Olivier Norek vient de sortir "Impact", il était invité au micro d'Augustin Trapenard à cette occasion. Pour sa carte blanche, il a choisi de raconter une mésaventure advenue alors qu'il était étudiant : un concours de circonstances a failli le faire passer pour un criminel. Innocenté, il est devenu gardien de la paix.

Pour sa carte blanche Olivier Norek revient sur une mésaventure de 1995 qui aurait pu le mener en prison
Pour sa carte blanche Olivier Norek revient sur une mésaventure de 1995 qui aurait pu le mener en prison © Maxppp / Toni Albir/(EPA) EFE/Newscom

Nous sommes en 1995 et j’ai 19 ans. J’intègre une fac de droit et je loue un studio avec mon meilleur ami. Un soir, nous apprenons que Madame Mulot, notre vieille voisine a laissé sa fenêtre ouverte par mégarde, en plein hiver. Elle est morte dans son sommeil et dans le froid. 

Parallèlement, mon absentéisme prononcé à la fac est découvert par mes parents dont j’apaise le chagrin en retrouvant le droit chemin en faisant mon service militaire et un an plus tard j’atterris soldat en Martinique. Comme tous les étudiants, mon meilleur ami resté à Paris rencontre des problèmes financiers et dans une lettre, je l’invite à faire comme moi, aller chez la vieille madame Mulot, de mettre fin à sa vie, de lui voler ses affaires et d’aller tout revendre dans un vide grenier.

Je précise qu’à cette époque, comme aujourd’hui, mon humour a souvent été totalement déplacé. J’écris l’adresse sur l’enveloppe et pour ne pas payer de timbre, j’y appose le cachet du régiment. Puis, utilisant mes jours de permission, je m’envole, innocent, vers le soleil de Cuba, voisin de la Martinique.

Coïncidence n°1

M’étant trompé dans l’adresse, la lettre écrite à mon ami ne trouve pas son destinataire. Nous nous étions écrit des dizaines de fois, mais c’est sur cette lettre-là, uniquement celle-là, que je me suis trompé d’adresse.

Coïncidence n°2

La lettre, ne trouvant pas de destinataire, revient en Martinique, et comme elle porte le sceau du régiment, la voilà entre les mains d’un colonel. Le haut gradé la lit et lit surtout que je m’accuse du meurtre de madame Mulot. Il aurait donc, dans ses rangs, un assassin. Sans attendre, il contacte la gendarmerie locale.

Coïncidence n°3

La gendarmerie appelle les pompiers de Paris et se voit confirmer la mort de madame Mulot. Ce soir-là, d’ailleurs, les pompiers sont intervenus deux fois dans le quartier. Une fois pour un meurtre, et une fois pour madame Mulot. Mais tout le monde ignore que les rapports ont été intervertis et l’assassiné devient mort de froid et madame Mulot devient assassinée. Les gendarmes et le colonel en sont maintenant sûrs, il y a quelque chose de pas clair autour du caporal-chef Norek.

Coïncidence n°4

En venant me chercher dans le régiment pour m’interroger, les gendarmes découvrent mon absence. Ils retrouvent ma trace à Cuba, et pour eux tout est clair, je suis un criminel en fuite.

Quelques jours plus tard, je reviens de Cuba et je me fais interpeller en plein aéroport, que je quitte menottes aux poignets.

Puis je me retrouve là, dans cette cellule, avec ce gendarme qui me montre la lettre dans laquelle je m’accuse d’un meurtre imaginé. Le gendarme devant moi s’empourpre de la fierté d’une grande affaire résolue, et m’accuse en hurlant :

Si vous reconnaissez cette lettre, vous reconnaissez donc être l’assassin de madame Mulot.

Á partir de là, c’est mon père qui a pris les choses en main, à quelques milliers de kilomètres de là, jusqu’à retrouver les pompiers, jusqu’à retrouver les bons rapports, jusqu’à retrouver les voisins, jusqu’à prouver mon innocence.

Quatre petites coïncidences pour m’envoyer toute une vie à l’ombre. 

Mais à la place de 20 ans de prison j’ai été innocenté, puis je suis devenu policier pendant plus de 15 ans et aujourd’hui j’écris des polars dans lesquels je me dis "Souviens toi d’Alfred Hitchcock : une coïncidence s’accepte, Olivier, mais pas quatre, personne n’y croirait". Et pourtant…