Marie Desplechin était l’invitée d’Eva Bester, ce dimanche 8 mars, dans l'émission Remède à la mélancolie. Le principe ? "Tenter, chaque dimanche matin, de fuir le vague à l’âme en compagnie d’un invité altruiste et de ses antidotes au spleen ".

Marie Desplechin
Marie Desplechin © corbis

Marie Desplechin est écrivain, journaliste et co-scénariste. Après des études de lettres et de journalisme, elle écrit des histoires pour la jeunesse à L’École des loisirs, puis aux éditions de l’Olivier. En 1998, elle publie Sans moi , un recueil de nouvelles qui connaît un succès international. Elle obtient le Prix Médicis en 2005 avec La Vie sauve , écrit avec Lydie Violet, et en 2013, elle obtient le Prix Bernard Versele (récompensant les œuvres de littérature d'enfance et de jeunesse) pour son ouvrage Babyfaces .

Extrait de l'entretien de Marie Desplechin au micro d'Eva Bester :

Eva Bester : Quel rapport entretenez-vous avec la mélancolie ?

Marie Desplechin : Un rapport assez proche, puisque j’étais très mélancolique pendant un certain temps, et la grande chance que j’ai eu c’est de ne l’être plus du tout, entre 30 et 40 ans.

EB : Que s'est-il passé ?

MD : Pas mal de choses, la jeunesse n’était pas drôle et je suis revenue « dans moi » entre 30 et 40 ans. Je sais que ça a l’air complètement absurde comme discours… Mais quelqu’un m’a beaucoup aidé, en faisant une analyse qui a bien fonctionné. Ce n’est pas une chose que l’on peut recommander à tout le monde, mais dans mon cas ça a été un triomphe. (...) Il y a différents types de mélancolies. On pense souvent que c’est seulement inné, que cela vient de l’intérieur, mais elle est aussi très souvent provoquée par ce que la vie vous fait. Moi je trouve quela vie est difficile, pour la plupart d’entres-nous . Pas forcément pour des grands drames, mais par l’accumulation de petits drames.Au bout d’un moment, elle gagne et sa victoire, c’est la mélancolie .

EB : Et donc pour lui refuser cette victoire, il faut se tourner vers l’action ?

MD : Cela dépend des gens. Il y en a qui vont la tempérer par des activités artistiques, qui font un bien dingue. Il y a des gens qui font du sport, il y des gens pour qui l’amour sera la solution…

Les remèdes de Marie Desplechin :

Son cataplasme filmique ?Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch

Un film merveilleux, je l’ai vu un grand nombre de fois et je suis toujours émue aux larmes dans les dernières images (…) Ce qui est incroyable dans cette histoire c’est la transmission. Comment une classe d’âge amène à devenir extrêmement beaux des jeunes gens qui étaient presque des enfants au début du film. Il y a la beauté de cette jeunesse, la beauté de la vieillesse, c’est irrésistible !

Son activité favorite ?

La classe
La classe © Odile Jacob

À part acheter des fleurs, dormir ou faire du feu en hiver ... Travailler avec les jeunes, en témoigne son projet d’autoportraits d’étudiants, en 2013, dansLa classe, aux éditions Odile Jacob.

Que je passe du temps avec des adolescents de 14 ans, que j’aille lire dans une classe de maternelle, que je discute pendant deux heures avec des enfants de 10 ans ou que je fasse un petit atelier d’écriture avec eux, ce sont les seuls moments dans ma vie où je sais exactement où je suis. Il n’y a pas de sentiments avant, il n’y en a pas après. Quand je fais ça, je sais que je suis là et je sais que c’est bien.

Ce qui la fait rire ?

Le premier sketch de "A s'baraque et en ch'ti" de Danny Boon, en 2003. Elle est née à Roubaix.

On me l’a offert à Noël, et j’ai regardé en boucle le premier sketch où il raconte qu’il vient du Nord et comment il débarque à Paris. Je sanglotais de rire. Quand je suis arrivée à Paris, je ne comprenais rien. Si j’étais arrivée du Mali, ça n’aurait pas été plus dur…Tout est bien dans ce sketch.

Sa citation réconfortante ?

"Morgen ist auch ein Tag", soit en anglais : "Tomorrow’s another day" dans Autant en emporte le vent.

En français Scarlett dit "Taratata j’y penserai demain".C'est un truc que m'avait donné ma mère quand j'étais petite et que je n'arrivais pas à dormir.

Ce qu’il faut éviter à tout prix ?

Avec le temps de Léo Ferré

Quand j’entends ces quelques phrases, je suis folle de rage. Je ne peux pas supporter cette espèce de complaisance que l’on a sur soi. Ça me rend dingue.

Ce qu’elle aime lire ?

Les livres, ça vous change le prisme pour regarder la vie.

Catch-22
Catch-22 © Le Livre de poche

Catch 22 de Joseph Heller. Et Àla recherche du temps perdu , de Marcel Proust, dont un extrait fonctionne comme un doudou :

Ce qu’elle aime écouter ?

White America de Eminem .

Il est tellement en colère Eminem, et c’est tellement bien. À un moment, c’est bien de transformer la tristesse en colère. Quand vous avez un vrai malheur, vous l’écoutez, et ça passe de lui à vous : cette énergie transformatrice. Pourtant, je ne pense pas qu’il ne dise que des choses bonnes et je suis très contente de ne pas comprendre assez bien.

Summertime de Janis Joplin :

Une sublime musique. Et si vous voulez pleurer, vous avez le droit.

Son idée réparatrice ?

Tous les systèmes d’idées. S’intéresser à quelque chose. Ne plus penser à soi. Les idées c’est super excitant. Vous pouvez les avoir en écoutant la radio, en discutant avec des gens … Un réveil intellectuel qui vous fait du bien et qui permet de sortir de la mélancolie. (…) Les autres gens, ça distrait de soi.

Sa devise ?

Éloigne-toi de ton ennemi sans lui faire aucun mal.

(Abd el-Kader)

Sa boisson ? Le champagne, "une bonne drogue".

L’œuvre picturale qui la console ?

Le retable d'Issenheim
Le retable d'Issenheim © Vincent Desjardins

Le retable d'Issenheim , date du début du XVIème siècle, de Mathias Grünewald et Nicolas de Haguenau

Si vous avez l’occasion d’aller au musée à Colmar, je vous le recommande

►►► Réécoutez l’intégralité de Remède à la mélancolie, avec Marie Desplechin

►►►Paris 10ème avec Marie Desplechin

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