Charles Laughton, Orson Welles, Ernst Lubitsch… Ou comment Will Eisner, par son art de la mise en scène en bande dessinée, a influencé le cinéma américain.

Détail de l'affiche de l'exposition Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine
Détail de l'affiche de l'exposition Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine © Will Eisner/Cité de la BD d'Angoulême

Pour son centenaire, une exposition à Angoulême rend hommage à Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine. Son éditeur français, Jean-Pierre Dionnet, raconte le grand auteur au micro d'Anne Douhaire…

Lettres de fans... Et quelles lettres !

Jean-Pierre Dionnet : "Eisner était quelqu’un qui se dévalorisait facilement. Quand il a fait Le Spirit, il disait que c’était des histoires à la O.Henry. Il ne faut pas exagérer ! Chez lui, il y avait deux lettres au mur.

Une de Charles Laughton qui lui disait : « Moi, j’achète tout ce que vous faites. Et un jour je ferai un film qui ressemble à vos BD ».

La deuxième lettre, à l’entête du Mercury Theater, était signée d’un jeune auteur de théâtre qui lui avait écrit : « Vous avez peut-être entendu parler du scandale que j’ai fait à la radio et qui m’a mis sur la sellette. Je vais bientôt faire mon premier film. » Signé : Orson Welles !

D'ailleurs, le début de _Citizen Kane_ (Orson Welles, 1941), c’est Spirit, avec le panneau : « Ne pas entrer », le grillage qu’on traverse, la fenêtre, la boule de neige inversée qui va tomber. Le découpage est le même que dans les premières cases d'une aventure de Spirit".

Une oeuvre indémodable

Dans l'exposition consacrée à Will Eisner à la superbe scénographie signée Marc-Antoine Mathieu
Dans l'exposition consacrée à Will Eisner à la superbe scénographie signée Marc-Antoine Mathieu © AD/France Inter

Will Eisner, en tant qu'auteur de bande dessinée, réfléchissait beaucoup à la mise en forme. Très rapidement, il a utilisé la technique du "gaufrier" : l’utilisation de cases de tailles identiques qui donnent une importance égale à chacune des cases - un procédé qui a été beaucoup repris depuis. Un procédé que Jean-Pierre Dionnet juge "très cinématographique".

► LIRE AUSSI | Will Eisner, théoricien du 9e art

Jean-Pierre Dionnet : "L'art de Will Eisner est encore vivant. Il y a des œuvres qui font partie de l’histoire de la BD mais qui se démodent. Le Spirit et les romans graphiques d’Eisner sont indémodables. Peut-être parce que dans ses livres, les rues, les détails sont restreints au minimum comme dans des croquis de procès.

En même temps, son œuvre, à l'instar d'un cinéaste comme Lubitsch, raconte des histoires éternelles : elles sont datées mais intemporelles. Des tas de gens se sont essayés à reprendre son œuvre : c’est une catastrophe ! Personne n’arrive à englober ce qu’avait mis Eisner. On peut faire pas mal derrière lui, mais pas aussi bien."

Aller plus loin

Suivez au jour le jour le festival d'Angoulême avec France Inter

L'exposition Will Eisner au festival d'Angoulême

Le programme du 44e festival de bande dessinée d'Angoulême

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.