvier et dont il partageait la vie depuis 1975. 

Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, n'a pas hésité à jouer dans le théâtre de boulevard, aura été Don César (Ruy Blas), Alceste (Le Misanthrope) ou Don Quichotte, chantant après Jacques Brel, dans L'Homme de la Mancha.  

Je joue, parce que quand je ne joue pas, j'ai l'impression d'être privé de dessert! 

Né le 23 septembre 1924 à Lannoy (Nord) dans une famille modeste et catholique, il fréquente le lycée Janson-de-Sailly à Paris et l'Institution de Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) avant d'être admis au Conservatoire national d'art dramatique. 

En 1946, il fugue pour tenir sans autorisation un rôle au cinéma dans Rouletabille et se fait expulser.  Cela ne l'empêche pas d'entrer un an plus tard à la Comédie-Française. Entre 1947 à 1972, il joue dans plus de 60 pièces. 

Cyrano et les Rois maudits

Jean Piat a incarné sur scène près de 400 fois, de Cyrano de Bergerac. La première fut saluée, une fois le rideau tombé, par plus de cinquante rappels ! "Personne n'aura su comme lui, malgré une beauté inouïe, jouer de la laideur la plus célèbre de l'histoire de la littérature", a noté la Comédie-Française.  

Mais c'est le petit écran qui l'a largement fait connaître du grand public.  En 1972, il frappe les esprits dans la série en six épisodes Les Rois Maudits, réalisée par Claude Barma et adaptée de l'oeuvre de Maurice Druon. 

Il y incarne le cruel Robert d'Artois, tout de rouge vêtu.  Il enchaîne ensuite les succès sur les planches : "Même heure l'année prochaine", "Le préféré", "L'étiquette", "Le Dindon", "De Sacha à Guitry", "Le retour en Touraine", "L'Affrontement" - qui lui vaut le Molière 1997 du meilleur adaptateur d'une pièce étrangère -, "Les dernières lunes" et "Prof".  

Le cinéma l'a toujours un peu boudé. Et la chance lui manqua. Il doit jouer dans Casque d'or de Jacques Becker mais la Comédie-Française ne lui accorde pas son congé. Jean-Pierre Melville veut l'engager dans son projet de film Arsène Lupin mais le réalisateur meurt prématurément.  Il travaillera toutefois avec Luis Bunuel dans La Voie lactée, René Clément dans Le passager de la pluie ou Sergio Gobbi dans La Rivale

Il a prêté sa voix aux personnages de Scar dans Le Roi Lion ou de Gandalf dans Le Seigneur des anneaux.  Jean Piat a aussi beaucoup écrit. Son dernier livre, un retour sur sa carrière, Et... vous jouez encore !, est paru en 2015.  Françoise Dorin, qui a écrit plusieurs pièces pour lui, avait joué un rôle décisif dans son départ de la Comédie-Française au début des années 70 pour le théâtre de boulevard dont elle était une grande plume.  Il avait joué notamment dans l'une de ses pièces, Ensemble, séparément. 

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