Pour un début d'année de merde, c'est un début d'année de merde. Il n'y a rien d'autre à dire quand un pan entier de nos jeunesses fout le camp : après la bande à Charlie, c'est au tour de José Artur - l'un de ses meilleurs compagnons de route - de se barrer pour la rejoindre dans le grand nulle part. On peut toujours rêver que ce soir il leur demandera de dessiner encore plus de bites pour mieux les commenter en direct au Pop Club, mais cette perspective heurte ma conscience athée et en ce moment ma conscience, il ne faut pas la chatouiller.

Garcia Delmas Artur par Cabu
Garcia Delmas Artur par Cabu © Radio France

Alors, voilà José s'en est allé et nous laisse un peu plus orphelins d'une radio écoutée sous les draps à des heures indues , tout comme les interventions de Jean-Louis Bory au Masque. Franchement, je laissais Chancel à ma mère à l'heure du repassage pré-vespéral.

Mais José, impossible de le rater.

Il parlait depuis un "bar noir" et pourquoi pas la grotte des merveilles ou le gouffre de Padirac ?! A lui seul ce lieu était une poésie, un ailleurs, une planète déconnante à souhait, où tout pouvait se passer avec un générique d'autant plus classieux qu'il pouvait être signé par Perret comme par Gainsbourg, plus éclectique, tu meurs. La radio comme une connivence absolue, un graal germanopratin étendu au territoire national et aux DOM TOM ! Du grand échiquier trash parce que qu'on écoutait autant José que Signoret. Du champagne et du gros rouge en direct des Champs Elysées à un autre moment, mais avec toujours le même esprit bavard, foutraque et cultivé tout ensemble.

Après le temps de l'écoute sous les draps en douce, vint bien plus tard le temps du chroniqueur ébahi d'être assis aux côtés de King Artur par la grâce des modifications de grille. Si tant d'animateurs de radio doivent tant à José, c'est que sa pratique était intransmissible : le premier qui tente d'imiter José est mort à son tour ! Inimitable, inoxydable, tel fut José. Mais à le regarder faire et dire, ce n'est pas qu'on s'y habituait comme dirait René Char ou presque, c'est qu'on en prenait de la graine, littéralement épatés par une virtuosité de tous les instants. Rien ne pouvait troubler la locomotive Artur lancée sur les rails de sa logorrhée sublime. Surtout pas une seconde de silence, surtout pas un temps mort, surtout pas un dernier mot laissé à l'autre (et puis quoi encore ?!).

"Pour parler dans l'émission, il faudra m'interrompre" , voilà l'unique avertissement que m'avait lancé Don José avant notre collaboration. José et Artur d'abord, les autres se débrouillent comme ils peuvent pour garder le micro. José ne récitait pas le bottin, il le détaillait avec pour chaque nom une citation, une anecdote exacte, une autre inventée avec une once de tendresse, de mauvaise foi et d'ironie mordante . Un Wikipedia à lui tout seul, une machine à références diabolique, insurpassable et sidérante. Toute la saveur du monde derrière un regard pétillant. Tout le charme d'un ancien garnement qui faisait enrager sa mère et ses sœurs. Toute la vitalité du second rôle qu'il incarnait dans "Le Père tranquille" projeté lors du premier Festival de Cannes juste après la Libération. Toute la mémoire d'un monde où l'on enfumait les studios à la Gitane ou la Gauloise, tout un pan de nous: aujourd'hui, je suis Charlie-José

Adieu José, ton "bonobo préféré" te salue bien

> France Inter rend hommage à José Artur

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