Denis Dailleux
Denis Dailleux © Radio France / Denis Dailleux

Denis Dailleux vit au Caire, depuis longtemps. Il photographie le peuple égyptien, les potiers, les marchands, les ouvriers. C’est un portraitiste, un portraitiste doux : par son regard, les visages d’enfants, d’hommes et de femmes retrouvent leur fierté princière, malgré la pauvreté.

Il y a trois ans, le 28 janvier 2011, le photographe se promène vers la Place Tahrir. Il assiste soudain à ce chaos auquel personne ne s’attendait, ces jeunes qui avec des bâtons et des tessons de bouteille défient Moubarak et les forces de l’ordre. Des garçons, surtout, mais aussi des filles, dont le sang coule.

Ce jour-là, Dailleux (qui n’est pas photoreporter) n’a pas son appareil. Mais quand deux jours après, place Tharir, il remarque un père qui fait les cent pas avec la photo de son fils sur le cœur, il éprouve le désir d'une série, un hommage aux jeunes morts.

Durant de longs mois, son assistant égyptien, Mahmoud Farag et lui rencontrent une vingtaine de familles de victimes que les Egyptiens appellent des « martyrs ». L’assistant questionne les parents qui ont reçu une maigre indemnité. Courtois, ils servent un thé à leurs hôtes et disent leur peine, évoquent leur enfant disparu. Les séances sont très émouvantes. Puis, après le récit et les larmes, Denis Dailleux sort son appareil argentique.

La force de son projet tient dans son parti pris. A chaque rencontre, trois photos : d’abord, le portrait des parents, ensuite, le lieu de culte du martyr, dans le petit appartement : ici, la photo d’un fils sur un mug, là, sur un coussin, ou l’image du fils posée sur un buffet... Enfin, la photo de ce que la victime voyait de sa fenêtre, cet univers urbain miséreux, emprisonnant. Un tryptique, donc, qui informe autant qu’il émeut.

Denis Dailleux
Denis Dailleux © Radio France / Denis Dailleux

S’il réalise son premier travail "politique", Denis Dailleux convoque inconsciemment les trois genres de la photographie: le portrait, la nature morte, le paysage.

A lire les récits des parents, à regarder ces appartements exigus, où parfois les détritus sont jetés par la fenêtre, on perçoit de manière plus humaine le besoin qu’avaient ces enfants de risquer leur vie pour crier leur colère d'une vie de misère, sans espoir. On est aussi bouleversé par ce récit d'un grand-frère qui, avec l’argent de l’Etat obtenu quand son petit frère a été reconnu martyr, a construit un « sabil », une fontaine d’eau publique.

Il est reproduit, dans le livre, cette parole traduite par l'écrivain Abdellah Taïa :

« Ainsi, celui qui boira son eau portera dans son cœur un peu de l’âme d’Amhmed, son frère ».

"Egypte, les martyrs de la révolution", Denis Dailleux, "le bec en l'air".L'exposition a lieu à la galerie "Fait et Cause", à Paris, 5, rue Quincampoix, 75004.

Jusqu'au 3 mars, du mardi au samedi de 13h 30 à 18h 30.

Tél: 01 42 76 01 71

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