Comment et quand sont choisis les sujets des doodle, ces variations du logo ? Qui décide ? Comment sont-ils dessinés ? A quoi servent-ils ? L'équipe qui réalise ces petits dessins personnalisés sur la home page du moteur de recherche le plus utilisé dans le monde, accueille une graphiste française, Hélène Leroux.

Capture écran de divers Doodle Google
Capture écran de divers Doodle Google © Google

L’occasion de lui demander comment le doodle fonctionne. 

Hélène Leroux, 33 ans, est "doodler" (graphiste conceptrice des doodle) chez Google à San Francisco. Pour cela, elle a étudié à l'école des Gobelins à Paris, puis à l'école d'animation CalArts en Californie. Le Doodle, lui est né il y a 22 ans. Une idée de Larry Page et Sergeï Brin, les fondateurs de Google. Partis au festival Burning Man le 30 août 1998, ils ont l’idée d’une animation sur leur site pour expliquer qu’ils ne pourraient pas répondre aux messages durant leur absence et l’illustrent avec une image animée : le doodle. 

Un doodle pourquoi faire ?

Hélène Leroux : "Il n'y a pas vraiment de but avoué si ce n’est de célébrer des éléments positifs dans la culture et la société : les fêtes nationales, les anniversaires de personnes qui ont contribué de manière positive à des découvertes scientifiques ou à l'art, en mettant en avant la culture pour se réjouir et ouvrir la curiosité des utilisateurs. 

On souhaite leur donner envie de découvrir d'autres sujets lorsqu’ils viennent faire une recherche sur la page d'accueil.

Tous les jours dans le monde, mais pas partout, ni en même temps 

HL : "Il apparait un doodle tous les jours dans le monde, mais pas dans tous les pays, pour ménager la surprise. On essaye de ne pas en afficher trop régulièrement pour créer l’attente. En France, on en crée entre une dizaine à une vingtaine par année. Mais cela dépend des pays. On ne sait pas exactement combien on en a créé depuis l'origine, mais plus de 4000 et moins de 5000. En ce moment, on en dessine environ 500 par an." 

Deux types de doodles 

HL : "Il y a deux types de doodle. Les sujets "patrimoniaux" qui vont ouvrir un côté nostalgique. Les internautes vont pouvoir se replonger dans un sujet qu'ils connaissent et approfondir les recherches. 

Et les sujets de découvertes qui vont mettre en avant la diversité ou des femmes remarquables qu’on ne connait pas forcément – comme la mathématicienne Ada Lovelace, la première personne à avoir inventé un langage informatique."

Une collaboration des équipes dans le monde une année auparavant 

HL : "Comme ce sont des sujets qui doivent exister dans le monde entier, la création du Doodle est une grosse collaboration. L'équipe du Doodle, localisée dans les locaux de Google à San Francisco, aux États-Unis, va travailler en collaboration avec des équipes de Google du monde entier, en particulier avec les équipes marketing locales. L’équipe française va par exemple envoyer ses idées à l’équipe Google international. 

Tous les ans pendant l’été, on va faire une sélection, après discussion, des sujets qui pourront être traités l’année suivante.  

On évite qu’ils tombent le week-end pour que les gens soient sur leur ordinateur pour les voir. Tous les utilisateurs de Google dans le monde, les "googlers", peuvent envoyer des idées. Mais certaines contraintes sont à respecter : ne pas célébrer quelqu'un de vivant en général, ni faire de la promotion commerciale. Et éviter les thèmes religieux ou politiques qui peuvent conduire à des controverses."

Le choix des illustrateurs 

HL : "Une fois que la liste des Doodle est établie, on se les répartit au sein des artistes de l'équipe. Nous sommes environ une dizaine de graphiste. Si des sujets français m'inspirent, je vais demander à m'en occuper.

Mon premier doodle français a été celui des Shadok. 

HL : "Lorsque j'ai vu les personnages de Jacques Rouxel apparaitre dans la liste, je me suis jetée dessus. C'est un élément culturel français tellement fort ! 

Souvent les sujets sont distribués en fonction de l'emploi du temps de chaque artiste. Et de leurs spécificités : celui sur Romy Schneider a été attribué à une artiste américaine, très douée en portrait. Pour les dessins spécifique à des pays, on va faire appel à des artistes locaux qui vont avoir un regard plus juste sur le sujet. On va souvent sentir chez eux,la passion et la motivation. Ce qui fait toute la différence."

Les sujets qui touchent 

HL : "Quand les personnes pleurent sur un doodle, cela me touche. Emouvoir est le but d’un dessin ou de l’art en général. Le doodle avec Michel Berger a rendu beaucoup de monde triste. 

Il y a trois ans j'ai fait un dessin sur les pangolins, une espèce en voie de disparition pour la Saint-Valentin. Il a eu du succès, il l'ont montré dans une école… De voir des enfants apprendre sur cet animal, se lancer dans le fan art, et se réjouir du côté ludique du doodle… cela m'a beaucoup touchée. 

Dans le même ordre d'idée, celui du Jour de la Terre avec Jane Goodall a été très apprécié. 

Pour moi, l'un des plus beaux doodle est celui réalisé à l'occasion du 107e anniversaire de Little Nemo de Winsor McCay

Image du Doodle consacré à "Litle Nemo"
Image du Doodle consacré à "Litle Nemo" / Google

Pour ne pas lasser les internautes, il y a deux ans, on a célébré Georges Méliés grâce à une expérience en réalité virtuelle. On travaille pour cela avec une dizaine d’ingénieurs."  

Les artistes français 

HL : "Les artistes français ont la faculté d'émouvoir les gens avec une économie de moyens. Cette année, pour le 14 juillet, on a travaillé avec François Maumont, un artiste que j'aime beaucoup, dont je suis le site en ligne. Les années précédentes, on a aussi collaboré avec Emmanuelle Walker. C'est notre rôle de faire découvrir de nouveaux talents." 

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