Jérôme garcin
Jérôme garcin © Radio France / Christophe Abramowitz

Que l'on y parle de théâtre, de littérature, ou de cinéma, voire de manière plus éphémère, de musique ou de télévision, le Masque et la Plume décline depuis 60 ans un concept imparable qui a fait son succès : une tribune de critiques face à un public pour débattre de l'actualité artistique .

France Inter vous propose de vivre cet anniversaire à travers plusieurs rendez-vous : une émission spéciale, dimanche 22 novembre, 2h de Masque ! et vendredi 20 novembre l'esprit du masque sera décliné dans Un jour en France et Vous avez dit classique Mais avant celà, poursuivons notre voyage dans le temps

A l'origine il y avait donc deux émissions : L'amour du théâtre présenté depuis octobre 1954 par Michel Polac et enregistré au théâtre des Noctambules et Une idée pour une autre , magazine réunissant des critiques et de jeunes auteurs qui venaient causer littérature. une sorte de salon littéraire animé par François-Régis Bastide qui démarre en décembre 1954.Tout est déjà là. Et l'on peut dire que Jean Tardieu a eu du nez lorsqu'il a décidé d'associer ces deux personnalité aussi éloignées. "Or, tout les opposait. Bastide avait du chien et Polac, des manières de chat de gouttière. L’un cherchait à avancer et l’autre, à fuir. Le premier, romantique et courtois, voulait séduire tandis que le second, trublion et séditieux, s’ingéniait à déranger. Jean Tardieu, qui aimait inventer, créer de l’électricité, casser les moules, comprit qu’il fallait frotter ces deux jeunes talents griffus, paradoxaux et complémentaires. " - Jérôme GarcinCeci dit, ils vont continuer à faire chambre à part. Chacun son territoire, le théâtre reste l'apanage de Polac, la littérature le pré carré de Bastide.

Jérôme Garcin, François-Régis Bastide et Michel Polac
Jérôme Garcin, François-Régis Bastide et Michel Polac © Radio France / Roger Picard

La bande du théâtre - Elle regroupe aujourdhui Gilles Costaz , Armelle Héliot , Vincent Josse , Philippe Lançon et Jacques Nerson . Elle réunit autrefois, entre autre, Georges Lerminier , Pierre Marcabru ou Gilles Sandier.

**Je me souviens du pull-over rouge bordeaux de Jean-Louis Bory qu'il ne quittait pas de l'hiver.Je me souviens du visage de Gilles Sandier prenant la couleur du pull-over de Jean-Louis, lorsque Pierre Marcabru ou un autre critique de théâtre osait l'éloge d'une pièce de Jean Anouilh - Martine de Rabaudy***

Agrégé de lettres, Georges Sallet était professeur de français. Un métier qu'il exercera jusqu'à la fin de sa vie notamment au lycée Buffon et au lycée Carnot. En 1960 alors qu'il publie son premier roman, il prend un pseudonyme, un nom de plume qui fait référence à la fois à Gilles de Rais et à George Sand : Gilles Sandier . C'est sous ce nom qu'il officie pendant 20 ans au Masque. Écoutez-le, en 1975, faire un sort à Musset

Ou s'affronter, cette même année, avec Dominique Jamet à propos du Pique-nique de Claretta de René Kalisky mis en scène par Vitez

> Retrouvez ces deux archives et de nombreuses autres dans le fil de podcast "spécial 60 ans"

Dans la lignée de Sandier, il y a Nerson. "Comme beaucoup de gamins de ma génération, j’écoutais Le Masque et la Plume dans la voiture paternelle en rentrant de la campagne. J’adorais les crêpages de chignon de Bory et Charensol, et les rognes homériques de Sandier. Mais l’univers où ces disputes se déroulaient semblait hors d’atteinte. J’étais loin d’imaginer que j’y accéderais un jour. Ma vocation était alors de faire du théâtre. "Arrêtons-nous tout d'abord sur une émission de l'été 91, enregistrée en Avignon dans le cadre du Festival. Jérôme Garcin raconte cet épisode dans "Nos dimanches soirs" qui vient de paraitre.

Le Festival d’Avignon de 1991 restera toujours pour moi comme une tragédie grecque donnée à ciel ouvert.[...] L’arrivée, à la tribune, de Jacques Nerson, qui représentait alors Le Figaro Magazine [...] avait déclenché, dans le public nombreux, compact et exalté venu assister aux deux émissions, des salves de lazzis et de méchantes huées [...] Le lendemain, Guy partit pour les Baléares. C’était une tradition. [...] Le 30 juillet, sous un soleil de plomb, il s’y noya. [...] Et puis, l’homme que je venais à peine de quitter place de l’Horloge était si gai, ardent, érudit et cabotin que sa mort me semblait irréelle. Je reçus alors un autre appel, de France Inter cette fois : le dimanche suivant, 4 août, serait diffusé le deuxième Masque enregistré à Avignon [...] On me priait donc [de] prendre l’antenne à vingt heures précises et annoncer qu’on allait entendre, dans quelques minutes, la voix d’un fantôme. C’était d’une surréaliste et accablante tristesse. Et il convenait que je sois professionnel, alors que j’étais simplement bouleversé.

Dans cette émission, les critiques s’étaient écharpés à propos de La Tempête de Shakespeare, dans une mise en scène de Peter Brook ; des Comédies barbares de Valle-Inclán, façon Jorge Lavelli ; et de l’Opéra équestre de Bartabas , tout fraîchement passé du Off au In dans le sable blond de la Carrière de Boulbon.

Le temps a abolit les polémiques idéologiques. Ne restent que les querelles esthétiques. Ecoutez Jacques Nerson, en décembre 2014, exécuter Kinship de Carey Perloff avec Isabelle Adjani :

> Retrouvez l'intégralité de cette émission dans le fil de podcast "spécial 60 ans" __

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Nos dimanches soirs
Nos dimanches soirs © Radio France

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*Martine de Rabaudy fut pendant 10 ans conseiller artistique du Masque. Pour l'émission du 24 décembre 1989, à la demande de Jérôme Garcin, elle s'était livrée à l'exercice du "Je me souviens"

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