Pour sa carte blanche dans "Boomerang", Chloé Delaume a proposé aux auditeurs un texte inédit. Retrouvez-le ici.

Chloé Delaume
Chloé Delaume © Maxppp / Joël Saget
2 min

"Le relou" : Chloé Delaume lit un texte inédit

Je voudrais vous parler d’une catégorie d’hommes dont le statut se modifie depuis l’apparition de #metoo. Une catégorie d’hommes qui se situent entre le harceleur et le séducteur, pas vraiment oppresseurs et pourtant oppressants, j’ai nommé : le relou.

Fils du patriarcat et de la gaudriole, le relou est en France une espèce répandue, quasi domestiquée. Le relou n’est pas un mâle alpha qui vous met la main sur la cuisse en plein abus de pouvoir. Le relou est un rebut du génie de la drague à la Française, dont le rayonnement international doit faire notre fierté. Il est, pour les autres couillidés, inoffensif. C’est pour cela qu’il est toléré, en dépit du taux lipidique de son humour.

Le relou n’est pas perçu comme agresseur, c’est un prédateur édenté. Stupidement insistant, outrageusement tactile, mais au fond pas méchant, en tout cas pas à jeun. Une brave bête.

Jusqu’ici préservé par les us et coutumes du folklore patriarcal local, (Mignonne allons voir si la rose, La Rirette la Rirette, Je te prendrais nue dans la Simca 1000, Dis camion), le relou sévissait en toute quiétude. Il était libre d’importuner.

Depuis le hashtag balance ton porc, quelque chose a changé au pays du fromage et du féminicide. Le statut du relou est passé de Voyons on fait comme ça chez nous à celui de porcelet.

Le harceleur, comme l’agresseur, tombent sous le coup de la loi. L’impunité, c’est terminé, les verrats sont démaquillés, les loleurs ne feront plus carrière. Pour le relou, c’est autre chose.

Catégorie éthique. Espace moral mais pas légal, us et coutumes, changement des mœurs. Les normes sociales évoluent, le relou est disqualifié. Le relou peut-il s’adapter, d’un verrat fait-on une licorne, questionner les signes d’extinction.

Je voudrais vous rappeler que la fin d’une espèce est en train d’arriver. Je voudrais que chacune et chacun soit conscient que le patriarcat est en train de tomber. Et que c’est dans la joie que nous dansons dessus.

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🎧 Ecoutez Chloé Delaume au micro d'Augustin Trapenard

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