Larcenet magnifie la suite du roman de Philippe Claudel sur la cruauté d'une communauté humaine.

Le Rapport de Brodeck - 2
Le Rapport de Brodeck - 2

C’est triste, fort et beau. Du roman de Philippe Claudel, Manu Larcenet n’a gardé que la substantifique moelle. Un meurtre collectif commis dans un village, dont la victime est l’autre, der Anderer - le nouveau, celui qui venait d’arriver dans la communauté. Les tueurs exigent de Brodeck, d'écrire un rapport sur leur crime. Ils espèrent que ceux qui le liront "comprennent et pardonnent". Pour le premier tome, Larcenet confiait avoir été moins touché par le narrateur (Brodeck) ou par la résonance avec l’actualité, que par la victime. Un artiste, que la population centrée sur elle-même n’est pas prête à entendre ou comprendre. A l’image du travail effectué sur le texte, Manu Larcenet avait dépouillé son dessin élégant en noir et blanc. La neige ultra réaliste était née à la suite d'un accident de peinture et avait renforcé l’aspect humide et froid de son décor. Cela avait accentué le côté sombre de l'histoire, et créé une atmosphère adaptée au huis clos de ce village malsain. On retrouve cette puissance graphique dans le deuxième tome, avec, en prime, des animaux finement dessinés. Magnifique.

Manu Larcenet : "L'histoire de l'art, c'est l'histoire du monde"

J'avais raison d'avoir peur de me lancer dans le deuxième tome. Là, j'ai très peu touché au texte de Philippe Claudel

Dans la nature, il suffit de ne pas bouger pour voir de belles choses. C'est comme dans le monde. On ne serait pas gênant si on ne bougeait pas

Sur la page 29, ci-dessous :

Les traits, le dessin, ce sont des mots. C'est une communication millénaire. On installe une montée dramatique par des regards, des ombres, des masses. Là, on voit l'Anderer qui marche avec des enfants en contre-jour. Ce sont presque des silhouettes noires qui avancent vers nous. C'est déjà une manière d'instaurer une inquiétude. Cela ne se voit pas au premier regard, mais ça se sent. J'aime procéder par touches légères. Pour moi, c'est immodeste ce que je vais dire, mais c'est une case réussie : elle exprime une joie et, dans le même temps, une grande inquiétude.

Page 29 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud
Page 29 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud

Sur les pages 128-129 ci-dessous :

Un mise en abyme. C'est l’exposition de l'Anderer. On est au moment de l’histoire où il dévoile ses tableaux devant les habitants du village. Le premier, c'est un autoportrait de Cézanne qui est mon idole depuis mes 17 ans. C'est pour moi l'un des plus grands peintres. J'ai refait au fusain, j'ai bousillé des tableaux des idoles de mon enfance : Le Caravage, Pissarro... Ils ont façonné ma vision de l'histoire de l'art. C'est par eux que je suis passé pour étudier le dessin. Aujourd'hui, l'histoire de l'art n'est enseignée nulle part à part dans les écoles d'art. C'est dommage, parce que l'histoire de l'art, c'est l'histoire du monde.

Page 138 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud
Page 138 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud / Manu Larcenet - Dargaud
Page 139 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud
Page 139 du Rapport de Brodeck T2 de Manu Marcenet publié chez Dargaud / Manu Larcenet - Dargaud

Feuilletez quelques pages :

►►► ET AUSSI I Manu Larcenet, invité d'Augustin Trapenard dans Boomerang

L'ITW sur le premier tome

Le rapport de Brodeck - tome 2 : L'indicible - de Manu Larcenet est publié chez Dargaud

Les planches du Rapport de Brodeck sont présentées jusqu'au 10 septembre à la Galerie Barbier-Mathon

►►► D'AUTRES BD avec la sélection de l'été 2016 de France Inter

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