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blogcs a l etude © Radio France / C Siméone

Depardon a fait le portrait officiel de François Hollande en Président de la République. La photo est sortie du boîtier photographique. On aurait pu faire un portrait en rassemblant ses objets et les mettre dans une boîte...une vieille histoire à la "Arman".

Le portrait, l'objet, la conscience et l'identité

DansLes Pré-voyants , en 1974 ,(edition La connaissance s.a. à Bruxelles), Alain Jouffroy, revient presque dix ans après l’exposition « Les Objecteurs » sur la question de l’objet dans l’œuvre d’art.

Il cite Feuerbach ainsi : « La conscience de l’objet est la conscience de soi de l’homme.C’est à son objet que tu connais l’homme ; c’est en lui que t’apparaît son essence : l’objet est son essence révélée, son moi vrai et objectif ».

Exactement, Feuerbach a écrit: « C'est par l'objet donc que l'homme devient conscient de lui-même : la conscience de l'objet est la conscience de soi de l'homme. À partir de l'objet tu connais l'homme ; en lui t'apparaît son essence : l'objet est son essence manifeste, son Ego véritable, objectif. Et ceci ne vaut pas seulement pour les objets spirituels, mais même aussi pour les objets sensibles. Même les objets les plus éloignés de l'homme, parce que et en tant qu'ils lui sont objets, sont des manifestations de l'essence humaine ». (Feuerbach a inspiré Marx).

Arman, portrait robot Iris Clert,  1960
Arman, portrait robot Iris Clert, 1960 © arman-studio.com

En poussant jusqu'au bout ce raisonnement on en vient à regarder les objets, non pas seulement comme des produits d'un travail artisanal ou industriel mais aussi comme des reflets des êtres qu'ils entourent.

Ainsi les oeuvres accumulatives d'Arman peuvent être regardées comme faisant partie de lui-même (il n'a pas choisi n'importe quels objets malgré la multitude) et lorsqu'il a voulu faire des portraits, il ne l'a fait quasiment que de personnes qu'il connaissait (à part les grands musiciens) et en rassemblant des objets dans des boîtes.

Or que dit Arman quand on l’interroge sur sa façon de faire le portrait de ses semblables en rassemblant quelques objets (ce qui donne lieu auxportraits robots ) : «Montrer le rébus d’une personne que seul un intime peut tenter de résoudre » .

Schwitters, Ausgerenkte Kräfte
Schwitters, Ausgerenkte Kräfte © DR
Arman dessine son rébus avec les rebuts de la personne,que ce soit dans les portraits robots ou les poubelles d'artistes, qui s'apparentent à des carte d'identité artistique. **Les portraits sont reconnaissables immédiatement, comme si c'était de la peinture ou de la photo.** **On peut revenir à Francis Ponge qui prétend que l’objet nous ramène plus à l’être qu’à l’avoir,** mais aussi à Schwitters car visuellement les portraits faits par Arman sont parents de ses compositions. ### **L'objet image** Qu’ils soient objets-symboles, objets-souvenirs, objets-style de vie, objets-désirs, objets-icônes, les objets remettent en question la place de l’individu dans le système social. Arman, comme Perec ou Warhol, amène aussi le rapport desobjets à l’être. **Dans le roman Les Choses, Jérôme et Sylvie se projettent dans les objets qu’ils désirent, au point nous dit Pérec, _"de n’avoir pas la même conscience de leur corps"_ .**
Arman,portrait d'Andy Warhol en 1987
Arman,portrait d'Andy Warhol en 1987 © arman-studio
**Ainsi Arman donne l’à voir des individus au travers de leurs avoirs, des attributs de leur paraître et de leur faire** . Il a fait une centaine de portraits-robots. Il demandait aux intéressés d’apporter des objets ou choisissait lui-même ce qui lui semblait emblématique de la personne. Il a fait son propre auto-portrait avec un trident, un masque de plongée, un appareil photo, des disques, des livres, des objet africains, des photos d'amis, un combiné de téléphone, des boîtes de médicaments. Tous les "objets" de son quotidien. Cet auto-portrait a été fait à l’occasion d’une exposition, en revanche celui d’Andy Warhol il l’a fait spontanément. **Warhol, dont l'oeuvre est aussi un imagier au sens ancien du terme, Arman lui fait un pied de nez, par l’ironie de l’objet.** ### **Le portrait, la boîte, le cercueil** Arman étant un habitué des boîtes, il a forcément mis ses portraits et poubelles d'artistes dans des boîtes. Or quand il ne s'agit plus seulement de faire vitrine avec des objets mais de montrer l'essentiel de quelqu'un dans une boîte, sa réduction et son concentré, on arrive à l'idée de cercueil et de la boîte de l'ultime instant. Arman en faisant le concentré de ces personnalités, se comporte comme les membres de ces civilisations anciennes qui inhumaient leurs morts avec leurs objets personnels nécessaires dans l'au-delà. **L'artiste japonais Tetsumi Kudo, programmé dans Les Objecteurs de Jouffroy en 1965, comme Arman, présentait lui aussi des oeuvres-portraits dans des boîtes** . Pour lui, de la naissance à la mort, l'homme passe de boîte en boîte (matrice maternelle, appartement, entreprise, cerceuil). (Voir Anne Tronche, L'art des années 60,Chronique d'une scène parisienne). **Les portraits d'Arman sont autant des cartes d'identité, des reflets imagés, que des urnes commémoratives.** Ainsi si Arman semble avoir aboli la présence de l’être humain dans la composition de ses œuvres, il le remet au centre de son travail, avec ses portraits robots et poubelles d’artistes, et nous indique que comme Jérôme et Sylvie, l’homme du XXieme siècle est le reflet de ses objets ; Iris clert et ses effets de grande marque, par exemple, Arman lui-même et ses passions pour la chasse sous-marine ou la photo ou sa tendance hypocondriaque; dis moi ce que tu as , je te dirai qui tu es. Il signale la personnalité à travers les objets et donne aussi une dimension de fétiche et de relique aux choses. **Ainsi a-t-on le rebut, le rébus et l'épitaphe.**
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