Des Roses et du Jasmin
Des Roses et du Jasmin © Radio France / Nabil Boutros

Adel Hakim a créé cette semaine à Jérusalem-Est au Théâtre National Palestinien sa nouvelle pièce"Des Roses et du Jasmin", une tragédie dans la plus pure tradition du théâtre grec . Cette coproduction du Théâtre des Quartiers d'Ivry est un évènement pour le Théâtre National Palestinien qui dispose de très peu de moyens.

Niché dans une petite cour, c'est un lieu de résistance qui vit sans aucune subvention, ni d'Israël, ni de l'Etat Palestinien . Amer Khalil, le directeur, doit courir après les dons et les aides de structures étrangères pour faire fonctionner le lieu. Faire du théâtre en Palestine est un sacerdoce pour tous les comédiens qui doivent se plier à de multiples contraintes comme Shadem Salim , époustouflante dans cette production.

Je pense que tout le monde se plaint sauf aux Etats- Unis ! Nous on rencontre énormément de difficultés que ce soit au niveau des conditions de travail ou des rémunérations. Ce n'est pas facile de faire ce métier ici. Parce qu’il y a des déplacements compliqués. Cela dépend où se trouve le comédien par rapport aux lieux de répétition parce qu’il y a les checkpoint au milieu même pour faire peu de kilomètres: c'est l'enfer. Cela met souvent de mauvaise humeur en arrivant au théâtre. Ce n'est pas évident.

Salim Shaden et Hussam Abu Eisheh
Salim Shaden et Hussam Abu Eisheh © Radio France / Nabil Boutros

La pièce écrite par Adel Hakim raconte40 ans de l'histoire d'Israël et de la Palestine à travers trois générations d'une même famille et le destin croisé de deux soeurs Rose, soldate israélienne et Yasmine, prisonnière palestinienne.

C'est la première fois qu'une pièce met en confrontation les deux parties sur une scène en Palestine. Un véritable tour de force pour l'auteur français Adel Hakim qui a dû user de beaucoup de pédagogie auprès des acteurs palestiniens. La pièce débute en 1944. Elle évoque la Shoah et l'arrivée des juifs après la guerre, des faits historiques dont on ne parle pas dans les manuels d'école en Palestine. La pièce a fait débat au sein du conseil d’administration du théâtre et au sein de l’équipe de comédiens. Hussam Abu Eisheh incarne Aaron, un soldat anglais engagé dans la lutte pour la création d'Israël.

En général dans les pièces arabes lorsque l'on décrit des personnages israéliens, ce sont des archétypes, des caricatures....C'est un soldat, quelqu'un qui interroge dans une prison....Il n'y a pas forcément d'humanité. Il est très rare d'interpréter des personnages avec un parcours psychologique. Cela a été un grand défi pour moi car je dois justifier les actions de mon personnage "Aaron" à travers mon interprétation. C'est aussi un défi vis à vis du public palestinien qui souvent a aussi du mal à considérer que les juifs sont aussi des êtres humains.

Le projet a été porté à bout de bras par Adel Hakim qui avait déjà mis en scène « Antigone » avec les mêmes comédiens. Cette pièce chorale, très féministe porte avant tout un message universel.

43 sec

adel hakim

Il faudra attendre 2017 pour voir la pièce en France lors de l'inauguration de la Manufacture des Œillets à Ivry, le futur CDN du Val de Marne

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.