Le 11 novembre 2004, le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, meurt à Paris. Au milieu d'une foule de Palestiniens venue lui rendre un dernier hommage, le photojournaliste Alain Keler capture le retour de son cercueil à Ramallah.

Quand Alain Keler était jeune, il courrait le monde, passant d'un avion à un autre, et rapportant ses clichés à l'agence Sygma, pour qui il a travaillé pendant douze ans : «C’était fabuleux, les autres photographes et moi, nous étions au centre du monde. Cela avait un côté excitant… mais très superficiel. » Impossible pour le photographe de rester dans un pays trop longtemps car l'agence ne travaille que pour l'actualité "chaude" et ce travail de fond n'aurait pas été rentable. Alain Keler quitte alors l'agence et commence à travailler sur des projets sur le long terme.

En 2004, le photographe reçoit une bourse 3P de Yann Arthus-Bertrand pour un projet sur le conflit israélo-palestinien. Au moment de l'annonce du décès de Yasser Arafat, Alain Keler se rend à Ramallah : « Il y a un endroit qui s’appelle la Mouqataa, qui était le quartier général de Yasser Arafat, entourré de grandes murailles, à l'extérieur. Ce quartier avait été bombardé par les troupes israéliennes, pendant plusieurs années, qui prenaient soin de ne pas tuer Arafat mais d’envoyer un message fort, » se rappelle le photographe.

►►► Découvrez My Dark Room , le laboratoire qui défend l'argentique et a notamment réalisé le tirage de cette photographie

Emporté par la foule

Le dirigeant palestinien meurt finalement à Paris à l'âge de 75 ans. Après des funérailles officielles organisées au Caire, son corps est ramené en hélicoptère à la Mouqataa, où il sera inhumé. Alain Keler revient sur ce moment précis :

Le dernier voyage de Yasser Arafat, novembre 2004
Le dernier voyage de Yasser Arafat, novembre 2004 © Alain Keler / MYOP

« Je me trouve avec la foule pour rentrer à la Mouqataa : il y a tellement de monde, c’est compact... On ne peut pas faire autre chose que de suivre le mouvement. J’ai un petit sac de photo, avec tous mes appareils. Je m’y accroche, de peur, non pas qu’on me les vole, mais qu’ils se cassent. Et je me laisse porter par la foule.

Mon idée au départ était de faire une photo de la sortie du cercueil, à l'atterrissage de l’hélicoptère. Je n’ai pas pu la faire mais je ne l’ai pas regretté parce que finalement, c’était une photo au premier degrés et je préfère mille fois me retrouver dans la foule et faire cette image avec l’hélicoptère au dessus et les gestes des gens à cheval sur le mur qui entoure la Mouqataa... Elle est plus symbolique.

En me déplaçant, il y a des gens qui pleurent : je fais un autre cliché au 50 millimètres, avec des personnes qui applaudissent et quelqu’un qui pleure. Autour de moi, les Palestiniens, venaient de perdre le Père de la nation qui leur laissait un avenir incertain. Ils lui rendent un dernier hommage. »

►►► Dans le Secret des sources, Emmanuel Faux revient sur la rumeur autour de la mort de l'ancien dirigeant palestinien

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.