Un tableau expertisé comme étant une œuvre du grand peintre primitif italien Cimabue vient d'être découvert et sera bientôt mis en vente... Il était accroché entre la cuisine et le salon dans une maison de Compiègne, au nord de Paris.

"Le Christ moqué" est le thème de ce tableau de petite taille (25,8 cm sur 20,3 cm), attribué à Cimabue, découvert dans une maison près de Compiègne
"Le Christ moqué" est le thème de ce tableau de petite taille (25,8 cm sur 20,3 cm), attribué à Cimabue, découvert dans une maison près de Compiègne © AFP / Philippe LOPEZ

Le cabinet Turquin, expert en maîtres anciens a révélé que ce tableau de 25,8 cm sur 20,3 cm, représente le thème du "Christ moqué" avec une peinture à l'œuf et un fond d'or sur panneau de peuplier. Il s'agit d'un élément d'un diptyque datant de 1280 dans lequel étaient représentées sur huit panneaux des scènes de la Passion du Christ.

L'expert Eric Turquin est allé vérifier, à New York et Londres, qu'il correspond bien à deux autres scènes : La Flagellation du Christ (détenu par la Frick Collection, New York) et une Vierge à l'enfant trônant et entourée de deux anges (conservé à la National Gallery, Londres). Les trois tableaux sont faits du même bois. Les propriétaires du tableau pensaient que leur Christ moqué était une icône byzantine, mais pour les experts il était évident que c'était un Cimabue. La réflectographie à l'infrarouge a révélé un état de conservation excellent, a précisé Me Turquin, qui a estimé que "l'attribution ne va pas faire débat tant il est évident, en comparant avec les autres tableaux connus de lui, que c'est de la même main". Des pointillés exécutés au poinçon, le style, l'ornementation sur fond d'or, tout l'indique, selon lui.

Estimé entre 4 et 6 millions d'euros, ce tableau qui montre le Christ entouré d'une foule d'hommes à l'expression hargneuse et grimaçante, sera mis en vente à Senlis par Actéon le 27 octobre. Ce sera la première fois depuis des dizaines d'années qu'un tableau de Cimabue sera mis aux enchères. La Frick Collection et la National Gallery vont probablement se le disputer.

Un tableau auquel plus personne ne faisait attention

"Il était fréquent à la fin du XVIIIe siècle que les ensembles de tableaux de ce type soient démembrés, car ce n’était plus à la mode. Mais après 1820,  on a recommencé à les collectionner, en France et en Angleterre ; les tableaux stockés en Italie ont donc été revendus à quelques collectionneurs français et britanniques", explique Eric Turquin à Julie Pietri de France Inter.

Dans le cas de ce Christ moqué, "il était dans une maison près de Compiègne, probablement acquis par une famille qui était sûrement cultivée, et qui a dû acheter également dans les années 20 des tableaux du XIXe siècle, mais on ne peut pas remonter plus haut", explique Eric Turquin.

C'est une vieille dame qui avait signalé ce Christ à l'hôtel des ventes Actéon de Compiègne. La maison de ventes l'a fait expertiser par le cabinet Turquin. Il était accroché entre le salon et la cuisine, à un mètre d'une plaque de cuisson. La famille avait toujours pensé qu'il s'agissait d'une simple icône. La vieille dame n'a pas su dire d'où il provenait.

"C’est là que notre métier est passionnant, on va rendre à ce tableau sa personnalité", poursuit-il.

Cimabue, ou l'humanisme en peinture

Ceno Di Pepo, dit Cimabue (1272-1302), est l'une des plus grandes figures de la Pré-Renaissance. On lui connaît tout au plus onze œuvres exécutées sur bois dont aucune n'est signée. Influencé par l'esprit franciscain, Cimabue a rompu avec le formalisme un peu rigide de la peinture byzantine et donné une âme à ses personnages, mettant la personne humaine au centre, ce qui annonce la Renaissance. "Même si le tableau est austère, il y a une émotion dans les visages, les gestes", dit Eric Turquin.

"Cimabue est un artiste très attachant, il est passé de la peinture byzantine à la peinture moderne en apportant de l’humanité."

Un autre tableau de même dimension, la Vierge et l'enfant en trône, a été présenté par le cabinet Turquin. Il s'agit cette fois d'un tableau où l'on a pu lire au dos les premières lettres du mot Cimabue. Cette attribution aurait été rajoutée au XIXe siècle, et le tableau n'est pas un Cimabue, même si le style en est proche. Ce tableau, découvert dans une maison de Dijon par une famille qui n'en voyait pas non plus la valeur, a été remis à l'hôtel des ventes Cortot. Ni italien ni français, ce tableau, peint sur panneau de bois fruitier et réalisé vers 1350, s'est avéré être de la main d'un grand peintre de Bohême, le maître de Vissy Brod, peu connu en Occident. Il devrait beaucoup intéresser les musées tchèques.

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