Louis-Jean Delton, précurseur de la photographie hippique, est un très bon témoin de l’apogée de la culture équestre en France, entre la fin du 19ème siècle et la Première Guerre mondiale. Puissants et célèbres courtisanes sont passés devant son objectif.

«La photographie est impitoyablement vraie. Elle ne flatte ni n’embellit, » écrivait le photographe Louis-Jean Delton , nom historique de la photographie hippique . On sait finalement peu de choses sur lui, si ce n’est qu’il reste le meilleur témoin de l’apogée de la culture équestre en France, entre la fin du 19ème siècle et la Première Guerre mondiale. A cette époque, l’élite mondaine se sert du cheval pour asseoir son statut social, dans une société entre pleine mutation. Des instantanées de ces puissants et de plus célèbres courtisanes de ce temps sont actuellement à l'honneur à l'expositionVoilà les Delton ! , au Musée de la Chasse et de la Nature, jusqu'au 26 janvier 2015.

Dans son studio baptisé La Photographie hippique , au 83 avenue de l’Impératrice (rebaptisé aujourd’hui avenue Foch, à Paris), défilent princes de familles régnantes ou détrônées (Napoléon III, le tsar Nicolas II, le roi de Prusse, Edouard VII d’Angleterre, Abd el Khader…), hommes politiques et artistes (Victor Hugo, Sarah Bernhardt…). Le célèbre photographe Nadar donnera même des orientations générales au studio, dès sa création. L’ancien banquier, Louis-Jean Delton, a toujours su bien s’entourer. La place même de son atelier est stratégique : il se situe sur le chemin emprunté par les cavaliers, qui se rendent au bois. Un petit portrait, avant la ballade ?

Portraituromanie

Avant de s’attaquer à la photographie équestre, à proprement parler, il fait dans un premier temps de simple portraits, dans son atelier. Il surfe sur ce qu'on apellera la « Portraituromanie » : un engouement à partir de 1850, pour une nouvelle forme d'images. Le public se met à collectionner des cartes de princes et de princesses, d'acteurs et d'actrices, d'hommes politiques, d'artistes... Les prémices de la peoplisation ? Cette "mode " agaçait en tout cas profondément le poète Baudelaire qui la décrira ainsi :

La société immonde sera comme un seul narcisse pour contempler sa triviale image sur le métal.

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Au début, Louis-Jean Delton photographie des personnes de toutes conditions sociales. L’une d’elle lui donnera un grand coup de projecteur. En 1863, il shoote la courtisane Marguerite Bellanger , maîtresse en titre de Napoléon III, habillée en homme : costume, canne et marguerite à la boutonnière… Scandale ! La galante devra faire une déclarationde travestissement en préfecture de police pour récupérer son cliché.

« Une mioche qui a le sens pratique »

Par opportunisme ou par passion pour le cheval, nul ne le sait, Delton se spécialise rapidement dans le portrait équestre. Le cavalier domine le piéton tout comme l’aristocratie domine le reste de la société. Le cheval est ici symbole de puissance.

Le Prince Achille Murat et Cora Pearl, 1865, tirage photographique moderne d'après plaque de verre
Le Prince Achille Murat et Cora Pearl, 1865, tirage photographique moderne d'après plaque de verre © J. Delton / Archives Hermès (Paris)

Si pour l'hommes, la réussite sociale passe aussi par la beauté de sa maîtresse, pour la femmes, elle se résume pour certaines à l'argent et au train de vie qui va avec. Sur cette image par exemple à droite, la très réputée Cora Pearl (1835 – 1886, née Elizabeth Crouch) : l’une des courtisanes les plus célèbres du Second Empire. Ses écrits ont documenté le service de police de l’époque, sur les « clients du demi-monde ». Elle compte parmi ses amants, de riches princes et aristocrates. Profession ou statut social, cette activité lui fait en tout cas gagner des fortunes : entre 1863 et 1868, par exemple, elle achètera plus de soixante chevaux.

Sur la gauche, leprince Achille Murat éperdument amoureux d'elle, qui lui aurait promis, selon elle, un acte de donation de deux cent mille francs, pour le jour de son mariage. Elle confiera qu'elle reçu l'acte déchiré huit jours avant ce mariage. Il n'est pas le seul à être tombé dans ses filets : un grand héritier, Alexandre Duval fit une tentative de suicide dans l’antichambre de Cora Pearl car elle refusait de le recevoir à nouveau… Il était alors sans le sou. « Une mioche qui a le sens pratique », comme l'horizontale se décrit dans ses mémoires, en 1884. Elle publie alors ce livre pour tenter de gagner un peu d’argent et ainsi éponger les dettes dues à ses frasques régulières.

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Blanche Allarty, le saut plané ou cabriole, 1911, tirage moderne d'après plaque de verre
Blanche Allarty, le saut plané ou cabriole, 1911, tirage moderne d'après plaque de verre © J. Delton / Archives Hermès (Paris)

Dès 1881, Delton commence à photographier des cavaliers en mouvement, la technique de l'époque le permettant à ce moment-là. Ci-contre par exemple, Blanche Allarty , née à la Rochelle en 1872 et épouse du fondateur du cirque Molier . Elle est l’une des plus grandes figures du cirque équestre de son temps. Cette écuyère, qui avait commencé l’équitation à 13 ans, formée par celui qui deviendra son mari, Ernest Molier, sera plus tard surnommée la « Centauresse ». Elle montait à cheval aussi bien en amazone qu’à califourchon. Elle excellait surtout dans la voltige.[1]

[1]Le cheval à Paris de 1850 à 1914 , de Ghislaine BOUCHET, 1993

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