Ce devait être un apéro informel. Avant leur déjeuner mensuel chez Drouant, les académiciens Goncourt voulaient présenter aux journalistes les deux nouveaux jurés choisis le 11 février dernier : Camille Laurens et Pascal Bruckner. Mais le déjeuner a tourné à la mise en cause du ministre de la Culture.

Quand un déjeuner chez Drouant se transforme en critique virulente du ministre de la Culture
Quand un déjeuner chez Drouant se transforme en critique virulente du ministre de la Culture © AFP / Lionel BONAVENTURE

Après quelques plaisanteries sur le coronavirus et les moyens de s’en protéger, le nouveau président, Didier Decoin, se lève pour quelques mots de bienvenue. À ses côtés, Françoise Chandernagor, vice-présidente de l’Académie Goncourt. 

Alors que Didier Decoin esquisse à grands traits ce que doit être, selon lui, le rôle de l’Académie, Françoise Chandernagor se lance à brûle-pourpoint dans une critique virulente de Franck Riester, qui a critiqué l’attribution du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski : "Nous espérons que, quels que soient nos choix, le ministre de la Culture ne se mêlera pas de les critiquer", assène-t-elle.

Inquiet mais toujours goguenard, Didier Decoin essaie alors de l’interrompre : "Ne nous fâche pas avec les autorités politiques !". Trop tard, Françoise Chandernagor est lancée : "Alors là je m’en fiche ! Quelle est sa compétence ? Il juge du cinéma, il va peut-être juger de la littérature et de à qui nous devons donner notre prix ?", ironise celle qui fut la première femme major de l’ENA. Implacable, elle poursuit : "Alors j’ai regardé et puis j’ai vu qu’il était surtout vendeur de voitures avant. [Franck Riester, issu d’une famille de concessionnaires automobiles, s’est occupé autrefois de l’entreprise familiale. NDLR] Je ne sais pas dans quelle mesure cela le qualifie pour avoir un avis sur les récompenses artistiques".

"Il s’est transformé en ministre de la censure. On n’est pas en Union soviétique !"

Autour de la table, la gêne est perceptible. Mais difficile désormais d’ignorer l’éléphant dans la pièce. Pascal Bruckner, dont l’un des romans, Lune de Fiel, a été adapté par Polanski, surenchérit : "Il s’est transformé en ministre de la censure. On n’est pas en Union soviétique. Le ministre de la Culture supervise les métiers artistiques mais il n’a pas à donner son avis. J’ai été un peu surpris de ses interventions. Je pense qu’il veut aller dans le sens du courant mais le courant pourrait un jour se retourner contre lui".

Prudente, l’autre nouvelle venue, Camille Laurens, ne souhaite pas s’exprimer à chaud sur la polémique. "J’ai trouvé que c’était souvent sans nuance aussi bien d’un côté que de l’autre. Je préfère ne pas commenter oralement. Si je dois m’exprimer, je le ferai par écrit."

Quant à la tribune de Virginie Despentes parue hier dans Libération, plusieurs membres du jury la jugent "assez confuse". "Elle était juste en colère, tempère Tahar Ben Jelloun", selon des propos rapportés par l’AFP.  

L’apéro informel s’est transformé en bug diplomatique. 

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